Que faire avec des dattes ? La focaccia chèvre-dattes

On continue à cuisiner nos dattes récupérées dans les invendus d’une grande surface.

Cette fois, j’ai opté pour une version salée et gourmande, parfaite pour l’apéro dominical avec une amie venue déjeuner avec nous, une focaccia chèvre-dattes. Une recette au Thermomix, proposée à la base avec du bacon. J’ai opté pour une version végétarienne et j’ai rajouté un peu de thym.

Je pense que je peux retirer 5 bonnes minutes de cuisson. Ma focaccia était bien colorée et mes dattes un peu trop noires. Mais le résultat était délicieux. Recette à refaire sans hésitation.

Ingrédients

20g d’huile d’olive + quelques cuillères à soupe
325g d’eau
500g de farine
10g de levure de boulanger fraîche
1 pincée de sucre en poudre
1 cuillère à café de sel
2 pincées de poivre fraîchement moulu
10-12 dattes dénoyautées, coupées en deux
100g de fromage de chèvre frais
Du thym

Recette

Huiler une plaque à pâtisserie.

Mettre l’eau, la farine, l’huile d’olive, la levure boulangère, le sucre, le sel et 1 pincée de poivre dans le bol du Thermomix.

Pétrir 3 minutes.

Mettre la pâte sur la plaque.
Faire une boule avec la pâte en ayant les mains bien huilées (sinon, ça colle terriblement aux doigts).
Mettre un peu d’huile d’olive sur la pâte, couvrir avec du film alimentaire et laisser pousser la pâte dans un endroit chaud. Je l’ai laissée deux heures dans mon four que j’avais chauffé à 30°. La pâte doit doubler de volume.

Préchauffer le four à 220°C.

Étaler la pâte du bout des doigts, toujours en huilant bien ses mains.

Remettre un peu d’huile sur la pâte. Répartir les dattes en les enfonçant un peu dans la pâte. Parsemer de fromage de chèvre (j’avais opté pour une chèvre frais). Saupoudrer de feuilles de thym (j’avais pris la version surgelée).

Ma focaccia avant la cuisson

Cuire 20 à 25 minutes. Dans mon four, c’est plutôt 20 minutes.

C’était excellent chaud avec un petit verre de Pineau à l’apéro. Puis froid tout au long de la journée. Oui, je sais, il ne faut pas grignoter entre les repas, mais c’est intenable quand on a une bombe pareille dans le four.

Terminée le lendemain. Même moins fraîche, elle reste très agréable pour accompagner une salade ou des légumes.

Enfin, comme il nous reste encore des dattes, nous allons pouvoir tester une autre recette d’energy balls et peut-être certaines idées que vous nous avez suggérées : omelette aux dattes, tajine aux dattes et aux pruneaux…

Pendant ce temps en Turquie

La sonnerie retentit. Facetime. Ici, il fait encore jour. En Turquie, la nuit est déjà tombée. Olivier télétravaille depuis Istanbul pendant que Yesim guide Hortense et Juliette entre l’Asie et l’Europe. Istanbul, seule ville au monde à cheval entre deux continents…

Dégustation de simit et d’açma, vapör pour traverser le Bosphore accompagnés par les mouettes, gastronomie turque. Thé noir, glycine mauve, mosquée Bleue. Jeux de lumière dans la Citerne Basilique. Olivier, Hortense et Juliette profitent des couleurs douces de la Turquie.

Sur la tombe du papa de Yesim

Art espiègle des vendeurs de glaces qui, vingt fois, font semblant de laisser tomber le cornet, le lancent dans des pirouettes acrobatiques, magiciens de la crème glacée, illusionnistes de rue qui produisent toujours autant de sourires, même avec des ados.

L’art de souffler le verre pour créer ses propres perles colorées. Yesim a trouvé l’endroit idéal pour deux jeunes filles à peine sorties de l’enfance. Dans le parc voisin de la verrerie, des lapins en liberté, des jeux en quantité, moments de bonheur ensoleillé.

Partage de photos, de videos et visios, une impression d’ailleurs pour nous aussi. Eglantine et moi profitons sans regret du calme de la maison, même si nous serons très heureuses de retrouver l’autre moitié de la famille dans quelques jours.

Petit pincement au coeur, tout de même, de ne pas avoir pu rejoindre ce pays tant aimé.

Photos prises par Olivier

Pierres, feuilles, oiseaux

Guetter la météo pour passer entre les gouttes et filer en forêt de Fontainebleau. J’avais repéré un beau parcours sur Visorando (super appli pour préparer ses randos) : les Gorges de Franchard et l’Antre des Druides.

Des rochers, l’odeur des pins et du sous-bois humide, le chant d’un coucou au loin, le vent dans les branches, les jeunes feuilles au vert tendre saturé de soleil… La photo du lundi nous emmène cette semaine dans la plus vaste forêt de la région.

