Un océan d’amour

Un océan d’amour est une BD de Lupano et Pannaccione. 224 pages de dessins sans aucune parole. Un pêcheur bigleux, une Bigoudène anachronique, des boîtes de sardines à l’huile, un petit bateau de pêche, une mouette écolo, et nous voilà embarqués sur l’Atlantique.

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Un petit pêcheur se lève tous les matins avant l’aube. Une fois qu’il a chaussé ses grosses lunettes, il ressemble lui-même à un poisson.

Sa Bigoudène de femme, en tenue traditionnelle, coiffe comprise, lui prépare sa galette matinale et son panier à pique-nique. Comme d’habitude, elle y glisse avec amour une boîte de sardines à l’huile. Qu’il balancera avec les autres dans un coin de son bateau. Il n’aime pas ça.

La pêche n’est pas bonne. Mais la journée vire au cauchemar quand le petit bateau est lui-même attrapé dans les énormes filets d’un chalutier XXL.

Au port, la Bigoudène attend. Elle consulte même une voyante. Mais point de boule de cristal. Nous sommes en Bretagne. C’est dans une crêpe mâchée que la medium voit le pêcheur à Cuba.

L’aventure commence alors vraiment pour ces deux personnages attachants. Loin de leur vie bien réglée et un rien monotone, qu’ils aspirent pourtant à retrouver. Ils se cherchent d’un bout à l’autre de l’océan, font face à une modernité tapageuse et tape à l’œil, et y trouvent leur chemin sans jamais se renier.

Une ode à l’amour, à la force des racines et aux sardines à l’huile !

Dans la chaleur de la maison de famille

En ce premier dimanche de janvier les trois frères étaient réunis autour de leur mère, dans la maison de leur enfance. Ce n’est pas si commun et, pourtant, franchement agréable. D’autant que ces réunions de famille sont aussi l’occasion de réunir les petits cousins.

Il manquait bien, cependant, leur sœur qui vit en Autriche avec son mari et leur fille. Mais déjà, la famille réunie sur trois générations présentait un spectacle touchant.

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Dans le salon rouge baigné de la lumière de la grande verrière, les enfants ont écouté Chantoune conter l’histoire de ces savants venus à la rencontre de Jésus. Devenus rois mages et fêtés à grandes bouchées de galettes, ils ont été le prétexte à nous offrir quelques cadeaux. D’autant que nous avions passé les fêtes chacun séparément.

Cette journée termine tout en chaleur et tendresse les vacances scolaires. Les devoirs sont faits. Les cartables sont prêts. Demain, c’est la rentrée !

Une heure vingt à Istanbul

Kedi est un documentaire turc de Ceyda Torun. Kedi signifie « chat » en turc. Aimant les chats et la Turquie, notamment Istanbul, je ne pouvais pas rater ce film. Nous y sommes donc allés en famille, tous les quatre. Passer une heure vingt à Istanbul m’a singulièrement émue.

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D’autant que le film commence par une plongée aérienne sur la ville au-dessus de la tour de Galata, dévoilant à l’horizon la Corne d’Or et le Bosphore, cette mer qui traverse la ville et lui donne son rythme. Cependant le film choisit un autre rythme, celui des chats stambouliotes. Alors la caméra descend en rase-motte, à vue de félin.

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Leurs regards en amandes, dorés ou verts, prégnants et vifs, se laissent capturer par l’objectif. La caméra les suit jusqu’au fin fond de leurs cachettes, dans les dédales des rues, des marchés et des ports. Ceyda Torun leur donne la parole à travers la voix de ceux que ces chats ont choisi, non pas comme maîtres, mais comme « humain principal ». Le mot vient de l’un de ces hommes ou femmes qui leur donnent à manger et leur prodiguent soins et caresses, en toute humilité.

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Chaque chat a son caractère. Et à travers eux, c’est le caractère de cette Turquie bienveillante que nous aimons tant que j’ai retrouvé dans le film. Une réelle douceur de vivre souffle sur tous les personnages, une sorte de spiritualité même.

Artistes et intellectuels, commerçants et mécaniciens, pêcheurs et restaurateurs, hommes et femmes, ils ne sont pas passionnés par les chats. Ils vivent simplement avec eux dans cette ville tentaculaire qu’est Istanbul. Comme si ces chats étaient les gardiens de leurs âmes, symbole d’une liberté perdue.

Car ils débarquent un jour, s’installent, vont et viennent, grimpent sur les toits, se faufilent sous les portails, escaladent les gouttières, et rappliquent pour prendre nourriture et tendresse. Passant de l’indolence à la plus insolente vivacité, ils s’affranchissent de l’entrave des règles des humains en emportant leurs rêves jusqu’au ciel, qu’ils atteignent en funambules infatigables.

