Que sera, sera

Ultime soir de canicule. Je sors de mon troisième et dernier train. Dans quelques mètres je serai à la maison. Le ciel enflamme les nuages qui moutonnent paisiblement. Le doré vire à l’orange puis au rose. La lumière chaude lutte contre la pénombre qui avale déjà les rues.

Olivier, lui, vient d’arriver en Espagne. Les filles ont préparé leur dîner. Quand je pousse la porte, elles dansent ensemble devant le ventilateur. La chaleur est encore lourde. Leurs sourires m’accueillent.

La rentrée rétrécit le temps, bouscule les heures, consomme les minutes. Elles, elles dégustent la fin de l’été entre sœurs. Petits bonheurs sans les parents. Moment suspendu avant de replonger dans les cours.

Au milieu de la nuit, la pluie tambourine sur le toit. Grosses gouttes, lourdes comme ces années qui marquent la fin de deux cycles importants. Le collège pour l’une. Le lycée pour l’autre.

Que sera, sera…

Qu’il est bon de leur faire confiance et de les voir grandir, malgré les orages.

La photo de rentrée

Il est loin le temps où elles partaient côte-à-côte, leurs gros cartables sur le dos, la grande et la petite, oscillant entre l’excitation de retrouver les ami.es et la crainte de l’inconnu que recèle chaque nouvelle année scolaire. Je les prenais en photo devant la maison. Parfois, Olivier pouvait faire un bout de chemin avec nous. J’ai une très belle image de cet immense papa accompagnant notre petite Eglantine sur le chemin de sa rentrée en sixième.

Ce matin, Eglantine a coiffé son casque, sorti son vélo du garage et glissé son sac dans la sacoche. Pantalon fluide à motifs bleu et blanc, blouse bleu marine sans manche et grosse ceinture de paille, elle est désormais majeure et n’a plus besoin qu’on lui tienne la main.

Hortense, elle, commençait les cours cet après-midi seulement. Je partais aujourd’hui dans le sud-ouest, alors elle a déjeuné chez une amie. Elle a choisi ses vêtements avec soin. Un jean et une blouse bleue et blanche aux larges manches fluides fermées sur le dessus par une série de nœuds. Les mèches rouges qui encadrent son visage depuis le début des vacances se sont estompées dans de doux reflets cuivrés. Elle a rempli son sac du matériel de base. Le même chaque année. A peine si nous complétons la trousse avec un nouveau surligneur.

Je les ai prises en photo. Pourtant, je n’aime pas ces pauses forcées à un moment où elles ont hâte de partir retrouver leurs camarades de classe. L’envie de me souvenir de ces dernières rentrées ? La fin du bac pour Eglantine, la fin du collège pour Hortense. Moments de nostalgie devant ces deux grandes et belles jeunes filles qui construisent leur vie délicatement, artistiquement, scientifiquement, joyeusement, facétieusement, concrètement et avec une richesse d’esprit qui fait rêver.

Prendre son propre départ

La lettre phare

Voilà une semaine qu’Hortense est partie en camp dans le sud-ouest. Chaque jour, je regarde la météo. J’avais chaud pour elle quand les prévisions tutoyaient les 40°. Je me raccrochais alors au vieil adage, « pas de nouvelle, bonne nouvelle ». J’avais raison puisque les chefs ont envoyé un message en fin de semaine pour rassurer les parents. Ils ont des arbres et avaient prévu des activités adaptées aux fortes chaleurs. Tout va bien

Nous n’avons plus l’habitude de ne pas avoir de nouvelles. Le moindre séjour dispose désormais d’un site sécurisé où découvrir les photos de la journée. Hortense, elle, est experte en l’art de ne pas apparaître sur les clichés. Lors de sa semaine de plongée à l’UCPA, on aurait pu croire qu’elle n’y avait jamais mis les pieds.

C’est devenu un jeu entre Olivier, Eglantine et moi. Où est Hortense ?

On la distingue parfois grâce à un vêtement. La plupart du temps, elle est invisible.

Et ravie de passer sous le radar des parents.

Les scouts sont un refuge. Pas de photos, pas de message (ou presque) pendant deux semaines. Hortense se retrouve dans sa bulle sous tente, éclairée de veillées joyeuses. Aux oubliettes les parents.

