Brume matinale

8h du matin. Un dimanche au parc de Sceaux. Fin d’été. Les feuilles mortes craquent sous les roues de mon vélo. Seul.es quelques coureur.euses animent les allées dans la fraîcheur des platanes. En arrivant aux loges des artistes de la compagnie XY, mon regard est happé par la brume vaporeuse qui habille la grande plaine où aura lieu le spectacle. Le soleil matinal diffuse un atmosphère moelleuse dans laquelle se noient les installations du théâtre.

Dans mon dos, soudain, un bruissement, un froissement. Deux écureuils se poursuivent bruyamment dans un grand Séquoia. Leurs fourrures rousses tournent autour du tronc puis disparaissent dans les hautes branches.

Saisir l’émerveillement.

Quelques minutes plus tard, la brume sera dissipée. Les techniciens termineront les installations. Les premiers spectateurs arriveront pour profiter du spectacle offert par les vingt-quatre acrobates, peaux bronzées, corps musclés, costumes noirs. Une Nuée acrobatique qui traversera la grande plaine en figures silencieuses avant d’attiser la scène sur les rythmes baroques de Rameau et Lully puis de s’approprier le gué traversant le canal dans d’amples éclaboussures. Cavalcades scandées de voltiges virtuoses, tableaux poétiques au son de l’eau qui gicle.

J’ai trouvé cette vidéo pour vous donner une idée. A imaginer au coeur d’un parc à la française et dans l’eau de son canal.

Chemise rouge

Hier, Hortense avait six ans, était haute comme trois pommes et portait deux couettes. Elle entrait chez les Farfadets avec un polo vert clair. Elle observait le monde avec ses grands yeux noirs, avide d’imiter sa grande sœur, soucieuse de ne pas trop s’éloigner de nous. Le camping, c’était encore les souvenirs de notre tente orange sur une plage sauvage de la mer Noire en Roumanie, le feu sous les étoiles, bercé par le ronronnement des vagues et la guitare de Régis.

Hier Hortense découvrait la toile épaisse des tentes scoutes, les pieds qui dépassent parfois dans l’herbe humide, les petits matins frais, la corvée d’eau, de bois ou de vaisselle.

Aujourd’hui, elle a enfilé une chemise rouge, taille adulte, bardée d’écussons et de badges récoltés au cours de sept belles années de scoutisme. Les Rouges, ce sont les grands qui rient fort, qui se couchent plus tard lors des veillées de groupe, qui chahutent beaucoup, qui portent les plus petits sur leur dos, qui savent monter une tente ou une table à feu les doigts dans le nez (ou presque), mais qui ont le plus de contraintes lors des grands jeux pour laisser une chance aux plus jeunes de gagner.

Aujourd’hui, Hortense n’a qu’une hâte lors du traditionnel week-end de rentrée. Se retrouver avec ses ami.es, loin des parents. Les scouts, c’est un moment à elle. Les chefs, pour la plupart, elle les connaît déjà. Ils ont grandi ensemble. Beaucoup de respect, énormément de complicité. La caravane (le nom de l’unité) n’a rien d’un mystère non plus. Les Rouges, c’est un passage important vers l’âge adulte. Ici, on n’est plus chez les petits.

Au week-end de rentrée, les anciens de chaque unité accueillent les nouveaux avec un rite de passage. Cette année, les anciens Rouges étaient assis les uns derrière les autres. Les nouveaux Pionniers et les nouvelles Caravelles se jetaient sur leurs compagnons, portés par une vague de bras levés jusqu’à la fin de la file.

Il est question de confiance, d’entraide, de force du groupe, de bienveillance et de connivence. Ça se charrie gentiment, ça s’accueille chaleureusement.

Nous nous sommes éclipsés discrètement avec les autres parents.

Que sera, sera

Ultime soir de canicule. Je sors de mon troisième et dernier train. Dans quelques mètres je serai à la maison. Le ciel enflamme les nuages qui moutonnent paisiblement. Le doré vire à l’orange puis au rose. La lumière chaude lutte contre la pénombre qui avale déjà les rues.

Olivier, lui, vient d’arriver en Espagne. Les filles ont préparé leur dîner. Quand je pousse la porte, elles dansent ensemble devant le ventilateur. La chaleur est encore lourde. Leurs sourires m’accueillent.

