Rythme effréné des dernières semaines avant Noël. Enchaîner les rendez-vous et finir l’année sur une série de bonnes nouvelles. Un bel anniversaire, plus de scoliose ou de phobie scolaire pour Hortense et une place dans le lycée de son choix à la rentrée prochaine. Des belles amitiés pour Eglantine, un rendez-vous avec un nouveau médecin pour explorer d’autres pistes afin d’atténuer sa fatigabilité, et la rencontre avec l’arc de ses rêves. Ce sera l’arc à poulie !
Retrouver les Petites Cantines après quelques mois de retrait. Les échanges, les sourires, les nouvelles amitiés.
Reprendre petit à petit un rythme d’écriture. Au moins pour une nouvelle par mois. A défaut d’écrire régulièrement sur ce blog. Des histoires plein la tête. Des idées qui fourmillent. Des envies qui éclatent. Ça fait du bien.
Et, finalement, partager et fêter ensemble la douceur de Noël malgré certaines notes plus acides. Un peu comme cette délicieuse bûche au citron dégustée lors de notre réveillon. La courbe au jaune délicat, la mousse fine mais l’amertume du cœur aux écorces de citron confites qui vient réveiller les papilles.
Être ensemble, les regards complices et les petites attentions ont autant d’importance que les cadeaux joyeusement empilés sous le sapin. Surprises, attentes comblées, clins d’œil… Un Noël simple, tranquille, gourmand et heureux.
Comment ça, j’oublie de vous parler de la fatigue accumulée, de la nausée, du nez pris, de la gorge qui brûle ? Ça ne retire rien à tout ce que j’ai écrit jusque-là. Simplement, j’ai terminé Noël au fond de mon lit, un chat calé de chaque côté, trop heureuse de me fondre dans le moelleux de l’oreiller et la chaleur de la couette.
Ma mission Noël était accomplie. Je me suis enfuie dans la forêt enchantée des rêves. N’est-ce pas aussi ça, la magie de Noël ?
Il est arrivé un soir de décembre, quelques jours avant Noël. Un gros cube en carton caché derrière le sourire radieux d’Olivier. Le sourire d’un enfant ayant reçu le cadeau des rêves. Un sourire qui déteint dans les yeux, qui illumine la brume nocturne, qui réchauffe les cœurs les plus endurcis. Un sourire simple, sincère, généreux.
Rapidement, la boîte s’est retrouvée échouée sur le tapis, éviscérée, oubliée. Le casque a pris place sur la tête d’Olivier, avalant la moitié de son visage, enserrant son crâne dans les larges sangles. Cyborg à trois yeux. Et toujours ce sourire béat.
Le casque de réalité virtuelle était entré dans la bergerie.
Attention, il n’est pas là pour rigoler. C’est un outil de travail, prêté par l’entreprise d’Olivier pour le télétravail. Faire oublier le bureau étriqué, deux jours par semaine, coincé dans une chambre sous les toits, entre une armoire et des peluches. Désormais, les salles de réunions sont monumentales. Les avatars s’installent face à la mer. Les documents sont partagés sur un immense écran en lévitation au-dessus du sable. L’immersion est totale. La concentration maximale. L’humain entre complètement dans la machine. Seule son enveloppe charnelle demeure attachée au fauteuil du bureau.
Le soir, pourtant, le casque VR colonise le salon. Quelques minutes après son arrivée, les premiers jeux étaient installés. On pousse la table basse et les fauteuils pour accueillir les mouvements amples de celle ou celui qui porte le casque. Tour à tour, les filles et Olivier se transforment en cyborgs, chimères modernes d’un monde évanescent.
Rapidement, la batterie se vide. Le casque aspire également l’énergie de celle ou celui qui le porte. Eglantine ne peut pas l’utiliser plus de trente minutes sans être totalement épuisée. Le mal de crâne gagne Olivier après une seule réunion dans le métavers. Seule Hortense ne sent pas la fatigue l’envahir. Elle pourrait rester des heures dans ce monde digital affranchi de tout repère temporel et spatial. Elle en revient pourtant les yeux brillants et les traits tirés.