Elle n’emporte même pas une enveloppe et un timbre pour nous écrire pendant son séjour. Ils revenaient toujours froissés au fond du sac, exhalant une odeur de feu de bois.

Quand elle était plus jeune, je lui envoyais une carte postale chaque jour. Une année en primaire, elle était en classe transplantée dans les Alpes. Je lui avais même écris une histoire dont je postais chaque jour un chapitre. A son retour, elle ne l’avait pas lue.

Alors la tentation est forte de ne pas écrire. Mais les parents ne sont-ils pas là pour assurer une permanence, quoi qu’en pensent les enfants ? Un peu sur le modèle de cette histoire que je lisais aux filles quand elle étaient petites. Une maman renard rassure son petit à chaque page. Elle l’aime malgré les bêtises les plus énormes qu’il peut inventer.

Alors je continue d’écrire à Hortense quand elle part en camp. Une lettre par semaine. Pour lui montrer qu’on pense à elle, même si elle ne donne pas de nouvelles, même si elle est avec ses amis, même si grandir l’éloigne de nous.

Comme un phare dans la nuit, qui veille, qui indique une présence là-bas au loin, un point vers lequel se tourner en cas de problème.

Le temps du départ en camp

Dans la lumière blanche du matin, Hortense avance à grandes enjambées vers la Gare Montparnasse. Elle porte sur son dos le gros sac qui la suit depuis des années. Lors des premiers camps scouts, elle disparaissait derrière cette immense carapace. Aujourd’hui, elle le porte avec nonchalance, sa casquette fixée à un mousqueton, le tapis de sol accroché au-dessus.

Elle est avec son amie Emma. Ensembles depuis la maternelle. Elles sont plus grandes que la plupart des adultes mais partent encore avec une petite peluche dans le sac. Elles retrouvent les chef.fes sur le parvis. Les copains. Les copines. Les sourires. Les messes basses. Retrouvailles de fin de vacances. Les parents se regroupent à l’écart. Je ne serai pas la seule à quémander un au-revoir. Ce temps n’est pas le mien. Hortense a rejoint sa tribu.

Photo de groupe. Flottement du départ. Enfin, la troupe se met en marche. Ils et elles se mettent à deux ou trois pour porter les sacs en grosse toile des tentes scoutes. D’autres se chargent des sacs de matériel. Une valise à roulette semble incongrue dans le tableau. La SNCF refuse les malles en métal, m’explique une amie. Il a fallu trouver une solution pour en transporter le contenu.

Les chemises bleues s’engouffrent joyeusement dans la gare alors que les parents se dispersent. Pas un regard en arrière.

Je prends un café en terrasse avec mon amie Vera. Ce temps est le mien.

Le même jour

Depuis des années, je stocke mes photos dans Google Photo. Chaque jour, en haut de l’écran de mon iPad, l’appli me propose des photos prises le même jour. Ça peut être il y a un an comme il y en a douze. Comme un album photo qu’on ouvrirait au hasard des années plus tard.

Ce matin, c’est une photo d’Hortense, une bonne trentaine de centimètres en moins, de longs cheveux en cascade sur ses épaules bronzées, une robe de coton blanc et son léger sourire mutin qui fait remonter des petites joues bien rondes. Derrière, la ruelle descend jusqu’au port d’Hydra, en Grèce. L’émotion me gagne immédiatement. Le temps qui passe, les corps qui changent si vite – la photo a seulement trois ans…

Dans les ruelles d’Hydra, en 2020

Quelques jours plus tôt, c’était une photo d’Églantine. En chemise bleue, entourée de ses copines au petit matin à la gare du Nord. Les gros sacs-à-dos sont posés au sol le temps de la photo. Les sourires sont francs, chargés de joie et de rêves, de promesses de feux de camp et d’aventures. Alors, bien sûr, à l’émotion se mêle le regret de cette époque où l’on surveillait simplement que les activités ne soient pas trop nombreuses. Entre la tournée de la Maîtrise, les colos et le camp scout, il nous arrivait de ne voir Églantine que quelques jours en un mois d’été.

A présent, on compte le temps de repos nécessaire après chaque trajet, chaque sortie, chaque rencontre. On se laisse toujours la possibilité d’annuler, de changer de programme pour qu’Églantine puisse gérer sa fatigue au mieux. Surtout, qu’elle ait le choix, qu’elle garde ses envies et ses rêves. Comme le parapente chaque été. Comme le catamaran en juillet. Ou une sortie à Paris avec son vélo.