Escapade verte dans un chaos rocheux, un entrelacs de racines, des vues à couper le souffle où le jaune d’un champ de colza rehausse la mer sylvestre qui bruisse dans le vent. Pins, chênes, bouleaux et arbrisseaux. Flaques d’eau où se reflète le soleil, chemins qui se dévoilent entre deux blocs de grès.

Prendre le temps de boire un thé sur un gros rocher.

Se poser.

Marcher.

Respirer.

Partager un beau moment.

Handicap invisible versus handicap visible

« Je trouve qu’elle a l’air plutôt bien. »

Mieux vaut ne pas compter le nombre de personnes qui prononcent cette phrase en nous parlant d’Eglantine. Le résultat atteindrait vite des sommets vertigineux. Des sommets de méconnaissance.

C’est d’ailleurs le problème récurrent de tous les handicaps dit invisibles. De prime abord, la personne semble normale. Voire, comme Eglantine, elle est carrément bien dans ses baskets. Parce que être handicapé, ce n’est pas forcément aller mal. C’est avant tout être différent. Bien sûr, nous sommes tous différents les uns des autres. Mais la singularité d’un.e handicapé.e se mesure surtout dans ce qu’elle l’empêche de réaliser. Une personne en fauteuil roulant ne peut pas marcher, un sourd ne peut pas entendre.

Le fauteuil roulant entre dans la catégorie des handicaps visibles. La surdité dans celles des handicaps invisibles.

Pour Eglantine, c’est encore plus complexe. Organiquement, son corps fonctionne très bien. Tous ses membres et tous ses organes vont bien. Pourtant, elle ne supporte pas le bruit, la foule, la lumière et les émotions fortes. Entre autres… Car nous n’avons pas encore réussi à identifier toutes les causes de sa fatigue intense et chronique.

Quand j’écris qu’elle ne supporte pas tout cela, je ne parle pas d’une gêne inconfortable, mais réellement d’un état qui peut la clouer au lit plusieurs jours, voire plusieurs semaines. D’où le terme de handicap.

Bien sûr, ça ne se voit pas. Elle a l’air plutôt bien, comme nous le disions plus haut. Parce qu’elle va plutôt bien… du moment que l’on respecte le rythme et les besoins de son handicap. Une sortie à Paris à vélo ? Deux jours de repos. Grosse émotion après les résultats du bac ? Il était temps que les vacances arrivent. Impossible de prendre les transports en commun. Même la voiture l’épuise dès qu’il y a des embouteillages ou que le trajet est long. Au moins avec Janis, son vélo, elle a une bonne fatigue physique dont elle récupère plus facilement que de sa fatigue chronique.

Quand on parle de handicap, on pense plutôt à un fauteuil roulant. C’est parlant, simple, visible, conceptualisable. Pourtant, 80% des personnes handicapées ont un handicap invisible. Et seulement 2% des personnes en situation de handicap sont en fauteuil roulant.

Alors quand, lors d’une visite au musée d’Orsay, un homme nous bouscule pour avancer à toute vitesse avec son fauteuil roulant électrique, j’ai envie de lui crier qu’il n’était pas le seul handicapé dans les lieux. Que son fauteuil ne l’autorise pas à bousculer les gens pour aller plus vite. Et encore moins d’autres handicapé.es qui, elles et eux aussi, ont le droit de profiter de leur expo sans se faire agresser. Avec son casque anti-bruit, Eglantine ne pouvait pas l’entendre arriver derrière elle.

Handicap visible, handicap plus prioritaire ?

On est encore loin d’une bonne reconnaissance des handicaps invisibles. Malheureusement, je ne vois pas de solution. D’autant que ce n’est déjà pas simple pour les handicaps visibles…

Vivre avec des chats

C’est passer l’aspirateur trois fois par jour mais avoir toujours des poils sur un fauteuil.

C’est ouvrir la porte vingt fois parce qu’il veut sortir, parce qu’elle veut rentrer puis ressortir. Un ballet sans fin de va-et-vient. Oui, il va falloir penser à poser une chatière.

Mais j’aime bien, quand je lui ouvre la porte pour qu’elle entre, la façon dont Maya fait systématiquement un détour pour se frotter contre mes jambes en miaulant vivement.Genre, « Ah enfin tu m’ouvres, j’ai failli attendre ! Mais merci quand même. »

J’aime la démarche nonchalante de notre vieux et gros Django, sa manière de s’allonger méthodiquement en plein milieu du passage, de courir en contrôlant plus ou moins ses dérapages dès qu’il entend ses croquettes tomber dans le distributeur, de croire qu’on ne le voit pas quand il grimpe sur le plan de travail de la cuisine à la recherche d’un petit truc à voler, et de détaler, l’air surpris, quand on hausse alors la voix.

Je raffole de la façon dont Maya dort en torsade, les pattes arrière dans un sens, la tête dans l’autre, comme un tee-shirt essoré à la main. Regarder Django dans son sommeil, c’est avoir envie, comme lui, de s’enfoncer dans le moelleux d’une couverture sans penser à rien, croiser les pattes et s’abandonner aux rêves.