La rentrée rétrécit le temps, bouscule les heures, consomme les minutes. Elles, elles dégustent la fin de l’été entre sœurs. Petits bonheurs sans les parents. Moment suspendu avant de replonger dans les cours.

Au milieu de la nuit, la pluie tambourine sur le toit. Grosses gouttes, lourdes comme ces années qui marquent la fin de deux cycles importants. Le collège pour l’une. Le lycée pour l’autre.

Que sera, sera…

Qu’il est bon de leur faire confiance et de les voir grandir, malgré les orages.

Du vide et du plein

Qu’il est bon de voir arriver le week-end. Surtout quand rien n’est prévu. Le temps se détend, s’allonge, les minutes se prélassent. Alors on se dit que ce serait sympa de voir une amie, de discuter avec un copain, de partager un café, un goûter, un verre de vin. Et le temps s’entortille en rencontres heureuses, en discussions légères. Une discussion s’amorce sur un trottoir ou dans une boutique. On échange des nouvelles. Les enfants qui grandissent. La rentrée qui semble déjà loin.

Le week-end se termine trop vite. Plein de tout ce vide que l’on a garni des autres. De ceux qui nous font du bien. De ces sourires tranquilles. De ces mots bienveillants. Comme autant de confettis joyeux. Des bulles de savons dans un ciel d’été.

C’est beau, paisible et réconfortant. Assez en tout cas, pour avoir envie d’en garder une trace.

La photo de rentrée

Il est loin le temps où elles partaient côte-à-côte, leurs gros cartables sur le dos, la grande et la petite, oscillant entre l’excitation de retrouver les ami.es et la crainte de l’inconnu que recèle chaque nouvelle année scolaire. Je les prenais en photo devant la maison. Parfois, Olivier pouvait faire un bout de chemin avec nous. J’ai une très belle image de cet immense papa accompagnant notre petite Eglantine sur le chemin de sa rentrée en sixième.

Ce matin, Eglantine a coiffé son casque, sorti son vélo du garage et glissé son sac dans la sacoche. Pantalon fluide à motifs bleu et blanc, blouse bleu marine sans manche et grosse ceinture de paille, elle est désormais majeure et n’a plus besoin qu’on lui tienne la main.

Hortense, elle, commençait les cours cet après-midi seulement. Je partais aujourd’hui dans le sud-ouest, alors elle a déjeuné chez une amie. Elle a choisi ses vêtements avec soin. Un jean et une blouse bleue et blanche aux larges manches fluides fermées sur le dessus par une série de nœuds. Les mèches rouges qui encadrent son visage depuis le début des vacances se sont estompées dans de doux reflets cuivrés. Elle a rempli son sac du matériel de base. Le même chaque année. A peine si nous complétons la trousse avec un nouveau surligneur.

Je les ai prises en photo. Pourtant, je n’aime pas ces pauses forcées à un moment où elles ont hâte de partir retrouver leurs camarades de classe. L’envie de me souvenir de ces dernières rentrées ? La fin du bac pour Eglantine, la fin du collège pour Hortense. Moments de nostalgie devant ces deux grandes et belles jeunes filles qui construisent leur vie délicatement, artistiquement, scientifiquement, joyeusement, facétieusement, concrètement et avec une richesse d’esprit qui fait rêver.

Prendre son propre départ

La lettre phare

Voilà une semaine qu’Hortense est partie en camp dans le sud-ouest. Chaque jour, je regarde la météo. J’avais chaud pour elle quand les prévisions tutoyaient les 40°. Je me raccrochais alors au vieil adage, « pas de nouvelle, bonne nouvelle ». J’avais raison puisque les chefs ont envoyé un message en fin de semaine pour rassurer les parents. Ils ont des arbres et avaient prévu des activités adaptées aux fortes chaleurs. Tout va bien

Nous n’avons plus l’habitude de ne pas avoir de nouvelles. Le moindre séjour dispose désormais d’un site sécurisé où découvrir les photos de la journée. Hortense, elle, est experte en l’art de ne pas apparaître sur les clichés. Lors de sa semaine de plongée à l’UCPA, on aurait pu croire qu’elle n’y avait jamais mis les pieds.

C’est devenu un jeu entre Olivier, Eglantine et moi. Où est Hortense ?

On la distingue parfois grâce à un vêtement. La plupart du temps, elle est invisible.