Aujourd’hui, pour Hortense, notre temps est trop lent. Comme quand elle file dans la montagne alors que j’ahane à l’arrière. Elle a besoin des autres ados, de fous rires partagés, de journées bien remplies, de découvertes loin de nous. Alors elle a hâte de retrouver ses copines aux premières heures de la matinée, demain, sur le quai de la gare. Elle aura sa chemise bleue, son gros sac-à-dos sera posé sur le sol. Il faudra prendre la photo rapidement car ils seront tous pressés de monter dans le train.

Et dans deux ou trois ans, je regarderai la photo avec la même émotion qu’aujourd’hui. D’ici là, la vie aura laissé son empreinte, avec ses bons moments et ses mauvais. Mais ce qu’il y a de bien avec les photos, c’est qu’on préfère les prendre avec le sourire. Un stock de bons souvenirs à enrichir au quotidien.

D’ailleurs j’espère bien réussir, cette année, à imprimer un album souvenir, sur papier, de nos vacances. Pour qu’on en tourne les pages, dans quelques années, le cœur battant, le sourire aux lèvres. Le même jour ou un autre jour, qu’importe.

Pour changer de la randonnée

A la montagne, en été, la randonnée est reine. Grosses chaussures, bâtons, casquette et indispensables réserves d’eau, les marcheurs s’engagent à l’assaut des pentes rocailleuses par petites grappes confiantes. Cartes papier à l’ancienne ou GPS ultrasophistiqués, applis pour choisir son itinéraire en fonction de la durée et de la difficulté (pour nous, c’est Visorando)… Chacun.e part à la découverte d’un univers singulier et finalement méconnu. Chaque lacet est l’occasion de s’enthousiasmer, que ce soit pour une plante, une vue, le dessin de la roche, une marmotte ou la capacité de son propre corps à aller jusque là.

La montagne estivale offre toute une palette d’activités en dehors de la randonnée.

Le parapente

Grâce à Eglantine, le parapente occupe amplement nos pensées et notre temps. Même si c’est elle qui passe le plus de temps avec sa voile, il faut l’emmener aux rendez-vous particulièrement matinaux de son école. Quand nous sommes au sol, Eglantine ne peut s’empêcher d’étudier le comportement des parapentes naviguant au-dessus de sa tête. Elle analyse le mouvement de la voile, décortique la trajectoire, émet des hypothèses de vol.

Quant à Olivier et Hortense, ils se contentent d’un vol en biplace vers le col de Galibier. Les émotions du vol sans l’apprentissage technique. Cette année, ils ont décollé tirés par un treuil. Je m’étais installée un peu plus bas pour voir la voile surgir derrière le relief dans la lumière douce de la fin de journée. Magique.

Quand la fatigue se fait sentir ou que l’envie de marcher plusieurs heures dans la montagne n’est pas au rendez-vous, la montagne offre encore de nombreuses alternatives, notamment pour Hortense.

La tyrolienne géante

Un peu plus d’un kilomètre de longueur, trois cents mètres de dénivelés dévalés en une petite minute. Rapide mais intense. Sensations garanties. Un incontournable chaque année à Serre Chevalier Vallée.

Le Mountain Kart

Pour dévaler la montagne sur un petit bolide à trois roues, gros pneus pour ne pas trop déraper, casque sur la tête, le nez dans la poussière, les fesses dans l’eau à la traversée des torrents. Pas besoin de moteur, la pente se charge de tout. Hortense et Olivier se sont bien amusés avec Hermione et Gilles.

L’Aqua Park

Le covid en montagne, c’est vraiment pas drôle. Car il faut un peu de temps avant de retrouver son souffle et reprendre la randonnée. Gilles, le copain d’Olivier avec qui nous passions nos vacances, a donc opté pour une journée au lac de Serre-Ponçon. Serviettes de plages et jeux gonflables pour s’amuser sans trop s’essouffler à l’Aqua Park. Nous n’avons pas testé – ce jour-là nous marchions au milieu des marmottes vers le col d’Arsine – mais ils sont revenus souriants, détendus, avec de belles couleurs/

L’accrobranche, avec catapulte et airbag

Hortense y est retournée avec son amie Hermione avant que celle-ci ne reparte avec son papa vers la Bretagne. Toujours le plaisir des sensations fortes avec la catapulte avec un très beau saut sans vriller en arrière. Beaucoup de transpiration sur les parcours dans les arbres – mais qui a eu l’idée de mettre un vélo là-haut ?! Et de grands éclats de rire partagés.

