On a testé la nocturne gratuite du Louvre

Je vous en parlais hier, nouvelle formule au Louvre dès ce mois d’avoir, la nocturne gratuite du premier vendredi du mois. On a testé avec Hortense et sa copine Juliette. Eglantine était trop fatiguée, elle est restée à la maison.

Le strudel chez Stube

Pourquoi Juliette a-t-elle associé le Louvre à la dégustation d’un strudel ? Trop compliqué à expliquer. Je ne suis pas certaine d’en avoir bien saisi la raison. Le fait est qu’Hortense et elle se sont mises en tête de goûter du strudel ce soir là.

Espèce de strudel, c’est d’ailleurs leur insulte favorite. Elles ont leurs codes et leurs tics de langage d’adolescentes complices.

J’ai relevé le défi strudel et dégotté un petit restau-pâtisserie à quelques minutes à pied du Louve, le Stube. Ambiance pain noir et brioche traditionnelle de Pâques en forme d’agneau.

Les filles sont ravies. Elles dégustent leur premier strudel après un dîner composé de saucisses et de patates. De bonnes limonades pas trop sucrées, pomme, rhubarbe ou citron-gingembre, c’est parfait.

Réservation conseillée

Penser à réserver en ligne à l’avance. Sinon, c’est deux heures de queue pour entrer. Les créneaux sont répartis toutes les demie-heures. Nous, c’est 19h30. Le soleil rasant de fin de journée baigne les vieilles pierres et se reflète dans les innombrables vitres de la pyramide.

Devant nous, une dame découvre la fille d’attente pour les personnes sans billets. Dépitée, elle s’apprête à rebrousser chemin. Nous avons la place d’Eglantine, je lui propose de se joindre à nous.

Nous nous quittons sous la pyramide. Elle veut rendre visite aux peintres français du XIVè siècle. Nous nous dirigeons vers l’Egypte antique. Nous la croiserons à nouveau un peu plus tard, devant des tableaux de Leonard de Vinci.

Est-ce grâce à ce système de réservation ou parce que la formule n’est pas encore très connue ? La foule est au rendez-vous sans être compacte. L’ambiance est détendue.

Direction l’Egypte antique

Nous entrons par l’aile Sully. Hortense aime beaucoup les antiquités égyptiennes. Les couleurs, les dessins, les formes, les matières l’inspirent beaucoup plus que les marbres romains.

Les filles visitent à leur rythme. Très rapide. Trop pour moi. Je les perds rapidement parce que je traîne. Je suis sous le charme des dieux thérianthropes, des sarcophages qui s’emboîtent les uns dans les autres tels des poupées russes, de la richesses des représentations, sculptures ou dessins.

La démesure du Louvre

Je ne vois plus Hortense et Juliette. Je leur téléphone pour les retrouver. Hortense veut faire comme d’habitude quand nous allons au musée. Chacune à son rythme. On se retrouve à la sortie. Mais elle a oublié que le Louvre n’est pas n’importe quel musée. Il est immense. C’est trop compliqué de se retrouver si nous partons dans des directions opposées.

C’est seulement quand nous rejoignons l’aile Denon pour voir la Joconde qu’elle se rendent compte du nombre d’occasions de se perdre.

Découverte de la harpe égyptienne

Loin des incontournables du musée, je découvre avec émerveillement les harpes égyptiennes. Belles formes en trapèze, j’aimerais entendre cette musique qui ravit les dieux et les hommes de l’Egypte antique.

Je ne suis pas la seule à vouloir entendre cette période lointaine. Voici d’ailleurs une vidéo qui montre comment on a pu reconstituer une harpe égyptienne et en dévoiler toutes ses prouesses musicales.

Quelques œuvres majeures

Nous aurions pu nous contenter des antiquités égyptiennes. Mais Juliette visitait le Louvre pour la première fois. Difficile de faire l’impasse sur la Joconde. En chemin, nous croisons la Venus de Milo, à l’air un peu snob malgré l’absence de ses bras et la Victoire de Samothrace et son incroyable drapé.

Des dizaines de personnes se pressent pour faire un selfie avec la Joconde. Juliette se faufile pour apercevoir le si célèbre tableau.

Chacune ses goûts

Nous continuons ensuite avec la peinture française. C’est autre chose aussi de voir les œuvres en vrai, en grand. Même si elles sont parfois plus sombres que les impressions dans les livres de cours. Ainsi le Radeau de la Méduse de Géricault et la Liberté guidant le peuple de Delacroix.

Amusant de constater que nous ne sommes pas du tout attirées par les même peintures. Je me délecte de La grande odalisque d’Ingres alors que Hortense et son amie s’extasient devant la Vue intérieure de la Cathédrale de Milan de l’école de Sebron.

