La route est longue pour rejoindre les côtes varoises. Après deux week-ends de Solstice et un gros rangement au théâtre lundi matin, j’ai mis les filles dans la voiture, trois valises, des palmes des masques et des tubas. Direction le Cap Dramont. Huit heures de route. Neuf heures avec les pauses. Nécessaires les pauses. Mes yeux se fermaient. Je me suis fait une petite frayeur. De micro-siestes en café bien noir, nous avons roulé tout l’après-midi et une bonne partie de la soirée.
Quand nous sommes arrivées, Eglantine et Hortense sont allées se promener sur la plage pendant que je nous installais.
Enfin, aujourd’hui, profiter du soleil et de l’eau claire. Regarder le temps qui passe et les gens qui parlent sur la plage. Beaucoup d’Allemands, de Hollandais et d’Anglais. Les Français en sont pas en vacances.
Face à nous, l’Île d’Or qui a inspiré l’Île Noire des aventures de Tintin.
Nous avons partagé des pizzas en regardant le soleil se coucher sur la baie.
Traîner sur les rochers. Les pieds sur les galets.
Hortense dessinait dans son carnet, moi dans le mien. Eglantine, elle, déroulait sa pelote de coton pour un nouvel ouvrage au crochet. Douceur, calme, création…
La mer, pour rêver de jours meilleurs, noyer la fatigue et nager dans le bonheur.
Je ne pouvais pas terminer sur des mots tristes. Même si, les écrire, c’est se vider un peu la tête. Alors pirouette, cacahuète, un tour de passe-passe et je reviens sur une bonne raison de faire virevolter le quotidien.
Pour aller voir son médecin en plein cœur de Paris, Eglantine a choisi le vélo. Le temps est bon, le ciel est bleu, nous n’avons rien à faire que d’être heureux dit la chanson. Eglantine enfourche Janis, son fidèle destrier, pour affronter les affres de la circulation urbaine et le plaisir de l’air estival qui caresse la peau, de Paris qui défile au rythme du vélo, de sa liberté de mouvement, à peine entravée par quelques feux rouges qu’elle respecte scrupuleusement.
Depuis quatre ans qu’il la suit, le professeur a souvent changé d’adresse. Le voilà revenu à quelques pas du Bon Marché. Eglantine apprécie particulièrement les énormes cookies à la pistache de sa Grande Épicerie. Je l’imagine parfaitement déguster son choux à la crème à la pistache (plus de cookies pistache cet après-midi), assise à l’ombre des arbres du square voisin.
Image provenant du site lagrandeepicerie.com
Elle est revenue ravie de la ballade et de cette autonomie retrouvée que la douleur et la fatigue lui ont retiré ces dernières années.
Se lever le matin avec la crainte des nouvelles de la journée. Se coucher le soir en cherchant encore des solutions. Se rappeler de prendre de la distance. Depuis un an, j’ai découvert une facette sombre de ma maman. Une addiction, des dettes et une vie qui part en vrille.
Les pleurs, les appels à l’aide, les demandes incessantes, culpabilisantes. Le mensonge, le déni, le refus de prendre soin d’elle. Comment faire la différence entre comédie et maladie, manipulation et confusion ?
J’essaye, chaque fois, de la protéger, de créer autour d’elle une bulle protectrice, de répondre à ses attentes.
Elle réussit, chaque fois, à tout piétiner, à tout mettre en miette.
Parce qu’elle est malheureuse.
Parce qu’elle refuse de se soigner.
De prendre soin d’elle.
Et moi je vis avec ce nœud à l’intérieur, à tenter d’endiguer le désastre.
Les week-end de juin, les journées sont tellement longues qu’elles semblent ne jamais se terminer. On tient la chaleur à distance derrière les volets fermés. On déjeune en terrasse avec de la mozzarella bien fraîche. Et on fête les dernières fois.
Dernière épreuve du bac pour Eglantine cette année avec la philo. Sujet 1 : Le bonheur est-il affaire de raison. Quatre heures. Et une tel soulagement ensuite que, pour la première fois depuis des mois, Eglantine rayonne.