Vivre avec des chats, c’est avoir des câlins de temps en temps, quand ils veulent. Ils sont très indépendants. Mais c’est aussi avoir une présence féline permanente à ses côtés. Maya qui se roule dans la corbeille de linge au moment du repassage. Django qui vient voir comment se passe la douche. L’un qui vient s’installer sous un buisson voisin pendant que j’élague le noisetier, l’autre qui chasse les papillons juste à côté. Et en avoir un collé de chaque côté de mes jambes pendant la nuit.

Vivre avec des chats, c’est aussi les enfermer quand un faisan imprudent vient se perdre dans le jardin. C’est les regarder frémir et claquer des dents derrière la fenêtre alors que rouges-gorges et mésanges volètent de l’autre côté de la vitre. C’est se rassurer un peu car nos arbres sont très hauts et suffisamment nombreux pour que les oiseaux y trouvent refuge, à l’abri de nos félins chasseurs même si pas affamés.

Vivre avec des chats, c’est passer la main dans leur pelage – celui de Maya est particulièrement doux – écouter leurs ronrons, accueillir un museau au creux de son bras – ça, ça vaut surtout avec Django qui aime enfouir sa tête contre moi.

Vivre avec des chats, c’est aussi avoir une montée d’angoisse quand l’un deux ne rentre pas le soir. C’est débouler dans le jardin quand on entend les feulements d’une bataille à venir. C’est détester les voitures qui roulent trop vite dans la rue. On n’a pas envie qu’ils meurent comme ça.

C’est aller en urgence chez le vétérinaire un samedi matin parce qu’une morsure, une patte douloureuse, un Django neurasthénique qui ne daigne même plus avaler une croquette.

Vivre avec des chats, c’est mettre de la joie et de la chaleur dans son quotidien même quand il va falloir faire avaler des comprimés matin et soir à Django pendant les dix prochains jours.

Que faire avec des dattes ? Energy balls, tentative #1

On a récupéré un gros paquets de dattes invendues. Des super dattes, 100% naturelles. Si, si, c’est marqué sur le paquet. Amateurs de dattes artificielles, passez votre chemin !

On fait quoi avec toutes ces dattes ? On en grignote quelques unes et puis… On a pensé à des energy balls. Ces petites boules d’énergie sont des petites collations qui boostent l’organisme. A consommer en cas de coup de mou pendant la journée.

On trouve plein de recettes sur internet. Pour cette première tentative, j’ai commencé simplement.

Ingrédients :
70g de noix de cajou natures
70g de noisettes décortiquées
200g de dattes dénoyautées
Quelques noisettes grillées

Recette

Mixer les noix de cajou et les noisettes. Réserver.

Mixer les dates. Ajouter la poudre de cajou et de noisettes. Mixer encore une fois.

Modeler des petites boules avec la préparation obtenue. Planter une demie-noisette grillée dans chaque boule.

Mettre deux heures au frigo avant de déguster.

Bon, c’est excellent même sans passer par le frigo.

La prochaine fois, on pourra aussi les enrober de noix de coco râpée.

Recette validée par Eglantine.

Manet / Degas, le grand déséquilibre

« Rapprocher Manet et Degas, c’est chercher à comprendre l’un à partir de l’autre ». Tels sont les premiers mots de la brochure guidant la visiteuse dans l’exposition Manet / Degas au musée d’Orsay.

Pourtant, je n’ai pas trouvé que le rapprochement fasse des étincelles. Eglantine a aussi estimé que le plus intéressant dans cette exposition étaient les textes qui racontaient, documentaient et expliquaient la relation entre ces deux monstres sacrés de la peinture française du XIXe siècle.

Nés à deux ans d’intervalle, tous les deux issus de la haute bourgeoisie, d’abord destinés à des carrières de juristes, Manet et Degas ont énormément de points communs. Mais là où Manet rayonne dans la société de l’époque, charismatique, séducteur, professoral, exposant au Salon, Degas apparaît discret, concentré, besogneux, célibataire endurci, presque solitaire. Il peint un portrait de Manet avec son épouse ? Celui-ci, insatisfait de la représentation de sa femme, coupe la toile pour la faire disparaître. Si Degas prend régulièrement Manet pour modèle, la réciproque ne viendra jamais. Un peu comme ces amis que vous invitez à dîner et qui ne rendent jamais l’invitation. Le déséquilibre est flagrant.

En ressortant de cette exposition, j’ai eu besoin de revoir les danseuses de Degas, pour retrouver les couleurs et l’audace de ce peintre que je n’ai pas trouvé valorisé dans l’exposition. Peut-être, justement, à l’image de leur relation dissymétrique. Degas admirait sincèrement Manet. Au point de collectionner ses toiles et ses dessins. Et que dire de l’énergie mise à réunir les différents fragments d’une toile de Manet, L’exécution de Maximilien. Cette toile monumentale était trop subversive à l’époque pour être exposée et avait été découpée en morceaux après la mort de Manet.