Les colonnes de Buren

Nous quittons le Louvre à l’heure un peu avant la fermeture des portes. Hortense emmène son amie jouer au milieu des colonnes de Buren. L’heure tardive a chassé les badauds. Nous sommes presque seules. Les filles grimpent de colonne en colonne. La nuit est douce. Un drapeau français flotte sur le bâtiment du Conseil d’Etat.

Un sifflet retentit. « Mesdames, messieurs, nous fermons. Veuillez vous diriger vers la sortie ! » Des lampes de poche fouillent la nuit à la recherche d’éventuels récalcitrants.

Nous contournons la Comédie Française et retournons paisiblement dans notre banlieue endormie.

Hortense et son amie ont passé une excellente soirée. Elles ont surtout aimé le strudel et les colonnes de Buren. Même si le Louvre, quand même, c’était bien.

Les croches des carpes koï

Devant ce joli pavillon propret, des carpes koï, jaunes, oranges et rouges nagent en rond dans un petit bassin. Les enfants aiment s’arrêter pour les regarder. Les couleurs chaudes qui ondulent sous la surface de l’eau subjuguent les regards, attisent la contemplation et apaisent les esprits.

Il n’est d’ailleurs pas rare qu’un adulte s’arrête aussi un instant pour admirer ces animaux pacifiques qui semblent se contenter d’une eau propre et d’un peu de soleil.

En hiver, quand les températures descendent, on perçoit à peine quelques reflets au fond du bassin. Les carpes, immobiles, hibernent le temps que les beaux jours reviennent.

En rentrant à la maison cet après-midi, j’ai aperçu cette famille de petites croches juchées sur la portée de la balustrade. Leurs voix délicates sautillaient dans le vent frais. La partition s’es achevée sur quelques soupirs quand leur maman leur a enjoint de repartir.

La pause du lapin

Le crochet a tournoyé dès ce matin. Il ne restait plus qu’un bras crochète et un peu de couture pour assembler tous les membres. Le lapin est terminé.

Technique défrichée mardi, résultat époustouflant ce dimanche. Eglantine assure !

Crocheter le temps

Que faire quand on a du temps libre mais trop de fatigue ? Lasse d’enchaîner les vidéos sur YouTube, peu désireuse de se remettre au dessin ou à la lecture, Eglantine cherchait une  activité qui la détende, la détresse et lui apporte du plaisir.

Il y a bien le tir à l’arc, mais impossible de commencer cette activité en cours d’année. L’écart de niveau serait trop important avec ceux qui ont débuté en septembre. Jouer à Cupidon ou Robin de Bois, ce sera donc à la rentrée prochaine.

Enthousiasmée par une part de galette crochetée qui traîne à la maison depuis le mois de janvier, encouragée par une de ses profs, Eglantine a investi dans un crochet, des pelotes de coton et un livre pour débuter. Depuis quatre jours, elle tournicote son fil, maîtrise le cercle magique, compte ses mailles, améliore sa technique et s’étonne elle-même devant son habilité et la rapidité de son apprentissage.

Petit à petit, elle donne naissance à un lapin coloré, découvrant à chaque étape de nouvelles techniques qui la galvanisent. Il devrait être terminé demain.

Hier, elle a choisi un nouveau livre avec plein de modèles kawai de ces petits personnages japonais tellement à la mode en ce moment, les amigurimi. Terme qui signifie simplement « jouet rembourré crocheté ». Mais c’est tout de suite beaucoup moins exotique quand on traduit le mot japonais.

Les épreuves de spé passées, on la sent soulagée, apaisée, avide de nouvelles expériences.

Le doigt, la main, le bras et tout le reste

L’associatif est un milieu enthousiasmant. Faire bouger les lignes, doucement, pas après pas, geste après geste, petite victoire après petite défaite. Sortir de sa zone de confiront. Découvrir de nouvelles compétences. Se confronter aux autres. Mettre en regard différentes façon de penser. Battre en brèche les idées reçues. Apprendre à faire confiance. Accepter ses limites.

Le problème de l’associatif, c’est que c’est un milieu enthousiasmant. L’enthousiasme est un moteur puissant. Mais il ne peut pas étirer le temps. Seulement créer plus d’envies. Envie de construire, envie de partager, envie de développer, envie d’assurer, envie de faire plus. Encore. Toujours.

Et les journées s’allongent. Les heures s’additionnent au fil des opportunités de faire vivre un projet qui tient à cœur.

Mettre le doigt dans l’associatif, c’est y plonger sa main, son bras et, enfin, tout le corps.

Parfois, on a besoin de rejoindre une plage au sec.

En ce moment, je nage en apnée pour Les Petites Cantines Antony. Je ne suis pas la seule. Heureusement, nous avons déjà trouvé quelques planches pour construire un radeau qui pourra porter notre projet en gardant la tête hors de l’eau. Et qui sait, rejoindre la plage de rêve d’où contempler l’étendue de ce que nous avons accompli.

