Déclinaisons de la rentrée

Rentrée de loin pour Eglantine qui est retournée chez elle depuis quelques jours. Elle se sent bien dans son studio sur le campus. Elle avait un sourire dans la voix au téléphone ce soir. Retrouver les profs, les nouvelles matières, creuser les sujets qui la passionnent, c’est alimenter son cerveau et faire fleurir des feux d’artifices dans sa tête.

Dernière rentrée au lycée pour Hortense, tranquille, au milieu de l’après-midi. Le temps de découvrir sa classe, ses profs, son emploi du temps. La Terminale, ça commencera vraiment demain. Transition rapide entre une totale liberté sur une île des Glénan et les pages de règlement de son lycée.

Rentrée déjà passée pour Olivier qui a repris depuis une semaine. Il étirerait bien les matinées à traîner au lit avant de se balader au parc de Sceaux.

Rentrée inédite pour moi au théâtre. Avec un seul contrat à durée indéterminée et de nouvelles missions.

Rentrée borgne pour Django, énucléé de l’œil droit hier. Balafre de pirate, collerette et antidouleurs. Il est tout patraque.

Rentrée énervée pour Maya, furieuse qu’on ferme à nouveau la porte du jardin. Températures plus fraîches le matin, moustiques le soir et interdiction de sortir pour Django. Elle gratte avec rage pour entrer et sortir, et entrer, et sortir… toutes les deux minutes.

C’est parti pour une nouvelle année scolaire. La rentrée, c’est déjà fini. Les vacances résonnent désormais comme un vieux rêve que l’on est plus certain d’avoir fait alors que s’annonce le jour d’après.

La photo de rentrée

Il est loin le temps où elles partaient côte-à-côte, leurs gros cartables sur le dos, la grande et la petite, oscillant entre l’excitation de retrouver les ami.es et la crainte de l’inconnu que recèle chaque nouvelle année scolaire. Je les prenais en photo devant la maison. Parfois, Olivier pouvait faire un bout de chemin avec nous. J’ai une très belle image de cet immense papa accompagnant notre petite Eglantine sur le chemin de sa rentrée en sixième.

Ce matin, Eglantine a coiffé son casque, sorti son vélo du garage et glissé son sac dans la sacoche. Pantalon fluide à motifs bleu et blanc, blouse bleu marine sans manche et grosse ceinture de paille, elle est désormais majeure et n’a plus besoin qu’on lui tienne la main.

Hortense, elle, commençait les cours cet après-midi seulement. Je partais aujourd’hui dans le sud-ouest, alors elle a déjeuné chez une amie. Elle a choisi ses vêtements avec soin. Un jean et une blouse bleue et blanche aux larges manches fluides fermées sur le dessus par une série de nœuds. Les mèches rouges qui encadrent son visage depuis le début des vacances se sont estompées dans de doux reflets cuivrés. Elle a rempli son sac du matériel de base. Le même chaque année. A peine si nous complétons la trousse avec un nouveau surligneur.

Je les ai prises en photo. Pourtant, je n’aime pas ces pauses forcées à un moment où elles ont hâte de partir retrouver leurs camarades de classe. L’envie de me souvenir de ces dernières rentrées ? La fin du bac pour Eglantine, la fin du collège pour Hortense. Moments de nostalgie devant ces deux grandes et belles jeunes filles qui construisent leur vie délicatement, artistiquement, scientifiquement, joyeusement, facétieusement, concrètement et avec une richesse d’esprit qui fait rêver.

Prendre son propre départ