L’exécution de Maximilien, 1867-1868, Edouard Manet

Alors que Manet a tranché la toile offerte par Degas, ce dernier a, lui, mis tout en œuvre pour reconstituer celle de son ami. L’œuvre actuelle, une grande toile vierge sur laquelle sont collées les différentes parties retrouvées par Degas, dégage une émotion particulière. Ce grand format recomposé reflète l’amitié chaotique, fragmentée, déchirée, de ces deux talents.

Pas de méprise toutefois sur l’extraordinaire chance de voir toutes ces œuvres de Manet et Degas réunies dans cette belle exposition. Mais le déséquilibre de leur relation transparaît trop fortement pour que je m’émerveille pleinement de la rencontre de leurs œuvres.

Des styles de portraits très différents

Dans les portraits, Manet peint son ami Zola, avec en arrière-plan une gravure de son Olympia, mise en abîme de son propre succès et de ses relations. De Degas, j’ai été particulièrement émue par le portrait de L’amateur d’estampes. Un anonyme, un peu vouté, dans un environnement dédié à sa passion. A l’image d’un Degas se tenant loin des mondanités, concentré sur son art.

L’amateur d’estampes, Edgar Degas, 1866
Portrait de M. Emile Zola, Edouard Manet, 1868

Manet éblouissant, Degas émouvant

Au long de l’exposition, mon regard fût systématiquement d’avantage attiré par les peintures de Manet.  Plus flamboyantes, plus contrastées, elles avaient sur moi un effet magnétique, époustouflant. Pourtant, avec un peu de recul, quand je regarde les œuvres que j’ai photographiées, je me sens plus touchées par celles de Degas.

Si je prends l’exemple des modistes, la femme du tableau Chez la modiste de Manet est éblouissante, belle, vive. Elle attire le regard, attise le désir, réveille les sens. Alors que celle de Chez la modiste de Degas, est douce, tendre, presque perdue au milieu des chapeaux. Elle dégage une émotion presque vulnérable. Moins tape-à-l’œil que Manet, mais tellement plus sensible.

Chez la modiste, Edouard Manet, 1888
Chez la modiste, Edgar Degas, 1870-1886

Degas, l’art de saisir l’instant

Pour finir, si je devais comparer leurs peintures avec de la photographie contemporaine, je verrais Manet avec un gros appareil photo professionnel, visible, assumé alors que Degas utiliserait plutôt un téléphone portable pour saisir des images sur le vif. Derrière le cadrage de L’absinthe, on peut imaginer – en total anachronisme évidemment ! – un homme sortant son portable pour saisir la femme tristement alcoolisée à la table voisine. Alors que, avec le même modèle, Manet se positionne frontalement, utilise des couleurs vives et montre une femme non pas triste, mais alanguie, ouverte à la séduction.

Dans un café, dit aussi. L’absinthe, Edgar Degas, 1875-1876
La Prune, Edouard Manet, vers 1877

On retrouve cette façon de saisir ses contemporain.es avec la Blanchisseuse et Femmes devant un café, le soir. Comme si Degas ne cherchait pas le beau mais le vrai de l’instant et de l’émotion.

La blanchisseuse, Edgar Degas, 1873
Femmes devant un café, le soir, Edgar Degas, 1877

Moins impressionnant au premier regard, plus persistant dans la durée du sentiment. Malheureusement, la force de Manet écrase trop la délicatesse de Degas dans cette exposition. Peut-être aurais-je préféré une exposition Degas / Manet. Car les deux stars de l’exposition restent l’Olympia et Le Balcon d’Édouard Manet, concentrant les regards et l’intérêt des visiteurs.euses.

Comme à Lisbonne

Conversation décousue un matin gris autour des pastels. De la pâte pigmentée aux pâtisseries portugaises en passant par un webtoon mal traduit, Eglantine se demande si l’on peut déguster à Paris des pasteis de nata aussi bons que ceux de Belém.

Elle avait dix ans la dernière fois que nous sommes allés au Portugal, son pays de naissance. Elle garde un souvenir savoureux de la mythique pastelaria à côté du monastère des Jerónimos, Pasteis de Belém. Les grandes salles couvertes d’azulejos traditionnels bleu et blanc. La foule. L’odeur de pâte chaude, de cannelle et de café au lait. Le fameux galão servi dans un grand verre.

En regardant rapidement sur internet, nous choisissons une petite pâtisserie du Marais dont le nom évoque une envie d’ailleurs. Comme à Lisbonne. Un vieil article du blog Le serial pâtiss’teur décrit sa production comme les meilleurs pasteis de Paris (et l’auteur en a essayé une palanquée). Les autres avis glanés en ligne semblent aussi excellents.

Nous enfourchons Janis et Pimprenelle et nous dirigeons droit vers le centre de Paris.

Rue du roi de Sicile, nous repérons la boutique à devanture sobre. La grande salle est encore fermée, les chaises sont sur les tables. Mais la partie de vente à emporter est grande ouverte sur la rue. Sur le trottoir, deux petites tables bistrots peuvent accueillir les gourmands.