Dernière fosse pour Hortense. Un aller-retour en Belgique avec son club de plongée un samedi. Tout un après-midi dans un aquarium géant avec des poissons d’eau douce exotiques. Difficile de la reconnaître derrière le masque et le détendeur, bien cachée dans son épaisse combinaison noire.
Les pique-niques, les barbecues, les restaus, les cafés, les apéros pour se voir, une dernière fois, avant la grande pause estivale. Revivre l’année. Partager les bons souvenirs.
Les anniversaires, soirées pyjamas, à rire et à papoter jusqu’au milieu de la nuit pour notre jeune adolescente, Hortense, tellement heureuse de grandir et de s’épanouir avec ses ami.es.
Les derniers spectacles de l’année avec Solstice, le festival de cirque et de musique de rue de l’Azimut. Un chien blanc qui traque un diabolo, des acrobates qui jonglent avec des poutres sur des trampolines, de l’humour, de la musique, de la poésie. Et Eglantine, pantalon fluide bleu et blanc, blouse légère et large chapeau, qui enfourche son vélo électrique pour profiter des spectacles.
Jour d’orage. Les spectacles sont rapatriés à l’intérieur du théâtre. Dans le foyer, musiciens et techniciens regardent le dernier spectacle grâce au retour vidéo. Au fond, à gauche, je reconnais Eglantine, trop heureuse de jouer avec une poutre dans la lumière des spots.
Et puis la fête du collège. C’était hier. La fin des cours approche. Le récital de piano. Cet après-midi. Bientôt les vacances.
Les week-ends de juin défilent à toute vitesse. Riches, intense, heureux, épuisants, stimulants.
Ca tire dans les muscles, ça racle sous les paupières, ça fond au niveau des neurones, ça explose les émotions.
Elle a réfléchit longtemps mardi soir à la tenue qu’elle porterait. Pas prête pour les robes de soirées à la mode américaine des bals de promo avec cavalier et limousine. Mais son ami Calixte s’est quand même assuré qu’elle ne porterait pas un simple jean avec tee-shirt. Ils ont passé en revue la garde-robe d’Eglantine et sont tombés d’accord sur la tenue appropriée.
Ce soir, Eglantine est partie au bal de promo de ses anciens amis de collège. Ceux qui terminent de passer leur bac la semaine prochaine avec l’ultime épreuve de philo. Pour la plupart, ils ont déjà reçu leurs résultats de parcoursup. La philo n’est que le dernier tour de clé dans la serrure. La porte est déjà fermée. Les années lycée sont derrière eux.
Eglantine semblait heureuse de les revoir ce soir. Auprès de son ami Calixte, il me semble qu’elle se sent forte. Différente, oui, mais pas mal à l’aise. Calixte a traversé l’adolescence avec de tels questionnements qu’Eglantine se sent en confiance avec lui. Moi, j’ai encore du mal à le mettre au masculin. Je l’ai connue elle. Et il ressemble si peu à un il aujourd’hui. Les questions de genre sont au cœur de son identité. Changement de prénom, affirmation de sa transidentité.
Calixte a une réflexion intense sur la société et les enjeux identitaires. Je comprends qu’Eglantine se sente bien auprès d’une telle personne, capable de remettre en cause les attendus et les préjugés. Pour ma grande louloute qui se construit dans une espèce de monde parallèle, ce doit être rassurant.
Je me trompe peut-être. Sûrement. Comme tous les parents, je dois passer à côté de tellement de choses.
Je n’ai qu’une seule certitude, j’aime l’amitié indéfectible de Calixte envers Eglantine. Et je suis ravie de voir ma toute nouvelle majeure participer à un bal de promo avec ses ami.es de quand elle allait bien. Surtout, quel bonheur de voir son sourire quand elle a quitté la maison ce soir.