Et ravie de passer sous le radar des parents.

Les scouts sont un refuge. Pas de photos, pas de message (ou presque) pendant deux semaines. Hortense se retrouve dans sa bulle sous tente, éclairée de veillées joyeuses. Aux oubliettes les parents.

Elle n’emporte même pas une enveloppe et un timbre pour nous écrire pendant son séjour. Ils revenaient toujours froissés au fond du sac, exhalant une odeur de feu de bois.

Quand elle était plus jeune, je lui envoyais une carte postale chaque jour. Une année en primaire, elle était en classe transplantée dans les Alpes. Je lui avais même écris une histoire dont je postais chaque jour un chapitre. A son retour, elle ne l’avait pas lue.

Alors la tentation est forte de ne pas écrire. Mais les parents ne sont-ils pas là pour assurer une permanence, quoi qu’en pensent les enfants ? Un peu sur le modèle de cette histoire que je lisais aux filles quand elle étaient petites. Une maman renard rassure son petit à chaque page. Elle l’aime malgré les bêtises les plus énormes qu’il peut inventer.

Alors je continue d’écrire à Hortense quand elle part en camp. Une lettre par semaine. Pour lui montrer qu’on pense à elle, même si elle ne donne pas de nouvelles, même si elle est avec ses amis, même si grandir l’éloigne de nous.

Comme un phare dans la nuit, qui veille, qui indique une présence là-bas au loin, un point vers lequel se tourner en cas de problème.

Rien de spécial mais du bonheur dans l’air

La canicule s’est enfin échouée dans une fraîcheur nouvelle. On respire mieux. Le ventilateur est éteint. On ne guette plus le moindre courant d’air entre deux fenêtre ouvertes. Les magasins rouvrent petit à petit. Bars et restaurants aussi. Il n’est pas rare de croiser une amie dans la rue. Personne ne court après le temps. Il semble suspendu en attendant la vraie fin de l’été, en septembre, avec la rentrée. Même Olivier termine ses journées à des heures normales.

J’aime ce rythme tranquille, loin des urgences et de l’accumulation des to-do list. J’en profite pour remettre le nez dans l’atelier, trier, ranger, jeter. Faire courir un pinceau sur une feuille de papier. Rien de bien réfléchi, ni de très travaillé. Reprendre seulement mes marques. Retrouver un espace où créer. Pour libérer mon esprit, il me faut aussi dégager mon lieu. Me séparer d’une partie de ce que je garde depuis neuf ans que nous sommes revenus en France. J’avais réussi à tout faire entrer dans mon petit atelier au sous-sol. La conclusion est pourtant évidente aujourd’hui. Ma machine à coudre reste à l’arrêt. J’écris en dilettante et je peins encore moins souvent. Tout le reste de ce matériel qui a fait vibrer mes expatriations prend la poussière.

J’en garde une partie pour avoir la liberté de jouer avec les couleurs et les matières quand j’en ai envie. Ne pas fermer la porte. Mais, petit à petit, je me sépare de ces choses que j’accumule au fil des ans dans l’espoir d’en faire quelque chose. Un jour…

Première étape, ces piles de magazines que je suis persuadée de relire un jour. Je ne les ouvre pas. Je commencerais à les lire et je voudrais encore les garder pour les terminer. Plus tard.

Derrière moi, le chevalet est prêt. Je sens qu’il faut que je m’y remette. Oublier le temps et les soucis dans les couleurs qui se superposent. Ce sera mon défi de la rentrée. Peindre de manière régulière. Quel que soit le résultat.

Je tiens déjà à peu près celui de la nouvelle année avec l’écriture de ce blog. Même si je reste parfois silencieuse un peu trop longtemps, même si j’ai renoncé assez rapidement à écrire tous les jours, la Tasse de Thé a retrouvé sa saveur. Je ne sais toujours pas vraiment ce que je mets dedans. Je n’aime pas en faire la promotion. Elle reste un petit moment privilégié avec ces quelques lecteurs fidèles que je vois passer à travers les statistiques qui s’affichent dès que j’ouvre l’outil de publication. Ou ceux qui me disent, quand je les croise, combien ils aiment ces rendez-vous sans enjeu, ces tasses de thé partagées comme une conversation au coin de la rue.