Alors nous avons fixé des règles. Un temps maximum d’utilisation quotidien. Une heure limite après laquelle il ne doit plus servir.
Quant à moi, la plus réfractaire à ce monde coupé des autres corps, de la terre, de l’air et tout ce palpable qui fait, à mes yeux, la magie du quotidien, j’ai promis d’essayer bientôt ce casque avide de conquérir nos têtes. Je préfère quand même les livres, les mots et les couleurs de la vie.
Cette année, j’ai fabriqué les calendriers de l’avent. Version chocolats, pâtes de fruits et pâtes d’amande, choisis en fonction des goûts des filles pour éviter les mauvaises surprise.
Comme je ne souhaitais pas entreposer les contenants jusqu’à l’année prochaine, j’ai opté pour une version en papier, branche d’arbre et rubans. J’avais tout à la maison. Les rubans datent de l’époque des bazars turc dont je revenais toujours avec trop de choses. J’ai ramassé les branches dans le parc de sceaux il y a quelques années, amoureuse de leurs nœuds tortueux. J’ai fabriqué les boîtes dans du papier aquarelle épais sur lequel il était aisé, ensuite, de tracer les chiffres en rouge, vert et violet. J’ai découpé chaque boîte à la main à partir du modèle trouvé sur le site Tête à modeler. 48 boîtes, 192 trous, 96 boucles de nœud.
Rien de compliqué mais c’était long. Pour le 1er décembre, je n’avais préparé que la moitié. J’ai terminé ce matin, à l’heure où tombaient trois flocons de neige, alors que tout le monde dormait encore. Impression d’atelier du Père Noël.
Plaisir de voir les visages ravies des filles alors qu’elles ouvrent leurs pyramides en papier.
Hôpital Acibadem, Bursa, Turquie, il y a quatorze ans. Je suis enceinte. Depuis des semaines, la veine ombilicale a un problème. Elle risque de se boucher à tout instant. Dès que le docteur m’assure que mon bébé est viable en-dehors de mon ventre, nous provoquons la naissance d’Hortense.
Elle arrive beaucoup plus vite que prévu, beaucoup plus tôt. Le médecin avait anticipé au moins douze heures de travail. Elle apparaît deux heures après l’injection du produit provoquant les contractions. Elle a quatre semaines d’avance. Déjà née. Désormais, l’oxygène ne risque plus de manquer. Enfin née.
Déjà. Enfin. Aujourd’hui, Hortense a quatorze ans et cette dichotomie des sentiments est toujours très vive. Tous ses ami·es sont du début de l’année. Ils ont cet âge depuis parfois presque un an. Elle avait hâte de les rejoindre. Enfin.
Ce nouvel anniversaire concorde également mieux avec sa taille. Hortense est bien plus grande que la majorité des femmes adultes. Déjà. Difficile pour les personnes qui la croisent de lui donner le bon âge. Le vendeur du cinéma de quartier réclamait sa carte d’identité pour accepter d’appliquer le tarif réduit réservé aux moins de quatorze ans. Enfin, son âge correspond mieux à sa taille.
De sa naissance, Hortense a aussi gardé cette envie d’aller vite, de découvrir tout , tout de suite, d’être autonome et indépendante dès que possible. Quand nous nous promenons dans les rues parisiennes, elle y projette déjà sa vie d’adulte. Elle n’aime rien moins que passer du temps avec ses potes loin du cocon familial.
Il faut parfois s’accrocher pour comprendre ce qu’elle ressent. Elle ne s’est jamais beaucoup confiée. L’adolescence creuse encore plus ce fossé. Avec elle, le sentiment d’être des boomers a déjà fait son apparition. Mais, en prenant le temps, en oubliant de se vexer, en la laissant vivre à son rythme, la voir grandir est un vrai bonheur.
Je ne sais pas quelle adulte elle sera. Elle me surprend déjà tous les jours. Je me réjouis simplement de ses joies. J’écoute ses peines, quand elle accepte de les confier. Je la surveille du coin de l’œil pour qu’elle se sente soutenue. Je m’énerve parfois. Je ris souvent de ses facéties et de son humour incisif. Enfin bref, je l’aime profondément.