Le luge tubing

Toujours à la montagne mais un peu plus bas puisque nous voilà cette fois-ci sur les hauteurs d’Aix-les-Bains, au Revard. Au loin le Mont-Blanc, la tête dans les nuages. Une vue imprenable sur le l’immensité du lac du Bourget. Le ciel est couvert, la chaleur un peu lourde, mais un p’tit vent frais souffle en haut du Revard quand les filles s’installent pour la première fois dans leur grosse bouée renforcée d’un coque rigide. Deux pistes, l’une enchaîne plusieurs virages sur toute la longueur. Ça tourne et ça descend vite. L’autre piste , plus courte, se termine par un saut en hauteur et un atterrissage sur l’immense airbag gonflé en-dessous.

Les passerelles dans les arbres

De l’autre côté du lac se dresse la Dent du Chat. La légende parle d’un pêcheur qui n’aurait pas respecté sa promesse, d’un chaton noir devenu énorme et terrifiant, qui sera finalement abattu et laissera un de ses crocs planté dans la montagne en tombant dans le lac. Jolie ballade sur la crête, sous les arbres, pour aller jusqu’à la table d’orientation – l’ascension de la Dent du Chat s’adresse à des montagnards bien plus expérimentés que nous.

La Dent du Chat

Pendant ce temps, Eglantine et Hortense ont découvert la légende de la Dent du Chat à travers une sorte de chasse au trésor sur un parcours dans les arbres. Pas de harnais comme à l’accrobranche, mais des passerelles souples et des filets tout en sécurité pour un parcours accessible à tous.

Photo du site du Lac du Bourget

Autant d’activités pour vivre la montagne autrement. Je suis épatée par l’imagination de ceux qui inventent, importent, installent ces structures.

Personnellement, j’apprécie plutôt une randonnée tranquille dans la lumière dorée du matin ou du soir, un pique-nique sur une crête et une sieste au-dessus de la vallée.

Accélération des battements de coeur

Qui se soucie aujourd’hui de l’histoire de l’accrobranche ? Le concept est tellement répandu qu’il nous semble avoir toujours existé. Pourtant, le premier parc acrobatique forestier date seulement de 1995 et c’est celui de Serre-Chevalier. Denis Payan, ancien officier parachutiste, entreprend alors de rendre accessible au public le plaisir du parcours d’audace d’un stage commando dans sa région natale.

Plaisir de dépasser ses peurs, de puiser dans ses ultimes forces, de défier l’apesanteur en toute sécurité, harnaché, mousquetonné et équipé d’une poulie pour les tyroliennes. Explorer la cime des arbres sur des filins étroits, des filets, des passerelles mouvantes pour une montée d’adrénaline, un pur plaisir pour Eglantine et Hortense. Olivier ne démérite pas qui les accompagne jusque sur les parcours les plus difficiles.

Moi, j’avoue, je reste au sol.

Mais le meilleur moment des filles aura finalement été la catapulte qui les propulsera à 20m dans les arbres. Cris de peur et cris de joie, yoyo de l’élastique qui rebondit plusieurs fois, frayeur personnelle quand Hortense est partie dans une vrille que nous appellerons dignement un magnifique salto arrière. Visages radieux, sourires XXL, souvenirs partagés que l’on se raconte en boucle dans la voiture au retour, impatience de revenir bientôt.

Plaisir de quitter la pesanteur du sol

Que la vie semble belle quand quand le cœur bat à cent à l’heure !

La saut de Tarzan

Olivier et les filles ont ajusté leurs baudriers, enfilé leurs gants et écouté les consignes de sécurité. Accrochés à leur ceintures, deux mousquetons hyper sécurisés et une poulie. Ils se hissent sur le premier parcours grâce à un mur d’escalade en bois. Hortense a insisté pour que leur père partage avec elles une après-midi d’accrobranche.

Sous les hêtres, les chênes et les marronniers, les encouragements croisent quelques cris de frayeur, le chuintement des tyroliennes et le claquement des mousquetons qui s’enclenchent sur les câbles. Les soleil s’immisce entre les branches mais le feuillage dense préserve une fraîcheur relative. Le vent souffle délicatement, tenant la chaleur estival à l’écart des grimpeurs.