Sur les murs en carreaux blancs derrière le comptoir, une nuée d’hirondelles en céramique noir. On trouve deux animaux emblématiques au Portugal, l’hirondelle et la sardine. Cette dernière occupe avec humour le mur en vielles pierres face au comptoir. La déco est légère et raffinée.

Les pasteis tout juste sortis du four attendent dans la vitrine. Eglantine en déguste un premier avec délectation. Le craquant de la pâte feuilletée. Le fondant du flan encore tiède. Elle ne résiste pas et en prend un deuxième. Je croque une bouchée.

« Tu crois qu’ils sont aussi bons que ceux de Belém ? » me demande-t-elle ?

Difficile de comparer. Mes souvenirs aussi sont loin. Et puis, à Lisbonne, il y a le décor autour, l’ambiance un peu folle de cette foule qui se presse pour déguster les petits gâteaux emblématiques à l’endroit même de leur invention, l’histoire du lieu.

Une chose est sûre. Ils sont bien meilleurs que ceux de notre boulangerie de quartier.

Et ils sont encore bon le soir, après une après-midi de balade à vélo dans Paris.

Comme à Lisbonne, un air d’ailleurs et de madeleine de Proust.

Comme à Lisbonne
37 rue du Roi de Sicile
75004 PARIS
commealisbonne.com

La nouvelle du mois – Au bord de la route

Nous pouvons accélérer et renforcer notre assise financière afin d’accroître nos performances.

Alain suit le discours du CEO qui parcourt la scène. Les chiffres apparaissent sur l’écran géant. L’homme est  grand, fin, dynamique derrière ses élégantes lunettes noires, vêtu d’un costume noir, de chaussures de cuir noir, impeccables, d’une cravate noire et d’une chemise blanche aux poignets amidonnés, fermés par des boutons de manchettes. A cette distance de l’estrade, Alain n’en distingue pas le motif.

Nos produits n’ont jamais été d’aussi bonne qualité.

Alain sourit. Cette phrase ne veut rien dire. Leur groupe est le leader européen des produits d’entretien. Il y a belle lurette que leur gel WC détartre, désinfecte et fait briller ; que leurs éponges ont montré leur efficacité et leur durabilité ;  et que les couleurs de leurs gants ont conquis les ménagères. Sûr qu’il est difficile de faire mieux.

Alain aime travailler pour un leader. Quand il déjeune chez sa mère le dimanche, il gare son Audi Q5 ostensiblement dans l’allée. Son poste lui permet d’avoir un véhicule de fonction. Quand il roule dans sa voiture grise métallisée, il est l’entreprise. Elle est lui. Il s’enfonce au plus profond de son siège en cuir, lance sa playlist Renaud de la pulpe du doigt sur l’écran central et appuie avec délectation sur l’accélérateur. Il sent le moteur monter rapidement en puissance. Il est grisé par la vitesse. Cette voiture symbolise le pouvoir de ses responsabilités et la valeur de son investissement chez Radcliff Benchriser.

Le CEO, discret micro serre-tête sur son épaisse chevelure, enchaine les slides. Alain connaît ces chiffres par cœur. C’est son travail qui défile devant tous les cadres du groupe. Pas question qu’Imbert en récupère les lauriers. Alain resserre le nœud de sa cravate rouge. Il plisse les yeux. Sa stratégie était la bonne. Mettre Darget en copie de son dernier mail devrait éviter de se faire doubler par Imbert. Mais bordel, où c’est qu’j’ai mis mon flingue, résonne en rythme dans la tête d’Alain.

Dans l’open space, personne ne sait qu’Alain préfère Renaud à Michel Sardou. A vrai dire, personne ne sait ce qu’aime Alain. La musique n’a pas sa place dans les tableaux de reporting, la gestion de l’activité, le contrôle de la rentabilité des investissements. Exactement ce que présente leur CEO en cette matinée de séminaire pour les cadres dirigeants du groupe.

Les applaudissements fusent. La prez s’est bien passée. Alors que tout le monde se lève pour la pause déjeuner, Alain se dirige vers son n+1. Son téléphone vibre dans sa poche. Un message de son assistante pour savoir si tout s’est bien passé. Quand il relève la tête de son écran, Alain aperçoit Imbert entamer la conversation avec leur chef. Les sourires sont satisfaits et complices. Quand Alain arrive enfin à leur hauteur, son n+1 a terminé les félicitations. Il doit les quitter. Imbert lui a coupé l’herbe sous le pied. Encore. Alain sent des gouttes de sueur perler dans son dos. Mais bordel, où c’est qu’j’ai mis mon flingue.

Il passe le reste de la journée à se remémorer toutes les petites vexations des derniers mois. Imbert est en train de lui piquer sa place, il en est sûr. Comment le groupe peut-il être aveugle à ce point ? Imbert, c’est de la poudre aux yeux. Tout est dans la forme, rien dans le fond. En creusant un peu, on constate rapidement qu’il ne connaît rien à ses sujets. Mais les chefs n’ont pas le temps de creuser. Ils aiment le bagou du jeune quarantenaire qui a calqué son look sur celui du CEO. Pour la première fois, Alain sent le poids de son âge. Cinquante-six ans, pourtant, ce n’est pourtant pas si vieux.