Il y a dix-huit ans, tu venais de naître au Portugal. Nous passions notre première nuit ensemble et je me réveillais au moindre de tes bruits. Chacun de tes pleurs m’interpellait. Je ne les comprenais pas. Finalement, une infirmière, très gentille mais un peu lasse de mes interrogations incessantes, m’avait dit : « Vous savez, les pleurs, c’est le seul mode d’expression des bébés. Ca ne signifie pas forcément qu’ils ont besoin de quelque chose. »
Moi, je te prenais dans mes bras tout le temps. Je te portais dans une écharpe. Sur le ventre, sur le dos. Je te berçais sans cesse.
Puis, tu as appris les mots, avec ta petite voix fluette, des mots français et d’autres portugais. « E meu !» jetais-tu sans équivoque à un autre enfant qui tentait de te prendre un jouet. Des mots qui tintinnabulaient en d’incessantes questions pour comprendre pourquoi le monde était ainsi.
Tu as changé de pays et appris de nouvelles langues… que tu as outrageusement rangées dans un tiroir de ta mémoire à ton arrivée en France.
Désormais, tu as vécu aussi longtemps en France qu’à l’étranger.
Tu continues à te poser autant de questions. Les sciences et la philosophie sont tes caisses de résonance. Malgré les douleurs passées et cette fatigue toujours palpable, tu avances sur la route que tu te composes chaque jour au gré de ton état et de tes envies. Avec toi, nous découvrons les chemins de traverse, ceux qui se révèlent en écartant les hautes herbes, repoussant quelques ronces piquantes. Ce genre de sentiers caillouteux au bord desquels tu aimes cueillir les plantes sauvages.
Jeune fille. Jeune femme.
Toujours ta voix fluette pour une réflexion bien affûtée.
Et cette joie de vivre qui ne t’abandonne jamais. Cette soif de découverte. Ce plaisir des sensations fortes qui te fait tant aimer skier sur un glacier ou voler en parapente. Toute cette ardeur que ta fatigue chronique n’a jamais réussi à éteindre et qui nous impressionne quotidiennement.
Dix-huit ans, la majorité. Qu’est-ce que la majorité si ce n’est la plus grande partie de ta vie à venir ? Avec ses libertés et ses responsabilités, avec ses joies et ses peines. Et avec notre soutien, toujours, quelles que soient tes décisions ou tes indécisions. Pour que tu diriges ta vie aussi bien que ton parapente, en toute liberté.
Bon vent ma tendre, ma belle, indépendante et responsable majeure. Et bon anniversaire !
La grande salle de spectacle du collège d’Hortense bruisse des murmures de sa classe de quatrième. Assis aux deux premiers rangs, les élèves se sont habillés pour l’occasion. Jolies robes pour les filles. Chemises blanches, veste ou veston pour les garçons. Ils découvrent ce soir le livre sur lequel ils ont travaillé toute l’année avec leur professeure de français et de latin.
Dans cette classe Si l’antiquité m’était contée, les élèves écrivent des nouvelles par groupe de deux, trois au quatre. Les contraintes sont simples : l’histoire doit se placer dans la villa de Titus, près du Colisée romain. Chaque nouvelle respecte impérativement le contexte historique du IIè siècle après J.C et les auteurs doivent introduire dans leurs textes des phrases en latin.
Défi relevé pour Hortense avec ses amies Marie et Lucie. Une histoire à six mains et trois cerveaux, sombre, réaliste et stylée autour de deux jeunes esclaves dans la domus de Titus pour construire avec les autres le recueil de nouvelles L’obscure grandeur de Rome.
Chaque élève vient chercher son livre sur scène. Petite photo souvenir avec l’ouvrage dans les mains, entouré.e de la prof de français et de celle d’arts plastique – pour les illustrations.
Ambiance détendue mais sérieuse. Dans la salle, les parents sont tous venus clôturer cette belle année d’écriture aux côtés de leurs enfants.
Pour nous aussi, pas question de manquer l’évènement.
Il nous reste maintenant à lire l’ouvrage, en commençant par la nouvelle d’Hortense, Condamnés.