Coco, trognes et poésie

Quelle trogne cette noix de coco !

Elle est ma star de la photo du lundi.

Qui sait encore ce qu’est une trogne ? Ce n’est pas simplement un visage remarquable, c’est avant tout une façon de tailler les arbres. Le tronc, régulièrement étêté à hauteur d’homme, fait des petits rejets à chaque coupe. Au fil des années, le tronc s’épaissit alors que les branches sont d’une extrême finesse. Ça donnes des arbres trapus, épais, rendus difformes par l’âge, tordus, fendus avec une tignasse de branches échevelée sur la tête. On découvre souvent dans les boursoufflures de leur écorce, des visages grotesques, irréguliers, un peu monstrueux.

Ce matin justement, Eglantine découvrait un visage vieillissant dans une trogne devant son lycée.

Voir des visages humains dans notre environnement est un phénomène qui s’appelle pareidolie. C’est le principe qui est utilisé par les psy lors des tests de Rorschach. Ceux où il faut donner un sens à des tâches d’encre. Notre cerveau a besoin, pour gagner du temps, de se référer à des formes déjà connues, à des représentations mentales préexistantes.  

Ainsi les trognes à visage humain ou cette noix coco qui semble parfaitement surprise de se retrouver là.

Le maître incontesté de la paréidolie est sans nul doute le peinte italien Arcimboldo. Il donnait naissance à des visages humains en cumulant des fruits, des légumes et autres cadeaux de la nature.

Giuseppe Arcimboldo, Vertumne (portrait de Rodolphe II), 1590, huile sur bois, 70,5 x 57,5 cm, Stockholm, Skoklosters Slott

On peut retrouver des visages humains dans les fleurs des orchidées mais aussi à l’échelle de la planète. Comme ce projet qui consiste à déceler des visages humains à la surface de la terre à partir de Google Earth.

Si le phénomène a une explication scientifique, liée à la survie de l’humanité – identifier rapidement une présence dans son environnement proche – l’art de découvrir un miroir de l’humanité dans le monde qui nous entoure appelle, selon moi, une certaine poésie.

C’est elle qui m’interpelle quand je photographie ma noix de coco.

Sous l’œil bienveillant du dragon

Journée Zéro Déchets dans le quartier La Fontaine. Sur une table au pied des immeubles, une table couverte d’invendus. Tout vient du Auchan voisin. Caddie à moitié rempli de carottes. Têtes de brocolis par dizaines. Pommes. Oignons. Pâtes. Barquettes de purées diverses. Lait infantile. La liste est longue de ce qui était destiné à la poubelle.

Alors que l’inflation frappe les porte-monnaie, c’est une aberration.

Pour nous, ce sera carottes et champignons dans une quiche au fromage de chèvre le soir même.

Et la découverte d’un cousin du litchi, le longane, aussi appelé œil du dragon. Petites boules à la peau jaune et épaisse, chair translucide avec un petit noyau rond et noir. Elles étaient entassées dans de petites cagettes en plastique rose. Des fruits exotiques venus en avion pour finir dans nos poubelles. Désespérant.

Ça se grignote bien. Ainsi, nous voilà à l’heure d’un déjeuner dominical plus que tardif – la faute au changement d’heure – à papoter sur trois générations. Soit en épluchant les longanes – Eglantine et Chantal – en éminçant les poireaux – moi – ou en prenant son petit-déjeuner – Hortense.

Papotage autour de la table de la cuisine autour de ces tranquillement répétitifs. Dans les traditions asiatiques, le dragon est un être bienveillant. Cette espèce de litchi jaune nous a offert un beau moment partagé, en toute simplicité, baigné de soleil printanier.

Et au moins, ils n’ont pas terminé au fond d’une poubelle.

Là où je vais, je sourirai

Une voix veloutée, douce et aussi aigüe que celle d’Eglantine envahit la voiture. Alors que nous rentrons du lycée, Eglantine me demande si ça correspond à son timbre de voix quand elle chante.

« Moi j'ai toujours aimé marcher sous la pluie 
Même si l'orage et même si la nuit
M'emportent loin de tout, m'emportent loin d'ici
Là où je vais, là où je vais »

Oui, c’est tout à fait la sonorité de la voix d’Eglantine quand elle chante. Haut perchée, comme un carillon porte-bonheur animé par le vent.

Même si l’orage et même si la nuit m’emportent loin de tout

« Là où je vais, je sourirai »

Retour d’un rendez-vous médical, à nouveau cette chanson.

Quelques embouteillages. Eglantine affiche les paroles sur mon téléphone. On a mis la chanson en boucle. Sa voix se cale sur celles de Laura Cahen et Jeanne Added. En osmose complète avec la mélodie.