Ce soir, mes pensées semblent n’avoir ni début ni fin. En réalité, je n’ai rien de spécial à raconter. Si ce n’est une tranquillité fugace que je savoure avec délectation.

Merci à vous de me lire. Sentir votre présence bienveillante me fait beaucoup de bien.

Comme lorsque je marchais dans la rue cet après-midi. Eglantine roulait en skate à côté de moi.

Rien de spécial mais du bonheur dans l’air.

Je partage en conclusion la chanson que j’écoute à l’heure de terminer ma Tasse de Thé du jour, The redwing, de Feist. Douceur de la nuit, rêves et espoirs du soir.

Le temps du départ en camp

Dans la lumière blanche du matin, Hortense avance à grandes enjambées vers la Gare Montparnasse. Elle porte sur son dos le gros sac qui la suit depuis des années. Lors des premiers camps scouts, elle disparaissait derrière cette immense carapace. Aujourd’hui, elle le porte avec nonchalance, sa casquette fixée à un mousqueton, le tapis de sol accroché au-dessus.

Elle est avec son amie Emma. Ensembles depuis la maternelle. Elles sont plus grandes que la plupart des adultes mais partent encore avec une petite peluche dans le sac. Elles retrouvent les chef.fes sur le parvis. Les copains. Les copines. Les sourires. Les messes basses. Retrouvailles de fin de vacances. Les parents se regroupent à l’écart. Je ne serai pas la seule à quémander un au-revoir. Ce temps n’est pas le mien. Hortense a rejoint sa tribu.

Photo de groupe. Flottement du départ. Enfin, la troupe se met en marche. Ils et elles se mettent à deux ou trois pour porter les sacs en grosse toile des tentes scoutes. D’autres se chargent des sacs de matériel. Une valise à roulette semble incongrue dans le tableau. La SNCF refuse les malles en métal, m’explique une amie. Il a fallu trouver une solution pour en transporter le contenu.

Les chemises bleues s’engouffrent joyeusement dans la gare alors que les parents se dispersent. Pas un regard en arrière.

Je prends un café en terrasse avec mon amie Vera. Ce temps est le mien.

Le même jour

Depuis des années, je stocke mes photos dans Google Photo. Chaque jour, en haut de l’écran de mon iPad, l’appli me propose des photos prises le même jour. Ça peut être il y a un an comme il y en a douze. Comme un album photo qu’on ouvrirait au hasard des années plus tard.

Ce matin, c’est une photo d’Hortense, une bonne trentaine de centimètres en moins, de longs cheveux en cascade sur ses épaules bronzées, une robe de coton blanc et son léger sourire mutin qui fait remonter des petites joues bien rondes. Derrière, la ruelle descend jusqu’au port d’Hydra, en Grèce. L’émotion me gagne immédiatement. Le temps qui passe, les corps qui changent si vite – la photo a seulement trois ans…

Dans les ruelles d’Hydra, en 2020

Quelques jours plus tôt, c’était une photo d’Églantine. En chemise bleue, entourée de ses copines au petit matin à la gare du Nord. Les gros sacs-à-dos sont posés au sol le temps de la photo. Les sourires sont francs, chargés de joie et de rêves, de promesses de feux de camp et d’aventures. Alors, bien sûr, à l’émotion se mêle le regret de cette époque où l’on surveillait simplement que les activités ne soient pas trop nombreuses. Entre la tournée de la Maîtrise, les colos et le camp scout, il nous arrivait de ne voir Églantine que quelques jours en un mois d’été.

A présent, on compte le temps de repos nécessaire après chaque trajet, chaque sortie, chaque rencontre. On se laisse toujours la possibilité d’annuler, de changer de programme pour qu’Églantine puisse gérer sa fatigue au mieux. Surtout, qu’elle ait le choix, qu’elle garde ses envies et ses rêves. Comme le parapente chaque été. Comme le catamaran en juillet. Ou une sortie à Paris avec son vélo.

Aujourd’hui, pour Hortense, notre temps est trop lent. Comme quand elle file dans la montagne alors que j’ahane à l’arrière. Elle a besoin des autres ados, de fous rires partagés, de journées bien remplies, de découvertes loin de nous. Alors elle a hâte de retrouver ses copines aux premières heures de la matinée, demain, sur le quai de la gare. Elle aura sa chemise bleue, son gros sac-à-dos sera posé sur le sol. Il faudra prendre la photo rapidement car ils seront tous pressés de monter dans le train.