Team-building. Au théâtre L’Azimut, on parle d’escale. Un dernier arrêt avant la bouquet final de la saison, le festival Solstice. L’occasion de rassembler les équipes, de souder tout le monde, régie, production, direction, communication, programmation, de ravitailler le groupe en solidarité, bienveillance et envie de construire quelque chose ensemble. Car il faut de l’envie pour réussir à donner vie à trois lieux culturels sur deux villes année après année. J’y apporte la plus modeste des contributions depuis deux ans avec mes quelques heures par mois.
J’aime cette escale qui me permet de connaître celles et ceux que je côtoie rarement. Je n’aime pas, par contre, découvrir l’activité proposée à la dernière minute. Je préfèrerais savoir à l’avance ce qui m’attend. Même si je ne suis pas certaine que le karting m’aurait plus motivé que l’escape game l’année dernière. Tourner en rond sur des moteurs avec quatre roues au ras du bitume en consommant une quantité ahurissante d’essence, pas certaine que j’en eus réellement rêvé.
Pourtant, cette année encore, je me suis trompée. Tout comme l’escape game avait été très réjouissant car organisé autour des cinq sens, coopératif et drôle, ce karting n’avait rien de classique.
Ça commençait pourtant mal.
Un trajet en RER alors que le thermomètre s’emballe. Le GPS m’annonçait plus de deux heures à vélo. J’ai longtemps hésité mais j’ai choisi de ne pas cumuler presque cinq heures de vélo dans la journée, 70 km aller-retour, avec une activité potentiellement fatigante. Mauvais choix, j’aurais préféré revenir en prenant l’air plutôt qu’enfermée dans la promiscuité poissarde d’une rame de RER.
Un parc d’exposition sans charme écrasé de soleil. Des entrepôts posés les un à côté des autres et une verdure misérable parsemée au milieu de l’asphalte.
Tout ça pour aller faire du karting.
Mais, déjà, il y avait l’effet Azimut. Le trajet en RER à papoter joyeusement. Les retrouvailles avec l’ensemble des l’équipe, lunettes de soleil sur le nez, le plaisir de ne rien avoir à organiser et de se laisser guider.
Et puis, ce n’était pas un karting classique mais un karting électrique. Nous avons poussé la porte d’un des entrepôts. La salle était plongée dans une épaisse pénombre d’où montait des lumières vives : la piste ultra colorée, les voitures éclairées comme des vaisseaux spéciaux, le bar à la lumière chaude et rassurante. Tout rappelait l’univers de Mario Kart.
On nous a présenté le fonctionnement de la voiture. Accélérateur pied droit. Frein pied gauche. Quatre boutons sur le volant dont deux réellement utiles. Le bleu pour la marche arrière. Le jaune pour envoyer ses bonus sur les autres joueurs et les ralentir – nitro, fusée, huile, bouclier pour se défendre. Comme un Mario Kart grandeur nature. C’est un karting électrique en réalité augmentée. Fabuleux !
On enchaîne une course style Mario Kart, une bataille style Snake.io – il faut attraper le maximum de pastilles colorés pour avoir une queue de plus en plus longue, que l’on perd si on coupe celle d’un autre joueur – et une bataille de couleur – colorer un maximum de cases avec sa propre couleur en roulant simplement dessus. On termine par une dernière course.
Je ne joue jamais à Mario Kart et à Snake.io. Il me faut un peu de temps pour assimiler les règles. Je me concentre sur ma conduite et pilant mon bouton jaune dès que j’ai quelqu’un en face de moi. Il ne sera pas dit que je ne me serais pas battue. Ma défaite sera honorable. Je m’amuse énormément. La pédale de frein ne sert à rien. Je prends les virages à fond. Je maîtrise mon volant. Je me sens pilote de Formule Un. Je ne regarde pas l’écran sur lequel s’affichent le classement et le nom de ceux qui m’attaquent.
Pour le serpent, je pige rapidement qu’il vaut mieux prendre son temps pour grandir en toute sécurité et engranger les points contrairement aux rageux qui accélèrent frénétiquement pour attraper plus de pastilles colorées sur la piste.
Nous sommes plus de trente. Nous passons par groupes d’une dizaine de personnes. Deux passages chacun. Je me débrouille bien. Deuxième ex-æquo puis première ex-æquo.