« C’est la première fois qu’une chanson est adaptée à ma voix » me confie-t-elle avec un grand sourire.

Elle chantonnera la mélodie toute la soirée.

« Peu importe le vent, je m’en vais »

Elle semble se sentir en communion aussi avec les paroles.

Elle grandit et, à sa manière, elle a besoin de se détacher de nous, comme tous les ados qui deviennent adultes.

Sa joie de vivre m’émeut. Et sa façon délicate de diffuser des messages.

« Cette nuit plus rien ne me fera peur »

Café vietnamien

Une amie vietnamienne m’a fait découvrir un café au goût de chocolat. Le café Sand Tao 1 de Trung Nguyen Coffee. Moelleux et peu amer, j’ai bu ça comme une tisane. Replissant ma tasse régulièrement alors que nous Thanh Thuy et moi préparions une cantine éphémère pour les Petites Cantines Antony.

La caféine a rapidement fait son effet et j’avais des envies de sauter en l’air tout le reste de l’après-midi.

En faisant quelques recherches, je découvre que le Vietnam est le deuxième producteur mondial de café, juste derrière le Brésil. Vais-je délaisser le café turc qui m’accompagne depuis des années ? Pas encore, car notre Mehmet Effendi a le goût du souvenir de cette Turquie que nous aimons tant.

Mais un petit café vietnamien de temps en temps ? Mes papilles se réjouissent de l’idée. J’ai tellement aimé cette saveur chocolatée…

Quand l’eau délie les langues

6h30, je remplis la bouilloire pour préparer le thé. Le robinet hoquette puis reste parfaitement sec.

Depuis trois semaines, la rue est en chantier. Des ouvriers refont la canalisation d’eau sur toute la longueur de la rue. Mais le chantier est à l’arrêt entre 17h et 8h…

On diffère les douches et je prépare le thé avec l’eau qui reste dans un bouteille au frigo.
Je sors dès que j’aperçois les gilets oranges fluo des ouvriers dans la rue. Je ne suis pas la seule. Tous les voisins émergent de leurs maisons, visages interrogatifs, chiffonnés par un réveil à sec.

L’ancienne canalisation a lâché vers 5h ce matin. Une équipe est déjà arrivée pour les réparations. Ils vient d’installer un point d’eau en face du restaurant italien au début de la rue. Déjà, un voisin revient avec deux seaux remplis d’eau. Chacun rentre chez soi à la recherche de contenants pour rapporter de quoi tirer les chasses d’eau, faire un brin de toilette et préparer le café du matin.

Une procession d’hommes et de femmes avec des arrosoirs, des seaux ou des caddies chargés de carafes et de bouteilles se relaye au bout de la rue. Les conversations s’engagent. L’ambiance est bonne enfant même si certains sont excédés. A croire que le monde leur veut personnellement.

Ce soir, l’eau n’est toujours pas revenue. Des ouvriers Veolia sont occupés à scier la canalisation pour mieux la réparer. Chirurgiens des tuyaux. Alors docteur, elle va s’en sortir ? L’eau courante va sortir de son coma ?

Deuxième voyage avec les arrosoirs et la bonbonne d’eau.

On réfléchit à demander l’asile hygiénique chez des voisins dont la rue n’est pas touchée. On irait bien prendre une douche chez eux.

Quand je pars à mon atelier d’écriture, l’eau n’est pas encore revenue. Il fait déjà nuit quand Eglantine m’appelle pour partager son enthousiasme. L’eau est revenue !

Plus de quatorze heures sans eau permettent d’apprécier le confort de l’eau courante à domicile, l’énormité de notre consommation, l’utilisation incessante de l’eau tout au long de la journée. Laver un fruit, se laver les mains après être allé aux toilettes, avant de manger, après le repas, en rentrant à la maison…

Pas de lessive. Pas de vaisselle. Peu de cuisine pour éviter de laver les légumes et réduire la vaisselle.

Mais des discussions joyeuses avec les voisins et voisines autour du robinet sorti du trottoir le temps de notre mésaventure.

Notre confort moderne, eau courant, électricité, etc… nous permet une autonomie individuelle, réduisant les occasions de faire société, de tisser des liens ou même, simplement, de se croiser.

Non, je ne milite pas pour le retour des lavoirs.

Mais je suis confortée dans la nécessité de créer des lieux où remettre le lien au centre des préoccupations. Comme le font les Petites Cantines.

Justement, hier soir, nous avions une Cantine Ephémère. Des rencontres, des discussions, des sourires autour d’un bon repas partagé.

La vie a besoin de fluide, les rencontres de coulent pas de source. Il faut parfois les provoquer, sans attendre la panne sèche.