Dans le miroir des toilettes, Alain observe l’homme en face de lui. Les cheveux poivre et sel, plutôt sel que poivre d’ailleurs. Depuis quand ? Le front déjà bien dégarni, la peau un peu flasque, les poches sous les yeux. Déjà qu’il a un regard de fouine avec ses petits yeux resserrés sur son gros nez, ses cernes gonflés lui sautent aux yeux. Il se sent laid. Il se passe de l’eau froide sur le visage et rejoint la grande salle de conférence pour une dernière table ronde sur les enjeux environnementaux.

Alain profite du relâchement général pour poster un commentaire bien senti sur LinkedIn. Difficile de montrer son implication sans laisser entendre qu’il tire la couverture à lui. Chantal, son assistante, est la première à liker sa publication. Cette femme l’angoisse. Elle semble le suivre comme son ombre. Elle est une des rares à être encore plus âgée que lui. Il aurait bien aimé avoir la petite Chloé. « Vous, vous avez déjà la crème de la crème avec notre Chantal » avait rétorqué son chef quand il avait demandé à ce que la nouvelle assistante lui soit attribuée. Il voit régulièrement Imbert reluquer le cul de son assistante quand lui se contente des chandails ternes de Chantal.

Ce week-end là, Alain dort mal. Ce séminaire l’a éteint. Il n’a envie de rien. Il est épuisé, pourtant il ne ferme pas l’œil de la nuit. Lundi matin, il lutte pour sortir de son lit, quitter le confort de son pyjama et enfiler son costume bleu marine. Il reste un moment assis derrière son volant avant de mettre en route le moteur de son Audi. Sur l’autoroute, son pied refuse d’appuyer sur l’accélérateur. Il se fait doubler par un camion peint en camaïeux de roses estampillé Lucia trotter et plein de pictos de réseaux sociaux qu’il ne fréquente pas.

Il regarde le camion quitter l’autoroute à la sortie suivante. Il se concentre sur son volant et tente encore une fois d’accélérer. Son corps refuse de lui obéir. Soudain, il réalise que, lui aussi, il devait sortir de l’autoroute. Pris de panique, Alain ralentit encore plus. Il réfléchit à la meilleure manière de faire demi-tour. Mais on ne rebrousse pas chemin sur une autoroute. Excédé par sa lenteur, trois voitures et un semi-remorque klaxonnent rageusement le Q5.

Trente minutes plus tard, Alain est enfin revenu à la sortie 35. Il ne comprend toujours pas pourquoi il n’a pas suivi la route habituelle. Il l’emprunte du lundi au vendredi, toutes les semaines, hors jours fériés, week-ends et quelques vacances qu’il passe invariablement avec sa maman. Aujourd’hui, son corps ne lui répond plus. A la sortie du bois de Dorancy, Alain aperçoit le camion rose sur le bord de la route. Emmitouflée dans une épaisse parka jaune, un bonnet bleu turquoise enfoncé sur la tête, une femme brave les premières gouttes de pluie et examine une roue.

Alain se gare devant le camion et rejoint la parka jaune.

– Un problème ?

– J’ai crevé.

Elle a un léger accent espagnol et un petit anneau dans le nez. Elle tapote sur son téléphone alors que la pluie devient plus forte.

– Viens, on se met à l’abri !

Et elle contourne son camion, ouvre la porte latérale et grimpe à l’intérieur d’un bon athlétique.

– Attends, je te sors l’escalier, ce sera plus simple !

Elle ne semble ni surprise, ni apeurée par Alain. Sa présence paraît évidente, naturelle, presque attendue.

Alain comprend pourquoi en découvrant six museaux se tourner vers lui quand il entre dans le camion. Aucun ne grogne. On n’entend que la pluie qui tambourine désormais sur la taule. Le camion est bien plus grand qu’un camping-car mais beaucoup plus petit que ceux de Radcliff Benchriser qui sillonnent l’Europe, reliant leurs sites de production aux différents points de vente.

L’intérieur du camion ressemble à une serre. Des dizaines de plantes sont accrochées dans tous les coins d’un capharnaüm de bois de récupération et d’objets hétéroclites et colorés. La femme lève le nez de son téléphone et lui sourit.

– C’est sympa de t’être arrêté. Moi c’est Lucia, et toi ?

Dans son costume sévère, Alain se sent complètement décalé. Lui qui mène ses équipes à la baguette se découvre gauche et maladroit dans l’univers parallèle de ce camion. Pourquoi est-il monté ? Il s’assoit avec Lucia sur les banquettes colorées à l’arrière du camion.

– Je ne peux pas te proposer un café, je débranche le gaz quand je roule. Tu peux m’emmener ?