Puis le responsable du lieu annonce le classement final. J’emporte la première marche du podium ! Au grand dam de certains compétiteurs déjà persuadés de leur victoire, l’attendant impatiemment. L’air de rien, tranquillement, c’est moi qui ai remporté le plus de points. Une belle surprise.
D’un autre côté, je sais tenir un volant et le vélo en région parisienne, ça entraîne à faire attention à ce qui nous entoure sur la route. Surtout, je reste persuadée que ma patience au jeu du serpent m’a rapporté beaucoup de points.
Une grande envie d’y retourner avec Olivier et les filles…
Chacun a sa façon de réviser. Ou plutôt devrais-je dire, chacune. Ici, c’était un week-end de révision en prévision de deux épreuves de bac et d’un oral d’anglais.
Il y les cours bien noté au stylo plume. Les cours tapés à l’ordinateur. Les fiches Bristol. Les cahiers de notes. Les annales du bac. Le dictaphone du téléphone pour s’entraîner, se réécouter et s’entraîner encore.
On peut s’enfermer dans sa chambre. S’assoir à son bureau ou s’allonger sur son lit. Mais on peut aussi s’installer dans le cèdre à la mode du Baron perché d’Italo Calvino, faire les cents pas pieds nus sur la pelouse ou se bercer dans un hamac.
Réviser au creux d’un arbre
Il y a les révisions au long cours et le cabotage de dernière minute, en ramant fort dans l’ultime ligne droite.
Et puis vient l’épreuve.
Pour Hortense, un oral d’anglais.
Pour Eglantine, la SVT mardi – épreuve qu’elle aurait du passer en Première mais, déjà, il y avait eu une erreur du centre d’examens. Et l’écrit d’anglais aujourd’hui.
Le premier oral, quand même, c’est impressionnant. Hortense en a fait les frais. Même en ayant révisé sérieusement. Loin de la bienveillance du jardin printanier, des branches accueillantes du cèdre et du doux balancement du hamac, on peut perdre ses moyens. Surtout pour une grande timide qui cache son embarras sous des airs bravaches d’ado à l’aise dans ses baskets. Alors disons que c’est bien qu’il n’y ait pas eu d’autre enjeu pour cet oral que d’appréhender pour la première fois l’exercice. Heureusement, pour se remonter le moral, il reste le ciné entre copines. Après l’oral d’anglais, c’était relâche.
Eglantine, elle, a enchaîné ses épreuves. Quelques nuits tendues, le corps crispé. Les traits tirés au matin. Et puis ce soir, la détente. Elle entame sa récupération jusqu’à la prochaine épreuve mardi prochain. Pour son anniversaire, ce sera son oral d’anglais.
Des révisions aux épreuves, l’année touche à sa fin. L’année prochaine, à la même époque, Hortense préparera son brevet et Eglantine terminera de passer les épreuves de son bac. La période des révisions va vite revenir !
Dans le faisceau de ma petite liseuse, un livre de Camille Laurens au format poche. La tête bien calée sur mon oreiller, j’entame la lecture qui accompagnera mon effondrement dans le sommeil.
Mon gros matou saute lourdement sur le lit et avance vers moi d’un pas chaloupé. Installé hiératiquement sur ma poitrine, il me toise puis donne une grand coup de tête dans la main qui tient le petit livre.
C’est son heure, sa place. Il vient chercher son câlin. Pas de lecture qui tienne.
J’attrape mon téléphone sur la table de nuit. J’aime la lumière sur le pelage de mon éternel mécontent, ses longues moustaches strient la pénombre de la chambre. Une caresse de la main et mon tendre pépère plisse les yeux de plaisir. Je prends la photo.
C’est celle que je choisi pour ce lundi.
Un bruit par la fenêtre ouverte et voilà Django qui sursaute et s’enfuit. Il revient quelques minutes plus tard s’avachir en travers de mon ventre, son museau humide calé contre mon bras. Alors que je continue ma lecture, j’entends le doux râle qui lui sert de ronronnement.
Le câlin du soir est un rituel incontournable. Ce n’est pas un livre qui ca l’en priver.