Sortir. Pas seulement pour me rendre à un rendez-vous, conduire Églantine, préparer l’arrivée des artistes au théâtre, participer à une réunion pour les Petites Cantines ou faire des courses. Mettre simplement le nez dehors pour m’oxygéner, me balader, musarder.
J’ai retrouvé avec plaisir le parc de Sceaux, notre voisin que j’avais délaissé depuis le début de l’automne. Fini les enfants joueurs parsemant les pelouses de leurs cris, les groupes d’amis flânant dans les allées, les coureurs du dimanche. Quand le thermomètre n’affiche que quelques degrés au-dessus de zéro et que le soleil se musse dans des voiles nuageux, le parc n’accueille plus que quelques courageux·ses sportif·ves à la foulée énergique, des promeneur·ses de chien bien emmitouflé·es, des jardiniers qui s’activent dans les jardins à la française et des groupes de marche nordique armés de leurs bâtons.
Dans les arbres dénudés par les vents et les pluies des dernières semaines, on trouve encore quelques feuilles capturant le soleil. Malgré la morsure du froid, des éclats lumineux éblouissent le paysage, rehaussant les écorces sombres et la terre humide.
Morceaux choisis en camaïeu de jaune pour un shoot de bonne humeur.
Je suis abonnée à une newsletter sur la mort. Ca vient du site Happy End, fin heureuse en français. Une jolie façon de voir la mort.
Mais pourquoi, me direz-vous ? Je n’en sais rien. Je n’ai pas souvenir de m’être abonnée à cette newsletter. Étant donné que ça arrive sur mon mail des Petites Cantines, je suppose que c’est lié à une formation que j’ai suivie. Pourtant, je n’ai jamais participé à une formation sur la mort, comment y faire face, comment en parler, comment s’y préparer.
Comme je lis rarement les newsletters, j’ai mis un moment à me rendre compte du sujet de celle-ci. Pourtant, dans un monde où la mort est édulcorée, je trouve réjouissant de pouvoir mettre ce sujet au cœur d’une politique éditoriale. De parler de ce qui existe pour accompagner. De se rappeler que la vie est précieuse car elle est limitée et finalement relativement vaine. Que la mort, ce n’est pas juste un magasin lugubre de pompes funèbres avec des fleurs en plastique et des plaques en granit.
Remettre la mort au cœur de la vie et en faire un moment de célébration. Savoir cultiver le souvenir. Accepter l’absence. Vivre avec les regrets des querelles restées en suspens.
De temps en temps, je jette un œil sur cette newsletter et j’apprends qu’on ne peut pas disperser les cendres d’un défunt en mer à moins de 300 mètres de la côte ou qu’il existe un cheval nommé Peyo et qui accompagne les patients en soins palliatifs à Calais.
La mort reste dans les parages, sans dramatisation, sans infâmie, sans se voiler la face. Ça ne retire pas la tristesse, mais ça replace la mort au coeur de la vie.
« Et il devra porter une collerette pendant une semaine ».
Passage à la caisse de la clinique vétérinaire. Anti-inflammatoire. Antibiotique. Et un grand morceau de plastique semi-rigide transparent, orné d’un ruban vert. Le dernier West side story félin dans le jardin a laissé Django avec une plaie de morsure purulente derrière l’oreille.
Première étape, se familiariser avec la collerette. Fermer le cône, passer la languette dans les différentes fentes entre les deux épaisseurs de plastique. Dessus-dessous. Dessus-dessous. Nouer le ruban. « On doit pouvoir glisser deux doigts » a conseillé la véto. Mais pas plus. Les chats sont très agiles pour retirer une collerette.
Je m’entraîne à manipuler le plastique. Posé sur mes genoux, mon gros chat est encore un peu sonné par la douleur et l’inflammation. Il se laisse faire quand je lui pose maladroitement cet immense tour de cou en plastique. Puis vient la panique.
Il saute au sol et tente de s’extraire du cône transparent. Il parcourt tout le salon en zigzagant en marche arrière. Sa tête, alourdie par la collerette, traîne devant lui, se cogne dans les pieds des tables et des chaises. Petit à petit, il passe en marche avant. Bruit sourd du plastique qui heurte les portes et les meubles. Django ressemble à un PNJ de jeu vidéo qui bugue dans le coin d’une pièce. Incapable d’estimer une distance il reste bloqué à l’entrée de la cuisine. Il lui manque deux centimètres pour que la collerette arrête de buter sur le montant de la porte.