Elle a trouvé un ami qui peut l’aider à changer son pneu. Il s’est mis en route, mais il n’est pas à côté. Il arrivera cet après-midi, voire ce soir.

– Tu sais, sur la route, on ne sait jamais vraiment combien de temps on va mettre.

Il ne sait pas mais il hoche la tête d’un air entendu.

En attendant, elle a besoin d’aller dans un garage pour acheter un pneu. Elle cherche sur son téléphone l’endroit le plus proche. Elle a finalement branché le gaz et mis de l’eau à chauffer pour le café.

Le téléphone d’Alain se met à vibrer. Un appel de Chantal. Pour la première fois de sa carrière, il ne décroche pas. Il regarde le téléphone, hébété, tétanisé.

– Ca va pas fort toi, déclare Lucia en déposant un café fumant à côté d’Alain.

Un jeune chien vient le renifler. Il laisse un filet de bave sur son pantalon.

Alain relève la tête et croise le regard de Lucia. Elle est plus jeune que lui, mais pas tant que ça non plus. Elle doit avoir le même âge qu’Imbert. Imbert… C’est lui maintenant qui l’appelle.

Lucia prend le téléphone, le dépose sur la banquette et frotte les mains d’Alain.

– Ola ! Va falloir te réparer toi aussi. Mashallah ! s’exclame-t-elle en lui pinçant la joue.

Alain est surpris, mais il se laisse faire, envoûté par le sourire et la douceur de Lucia. Elle lui dénoue sa cravate et lui tend le café.

– Allez, bois, tu en as encore plus besoin que moi.

En quelques minutes, Lucia a trouvé un garage où acheter le type de pneus adapté pour Freddy. C’est le nom de son camion.

– Douze ans ensemble sur les routes du monde entier. Tu comprends, c’est mon meilleur ami.

Elle tapote la banquette, pensive. Son regard pétille des milliers de souvenirs accumulés avec Freddy.

Assise sur le siège en cuir du Q5, Lucia semble ratatinée. Comme un coquelicot qu’on aurait mis dans un vase. Face au tableau de bord rutilant, elle a perdu son éclat. Alain suit le GPS jusqu’au garage. Il n’a pas fallu dix minutes pour que Lucia change la playlist sur Spotify. Mistral gagnant, c’est sympa, mais avec cette pluie, il faut nous mettre du soleil dans les oreilles ! Et elle choisit une musique mixant des airs orientaux à un jazz classique.

Elle attrape son gros sac sur le siège arrière, en sors une caméra et commence à se filmer. Elle raconte sa galère et présente Alain comme son sauveur. Elle retrouve ses couleurs face à l’objectif.

Au garage, Lucia négocie âprement. Puis elle paye en liquide et charge l’énorme pneu dans le coffre d’Alain. Elle a confié la caméra à Alain et elle commente tout ce qui se passe. Sur le chemin du retour, elle a repris sa caméra et filme Alain, la route et la pluie qui a recommencé à tomber.

Au détour d’un virage, le ciel se pare d’un arc-en-ciel. Un rayon de soleil vient illuminer les verts printaniers et les fleurs des arbres. Lucia demande à Alain de s’arrêter.

– On va s’occuper de toi maintenant.

Sur l’écran du téléphone d’Alain, les notifications se succèdent. Pourtant, il suit Lucia. Elle s’enfonce sur un chemin de terre. Avec ses chaussures de ville, Alain dérape souvent. Il est obligé de regarder où il pose les pieds pour ne pas perdre l’équilibre. Il entend un ruisseau couler de l’autre côté des arbres. Lucia semble chercher quelque chose.

– Là ! s’écrie-t-elle soudaine, folle de joie. Regarde ! J’étais certaine qu’on en trouverait.

Et elle se met à cueillir des feuilles dans les sous-bois. Longues, oblongues, elles sont penser à du muguet. Lucia frotte une feuille entre ses doigts et approche sa main du visage d’Alain.

– Tu sens ?

– Ça sent l’ail ! répond Alain, surpris.

– C’est ça ! C’est de l’ail de ours. Avec quelques œufs, ça va nous faire une très bonne omelette. Allez, aide-moi à en cueillir. Ça réduit beaucoup à la cuisson. Un peu comme les épinards.

Alain s’accroupit et cueille les feuilles tendres. Lucia filme et commente la cueillette. Elle est enthousiaste. Il y a longtemps qu’elle n’avait pas trouvé un tel spot d’ail des ours. Elle promet de revenir dès qu’elle aura réparé Freddy et de leur donner alors sa super recette de pesto à l’ail des ours. Elle parle à sa commu. Alain la regarde faire, subjugué.

Lucia range leur récolte dans un sac plastique qui a servi plus d’une fois. Elle le noue sur son sac-à-dos et continue de suivre le chemin. Un peu plus loin, elle semble enfin avoir trouvé ce qu’elle cherchait. Au bout d’une pente herbeuse, un saule étire ses branches couvertes de bourgeons au bord d’un ruisseau.

– Enlève tes chaussures, ordonne Lucia avec son accent espagnol.