Et dans deux ou trois ans, je regarderai la photo avec la même émotion qu’aujourd’hui. D’ici là, la vie aura laissé son empreinte, avec ses bons moments et ses mauvais. Mais ce qu’il y a de bien avec les photos, c’est qu’on préfère les prendre avec le sourire. Un stock de bons souvenirs à enrichir au quotidien.

D’ailleurs j’espère bien réussir, cette année, à imprimer un album souvenir, sur papier, de nos vacances. Pour qu’on en tourne les pages, dans quelques années, le cœur battant, le sourire aux lèvres. Le même jour ou un autre jour, qu’importe.

L’insomnie

L’insomnie te réveille au milieu de la nuit. Tu es prête à commencer la journée. Alors tu regardes l’heure et tu te rends compte que minuit est à peine passé. Tes pensées se mettent à danser, à sautiller dans des rondes infinies, chassant le sommeil aux confins de l’obscurité. Obscurité, vraiment ?

Ville ou village, la nuit n’est plus très sombre. Les lampadaires rassurent et sécurisent. Quand Eglantine se réveille à l’heure où tous les volets sont encore fermés, cette nuit d’été à la montagne, elle sort faire un tour. Dans la lumière douce de l’éclairage public, elle a froid aux pieds et se dirige vers la source chaude derrière la maison. Elle retire ses tongs et plonge ses pieds dans la tiédeur de l’eau. Plantée dans le bassin de la source, elle lève la tête pour contempler le ciel. Seules quelques étoiles résistent à la pollution lumineuse des hommes. Suffisant pour apaiser l’insomnie et retrouver le sommeil.

Juste avant notre départ du village, nous essayons cette fois d’apercevoir quelques étoiles filantes. Les Perséides doivent être nombreuses à l’occasion de la nuit des étoiles. Nous mettons un peu de temps à trouver un champ à plat assez éloigné des sources lumineuses. Couchés dans l’herbe, enroulés dans des couvertures car la nuit est fraîche, nous fixons le ciel avec intensité. Quand la ouate des nuages se dissipe, nous apercevons même la Voie lactée. Et, effectivement, quelques étoiles filantes emportent nos vœux au creux de la nuit.

Petit aperçu du ciel grâce aux bons capteurs du téléphone d’Olivier

Ce soir-là, Hortense est déchaînée. Entourée dans un tapis de sol, elle court à travers champ, saute sur place, semble s’envoler à travers les rues du village lorsque nous retournons vers la maison. Il est tard, mais Hortense ne s’endort jamais tôt. Cette fois-ci, pourtant, son énergie vespérale ordinaire est décuplée par le Red Bull qu’elle a partagée avec une amie à l’apéro. Feu follet sympathique qui s’éteindra subitement une fois l’effet de la boisson passé. Hortense dormira finalement d’un sommeil profond.

Le village au milieu de la nuit

D’autres insomnies délaissent les étoiles et préfèrent les pages des livres. Leurs histoires repoussent nos pensées noires et accueillent le retour du sommeil. L’inverse est parfois vrai et le livre entraîne l’insomnie. Incapable d’abandonner le récit, on tourne chaque page en se disant que c’est la dernière. Les yeux piquent mais nos paupières résistent et la lecture continue. C’est ce qui est arrivé à Hortense la nuit dernière.

Embarquée dans le livre que lui avait prêté sa sœur en fin de journée, elle a été incapable de le lâcher. Je l’ai trouvée au petit matin dans le canapé. Il ne lui restait que quelques pages à lire. Les légions de poussière, de Brandon Sanderson, l’ont gardée éveillée toute la nuit. Comment râler alors que j’ai passé les dernières semaines à tenter de lui faire lire autre chose que des webtoons mal traduits ?

Ce soir, la chaleur est épaisse et lourde. Tout le monde est déjà monté se coucher. Django pousse de petits miaulements dans son sommeil. Les moustiques rodent. Dans le ciel citadin, je n’aperçois pas une étoile pour guider mes rêves. Mais j’ai le souvenir de la Voie lactée, des étoiles filantes, de l’ombre de la montagne et des éclats de rire dans l’obscurité de la vallée pour accueillir mon sommeil.