Après deux jours, il est un peu plus à l’aise. La douleur et l’inflammation doivent avoir bien diminué, il a retrouvé un peu d’énergie. Suffisamment pour attaquer la collerette à coups de pattes arrière. Il me jette des regards noirs à chaque fois que lui remets après avoir désinfecté sa plaie.
J’ai bien essayé de le laisser sans collerette mais il passe alors sa patte consciencieusement humectée de salive sur la plaie.
Encore cinq jours à le voir cogner sa collerette à chaque marche dans l’escalier et finir par attendre mollement que ça passe, la tête posée sur le bord de sa banquette préférée, les pattes tombant sur le côté, vaincu. Il a le même air malheureux que Doug avec sa collerette de la honte dans Là-haut.
Collerette, ça rime peut-être avec guinguette mais, saperlipopette, pour notre vieux matou, ce n’est pas la fête.
Qui ne connaît pas cette envie d’aller voir de l’autre côté ? En cette dernière semaine d’octobre, alors que le soleil réchauffe doucement la baie de Fethiye, Yeşim, Eglantine et moi prenons le bateau pour nous rendre au marché. Conduite par un vieux capitaine à la peau burinée, la navette quitte l’hôtel toutes les heures. En arrivant vers le port, nous croisons quelques-uns de ces bateaux pirates qui hantent les baies et les criques de la région, musique à fond, pour des excursions festives à la journée. Mais aussi de beaux voiliers appelant au voyage et les fameuses gület (goélette), synonymes de croisières luxueuses, loin des foules.
Sans musique, juste un avant-goût d’Halloween
Visiter le marché, c’est se plonger au cœur de la Turquie. Retrouver les sons, les odeurs et les saveurs que nous avons tant aimées lors de nos années dans ce pays. Mais se rendre au marché de Fethiye, c’est surtout partir à la découverte des montagnes environnantes, imaginer les chemins pierreux, deviner les arbustes aux baies parfumées dans la chaleur sèche de l’été. Dans les allées du marché de Fethiye se succèdent les petits étals des paysans des environs. Ils viennent vendre leur production.
Paysanne en costume traditionnel
Chez eux, pas de pyramides de courgettes au vert éclatant, d’aubergines luisantes, de chou-fleurs d’un blanc parfait. Les femmes portent leurs vêtements traditionnels. Des foulards vaporeux et colorés noués sur la tête, des pantalons larges, confortables, resserrés aux chevilles, aux motifs fleuris. Leurs mains sont larges, abîmées par le travail. Leurs visages sont marqués par le soleil et l’air de la montagne. Les hommes portent des pantalons en flanelle dans lesquels leur chemise est soigneusement rentrée. Surtout les vieux. Les plus jeunes préfèrent généralement la facilité d’un polo ou d’un tee-shirt.
Marchande de plantes séchées
Au milieu des fruits et légumes communs à tous les marchés de Turquie, nous en remarquons d’autres, plus petits, aussi discrets sur les étals que dans les montagnes d’où ils viennent. Grâce à Yeşim, nous nous obtenons des noms, des détails sur leur provenance, la façon dont ils se mangent. Nous goûtons tout. Les saveurs sont surprenantes, inhabituelles. Elles ont le goût des plantes sauvages, l’âpreté des arbustes de montagne, quand la douceur vient à la fin, subtile récompense.
Je note les noms turcs. Il sera toujours temps ensuite de trouver l’équivalent français.
La tâche s’avère finalement compliquée. Je commence par Google traduction, je tape les noms turcs et les possibilités en français dans mon moteur de recherche, j’explore les correspondances avec les photos que j’ai prises, je furète dans les vidéos YouTube en français et en turc…
Enfin, je peux vous raconter ce que nous avons goûté.
D’abord, le fruit inconnu. Sa couleur évoque une olive mais sa forme le rapproche d’un tout petit coing. En turc, il s’appelle mersin. Mais je n’ai pas réussi à trouver son nom français.