Chacun, chacune pousse les frontières de ses peurs. En équilibre sur des rondins de bois, enjambant le vide à chaque pas, suspendu plusieurs mètres au-dessus du sol, accroché à une corde ou les pieds instables sur des planches de bois oscillantes.

Jusqu’au parcours final que les filles attaquent seules avec un saut de la Tarzan. Suspendues à une grosse corde, elles doivent se jeter dans le vide avant de pouvoir s’accrocher à un immense filet. Ça tire sur les bras, force dans les jambes, accélère le rythme cardiaque, rougit les joues, mouille les tee-shirts mais les filles réussissent brillamment l’épreuve. Notamment Hortense qui s’accroche au filet du premier coup. Qu’il est loin le temps où elles restaient bloquées sur des plateformes, paralysées par la peur de s’engager sur les cordes tendues.

Je préfère m’installer sous un vénérable marronnier et regarder la lumière jouer entre ses larges feuilles.

Carte routière

Déjà six heures que nous sommes sur la route. A l’arrière de la voiture, Hortense écoute de la musique dans mon gros casque réducteur de bruit. Sitôt quittés nos amies à Carry le Rouet, elle a sombré dans un sommeil profond, la tête renversée contre la portière. Une semaine de plongée quotidienne, de levés à 7h30, de veillées animés, d’éclats de rire avec les nouvelles copines et copains, de kayak dans les calanques et autres défis sportifs à l’UCPA de Niolon… elle est crevée.

Nous venons de passer Vezelay quand Eglantine entreprend de nous situer sur la carte de France. Je l’ai acheté sur une aire d’autoroute à l’aller. Mais nous étions toutes trop fatiguées pour s’y intéresser. C’est la première fois qu’Eglantine suit notre trajet sur une carte en papier.

Nous ne roulons plus qu’avec le GPS. Très pratique pour ne pas se perdre. Complètement inutile pour se repérer dans l’espace. Avec Waze la route ressemble à une éternelle ligne droite. Si l’on sait où l’on va, on ne sait plus où l’on est.

Le doigt posé sur la carte, Eglantine a repéré le nom des villes, le numéro des routes, celui des sorties de l’A6, la destination des autoroutes que nous rencontrions. L’A19 partait vers Orléans. L’A77 provenait de Nevers. Les départements sont devenus concrets. Les distances se sont ajustées. La géographie a retrouvé une réalité dans laquelle projeter le trajet. La route a cessé d’être un espace distendu où seul le temps qui passe servirait de repère.

En plus, la lecture de la carte amène des discussions, des découvertes, des mises au point et des interrogations. Plus le temps de s’ennuyer. Arrivées en région parisienne, il nous aurait fallu un plan plus détaillé pour continuer à suivre.

Désormais cette carte restera toujours à portée de main dans le vide poche central de la voiture.

Nager dans le bonheur

La route est longue pour rejoindre les côtes varoises. Après deux week-ends de Solstice et un gros rangement au théâtre lundi matin, j’ai mis les filles dans la voiture, trois valises, des palmes des masques et des tubas. Direction le Cap Dramont. Huit heures de route. Neuf heures avec les pauses. Nécessaires les pauses. Mes yeux se fermaient. Je me suis fait une petite frayeur. De micro-siestes en café bien noir, nous avons roulé tout l’après-midi et une bonne partie de la soirée.

Quand nous sommes arrivées, Eglantine et Hortense sont allées se promener sur la plage pendant que je nous installais.

Enfin, aujourd’hui, profiter du soleil et de l’eau claire. Regarder le temps qui passe et les gens qui parlent sur la plage. Beaucoup d’Allemands, de Hollandais et d’Anglais. Les Français en sont pas en vacances.

Face à nous, l’Île d’Or qui a inspiré l’Île Noire des aventures de Tintin.

Nous avons partagé des pizzas en regardant le soleil se coucher sur la baie.

Traîner sur les rochers. Les pieds sur les galets.

Hortense dessinait dans son carnet, moi dans le mien. Eglantine, elle, déroulait sa pelote de coton pour un nouvel ouvrage au crochet. Douceur, calme, création…

La mer, pour rêver de jours meilleurs, noyer la fatigue et nager dans le bonheur.