Alain ne bouge pas.

– Allez, enlève tes chaussures, vas-y ! reprend-elle en riant derrière sa caméra.

Elle ne se moque pas de lui. Sa voix est chaude comme un soleil d’été. Elle pose sa caméra et retire ses chaussures. Elle agite ses orteils devant l’objectif.

Alors Alain dénoue ses lacets et retire ses chaussettes en laine d’Ecosse. Il frissonne en posant ses pieds nus dans l’herbe humide. Lucia le prend par la main et l’emmène vers le ruisseau. Alain n’aime pas sentir la boue sous ses pieds. Il évite de justesse d’écraser une limace et perd l’équilibre. Lucia le retient. Son rire est communicatif. Alain se détend. Petit à petit il accepte de poser toute la plante de son pied au sol, faisant confiance aux brins d’herbe pour ne pas glisser.

Au bord du ruisseau, une poule d’eau s’enfuie à leur arrivée. Ils s’assoient sur la berge, les pieds dans l’eau glacée. L’arc-en-ciel a disparu. Désormais, le ciel est clair et le soleil chauffe leurs nuques. Alain ferme les yeux et penche sa tête en arrière pour profiter de la chaleur sur son visage.

De retour au camion, Lucia fait sortir les chiens et se met en cuisine. Alain se demande comment un si petit espace peut contenir autant de choses. Le camion est organisé en strates dont chacune à son utilité. Une trappe dans le sol et on trouve des réserves de nourritures. Des bocaux collés au plafond contiennent épices et autres aliments nécessaires pour cuisiner. Lucia a aménagé un grand espace pour ses chiens en-dessous de son lit. Et elle a même un petit atelier pour fabriquer des bijoux.

Jack, l’ami de Lucia, les rejoint au milieu de l’après-midi. Changer la roue de Freddy n’est pas une mince affaire. Il voyage avec Caro dans un van bien plus petit que Freddy. Ils ont rencontré Lucia en Turquie, une plage où chacun avait sa place sans être les uns sur les autres. Tu vois, la van life, c’est sympa, on partage de ouf, explique Jack, mais on a besoin d’être chacun chez soi. C’est aussi un mode vie hyper solitaire.

Alain les trouve très soudés et connectés pour des solitaires. Il se sent bien plus seul. Ses seuls contacts sont des relations professionnelles. Et sa maman. Le soir, il rentre tard dans un un appartement sans âme où il y a bien longtemps qu’il n’a même pas essayé de ramener une femme.

Quand la nuit tombe, Freddy est réparé. Lucia s’installe derrière son volant. Il lui faut trouver un endroit pour la nuit. Freddy n’est pas partout le bienvenu. Jack et Caro ont un plan à deux heures de route. Il est temps de repartir.

Assis au volant de son Q5, Alain rallume son téléphone. Au milieu des trois cent quarante-sept notifications de mails et autres messages, personne à qui raconter sa folle journée dans cette bulle hors normes. De retour chez lui, il retire ses chaussures et ses chaussettes. Il a les pieds noirs. Son costume est bon pour le pressing et sa chemise sent l’ail, le chien mouillé et la transpiration. Pour la première fois de sa vie, Alain va se coucher sans savoir de quoi demain sera fait. Une seule certitude, le groupe Radcliff Benchriser n’est plus le centre absolu de sa vie. Il laisse ça aux longues dents des Imbert et compagnie.

Le flou de son avenir ne l’angoisse pas. L’arc-en-ciel des possibles le rassure. Il pense à Lucia, Jack et Caro et s’endort paisiblement pour la première fois depuis des années.

Janis et les cerisiers en fleur

Cette semaine, la photo du lundi est l’œuvre d’Eglantine. Elle a profité d’une éclaircie pour faire un tour au parc de Sceaux avec son nouveau vélo, Janis. Oui, elle lui a donné un nom. Et comme je trouve l’idée hyper sympa, je l’ai copiée. Ma bicyclette, elle, s’appelle désormais Pimprenelle.

En recevant la photo de Janis sous les cerisiers en fleurs du parc de sceaux, je me rends compte que je suis passée à côté de la floraison de ces superbes spécimens japonais cette année. Accaparée par mes différentes activités, j’ai laissé le temps filer. Et, déjà, les pétales se répandent en neige rose sur les pelouses verdoyantes.

Eglantine, elle, a profité du temps mitigé – et donc peu engageant à la promenade – pour s’installer sous les cerisiers sans qu’ils ne soient pris d’assaut par les adeptes du hanami – coutume traditionnelle japonaise qui consiste à admirer les cerisiers en fleur au printemps. Elle a déplié une vieille couverture emportée pour l’occasion, sorti son crochet et son fil de coton et elle a tissé quelques rangées de son prochain ouvrage.

Voilà, après des années au fond de son lit, Eglantine peut enfin envisager de vivre des moments seule, des moments où elle n’a pas besoin de nous pour la soutenir, des moments qu’elle a choisi et qui lui appartiennent. Et ça fait chaud au cœur.