Mersin
Nous n’avons eu aucun mal à reconnaître le cynorhodon. Quand on a une fille qui s’appelle Eglantine, il y a longtemps que l’on connaît le nom du fruit de cet arbuste. Par contre, j’ai goûté pour la première fois le fruit de l’aubépine, la cenelle, alıç en turc (se prononce aleutch).
Alıç
Le goût du jujube, lui, évoque celui d’une petite pomme. En turc, il s’appelle hünnap.
Un peu partout, nous trouvions des étals de plantes séchées pour des infusions. Si nous en reconnaissions la plupart, une espèce en particulier nous intriguait. Des tiges très longues, rigides, sur lesquelles on semblait avoir enfilé comme des perles des petites corolles serrées de fleurs jaunes. Les petites pancartes en carton annonçaient ada çayı, la sauge. Mais je ne retrouvais pas dans cette plante les longues feuilles veloutées vert amande de la sauge classique. Une vendeuse expliqua à Yeşim qu’il s’agissait d’une espèce sauvage typique des montagnes voisines. Après quelques recherches, j’en ai conclu qu’il s’agit de la crapaudine de Crête ou Sideritis syriaca.
Ada çayı
Enfin, intriguées par de petites graines aux reflets bleutés, nous avons goûté le çitemik. Visuellement, il ressemble à du poivre mais son goût se rapproche plus de sésame. La graine n’est pas très agréable à croquer car elle est dure et laisse plein de petits éclats dans les dents. Il faut en prendre plusieurs à la fois pour que ça ait un réel intérêt gustatif. Je suis une des rares à avoir aimé. Mes recherches me font penser qu’il s’agit des baies de térébinthe séchées, le fruit du pistachier térébinthe.
çitemik
Quand nous arrivons à l’hôtel après le marché, nous avons l’impression de rentrer d’un voyage dans un pays inconnu, la tête pleine de sensations nouvelles, du plaisir de la découverte et de la rencontre. Et l’envie de partir visiter la montagne après l’avoir goûtée avec autant d’ardeur.
Une côte découpée comme de la dentelle, roches aux nuances de gris, d’ocre et de rouille, eaux turquoises virant sur le marine ou le vert en fonction de la lumière, la baie de Fethiye est encore douce alors que l’automne pleut sur Paris. Notre hôtel occupe une vaste presque-île qui s’enfonce dans la mer Méditerranée. Le soir, au loin, les lumières de la ville scintillent derrière celles des mats des bateaux qui mouillent pour la nuit.
Cabotage le long des côtes
Bonheur paisible de la baignade et du farniente. L’hôtel propose une quantité improbable d’activités. De grands toboggans accueillent les rires tourbillonnants des enfants avant d’être submergés dans l’eau encore très chaude. Un peu plus loin, les paddles, kayaks et optimists sont en libre accès. De l’autre côté de l’hôtel, on croisera un père et son fils en train de pêcher. En grimpant sur les hauteurs, on s’aventure au tir à l’arc. Le sommet d’une autre petite colline héberge un mini-golf et un terrain de badminton. On peut s’essayer à l’ebru (papier marbré) ou à la poterie. On retrouve aussi l’incontournable aquagym, les leçons de danse et de Zumba et les cours de Yoga. Mais la liste est encore longue. Impossible de tout expérimenter…
Vue sur la plage aux toboggans
Dans la douceur des fleurs de bougainvilliers, nous profitons de vacances en famille sans autre contrainte logistique que celle de choisir sur quelle plage se retrouver. Les cousines partagent des moments précieux, elles qui ne se voient que rarement. Même Eglantine, une fois passée la fatigue du voyage, s’épanouit au soleil.
Elle partage avec son père et sa sœur un vol incroyable depuis le sommet de Babağda, cette montagne qui domine la baie de ses 1975 mètres. Moment intense lorsque les voiles des parapentes se gonflent et filent dans l’azur. Ils partiront chacun à quelques minutes d’intervalle, bien arrimés aux parapentistes professionnels qui enchaînent les vols en duo. Alors que je redescends en voiture, je regarde le ciel constellé de voiles colorées qui pirouettent avec habilité. J’arrive bien après eux sur la plage d’Ölüdenız où ils ont atterri.
Pour Hortense, nous avons tous embarqué sur un bateau de plongée. Portants chargés de combinaisons Néoprène, palmes rangées dans des casiers sous le toit, bouteilles et détendeurs calés le long des parois. Olivier et Eglantine feront leur baptême. Plongée à 5 mètres le matin. 7 l’après-midi. Chantal, Elise, Estée, Yeşim et moi profiterons des petites baies où s’ancrera le bateau pour nager avec les poissons, simplement équipées de palmes, de masque et de tuba. Hortense, elle aura le droit de plonger à 18 mètres grâce à sa carte de plongeuse niveau 1. Malgré son mètre soixante-quinze, elle n’a encore que 13 ans et la Turquie interdit aux moins de 14 ans d’aller jusqu’à 20 mètres.
Première plongée d’Hortense en Turquie 🇹🇷
Grâce à leur cousine Estée, les filles découvriront aussi le ski nautique. Plaisir de glisser sur l’eau. Premiers slaloms. Et même, sortir du sillon, passer la vague, puis revenir dans l’axe du bateau. Sourires radieux.
Délice des papotages retrouvés avec mon amie Yeşim, tout en profitant du reste de la famille. Surtout Élise et Estée que la distance et les rythmes de vie ne permettent pas de voir très souvent.
Dernier matin avant le départ, attendre le lever du soleil.
Enfin, alors que la toute jeune république turque fête ses 100 ans, que les drapeaux rouges inondent les rues, les boutiques, les façades et les moindres recoins du pays, chacun.e repart dans sa direction. Eglantine et moi rentrons à Paris alors qu’Elise et Estée retrouvent Vienne. Olivier, Chantal et Hortense, eux, profitent encore un peu de la Turquie à Istanbul avec Yeşim.
Matinée à Istanbul. Rive asiatique. Quitter la maison endormie et marcher dans les rues ensoleillées. La chaleur monte doucement en ce début d’automne. Retirer le pull de coton, acheter des açma à la boulangerie. Les mots qui reviennent. La douce musique de la langue aimée mais oubliée.
Remonter la ruelle le long du vieux cimetière. Admirer les pierres tombales séculaires soutenues par la végétation luxuriante. Dans le creux d’un turban de marbre, un escargot. L’ombre douce sur les allées encore humides de rosée. Les chiens décharnés au regard paisible. Sur la margelle d’une fontaine, un chat me regarde, impassible.
Puis apparaissent un bout de rivière, les premiers bateaux et les premières yalı, ces maisons traditionnelles des bords du Bosphore, joliment restaurées. De grosses voitures rutilantes et de vieilles guimbardes poussiéreuses se croisent difficilement dans l’étroite ruelle. Face aux restaurants chics aux brunchs pantagruéliques, des maisons modestes devant lesquelles sont alignés d’humbles pots de fleurs. La lumière qui s’accroche délicatement dans les feuilles. Tendresse de la peinture écaillée comme la peau usée des vieux marins qui boivent leur thé un peu plus loin devant la capitainerie du petit port local.
Puis, enfin, derrière les pierres ocres de la vieille forteresse d’Anadolu Hısarı, le majestueux Bosphore. Les vapör croisent d’immenses cargos dont les coques disent les tempêtes des océans. Ici un pêcheur sur son petit bateau. Là, des touristes en croisière et les hauts-parleurs qui expliquent la ville.
Sur le quai, entre le clapotis des vagues, les cornes de brume, les cris des mouettes et les klaxons, une petite boutique de thé. Liquide ambré dans les courbes d’un verre tulipe qui s’attrape par le col, pour ne pas se brûler. Froissement des sacs en plastique des boulangeries voisines dans lesquels plongent des mains gourmandes. Miettes de simit, de börek et autres poğaça sur les petites tables rustiques. Tintement des cuillères reposées dans les soucoupes en porcelaine blanche rehaussée de notes rouge et doré. Les visages tournés vers le Bosphore. Là-bas, on aperçoit un bout du pont suspendu entre deux continents.