Enfin, l’autre personnage principal de Kedi, c’est Istanbul elle-même. Plurielle, populaire, humaine, touchante. Pour nous d’autant plus que nous reconnaissons des lieux et des gens. Pour nous d’autant plus qu’elle ne correspond pas à l’image de la Turquie actuelle, celle d’Erdogan, fermée, voilée et agressive.

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Kedi a été tourné en 2014. Les choses ont beaucoup changé en un peu plus de trois ans. Des milliers de personnes sont en prison. Bien loin de l’apparente insouciance des chats des rues d’Istanbul.

Félin paresseux

Félin paresseux

Sur le lit chaud et moelleux

S’étire et s’endort

Sphinx flegmatique

Au cœur des dunes moelleuses

Et l’oiseau gambille

Les heures sombres, un film lumineux

Les heures sombres, de Joe Wright, est un film qui raconte une vision. Celle de Churchill au moment où il devient Premier Ministre en mai 1940. Les jours s’égrainent, implacables, alors que l’Europe s’écroule. Et Churchill se retrouve seul à devoir porter le choix des pourparlers de paix pour tenter de sauver les Britanniques de la folie d’Hitler. Ou celui de la résistance coûte que coûte, dans la légitime appréhension d’une invasion de l’île, mais dans une dignité héroïque alors que déjà la France s’apprête à capituler. L’armée britannique est encerclée à Dunkerque. Sauver les soldats relève de la folie. Et la stratégie militaire engendre des décisions terribles. Entraîner 4000 hommes vers une mort certaine pour tenter d’en sauver 300 000 autres. Peut-être.

Or c’est là toute la force de ce film. Nous plonger au cœur de ces heures sombres qui ont vu l’Europe s’effondrer. Et en faire surgir la force de caractère d’un homme, qui avait senti gronder le péril de l’arrivée au pouvoir d’Hitler.

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Ce n’est pas que Churchill soit attachant. Il grogne, il hurle, il exige, il boit. Pour faire contrepoids à l’homme imposant, par son style et sa carrure, Joe Wirght a choisi de mettre en avant une jeune dactylo. Elle sera les larmes, l’émotion, la fragilité… bref l’humanité et la jeunesse qui font défaut au grand homme.

Au côté de Churchill, son épouse le soutient sans faillir. Esseulée et fatiguée, elle ne l’abandonne jamais. Elle sait se faire entendre tout en s’effaçant devant le devoir à accomplir.

Et s’il est une chose qui ressort de ce film, certainement sans le vouloir, c’est l’évolution de la place des femmes. Dans Les heures sombres, les femmes sont cantonnées à des rôles subalternes. Épouse dans l’ombre, dactylo rabrouée sans délicatesse, qui reste derrière la porte de la salle de bain alors que Churchill lui dicte ses mots de l’autre côté. Et quand il en sort soudainement, à peine a-t-elle le temps de filer dans les escaliers pour ne pas tomber nez à nez avec un Churchill en tenue d’Adam. #balancetonporc ? Au poste de commandement du Cabinet de Guerre, certaines salles sont tout bonnement interdites aux femmes. Pour la condition des femmes, on ne chantera pas l’air de C’était mieux avant.

Et en découvrant les colonnes de réfugiés français qui avancent péniblement sous les bombardements, comment ne pas penser aux Syriens qui traversent mers et continents pour tenter de sauver leurs vies ? L’histoire bégaye et nous avons la mémoire courte.

Enfin, les acteurs donnent toute sa crédibilité à ce film. On oublie le lourd travail de maquillage pour transformer Gary Oldman en Winston Churchill, et on se laisse porter par le personnage. Sa force, ses doutes, sa vision, son acharnement galvanisent. On comprend ses adversaires qui le trouvaient détestable. Pourtant on s’attache, voire on se retrouve dans les sentiments de sa femme, interprétée avec classe et brio par Kristin Scott Thomas.

Les heures sombres, c’est la découverte de Churchill, visionnaire et décalé, digne et horripilant, patriote et égoïste.

Nous étions une Française, une Russe et une Anglaise pour voir ce film entre amies. Et si la paix, c’était la puissance de ce partage au-delà des frontières. Je le souhaite à une époque où celles-ci se durcissent et se referment sur des haines assassines.

Fin d’année en famille

Cupcakes, brochettes sucré-salé, et autres petits plaisirs. Un 31 décembre tous ensemble.

Petites mains chapardeuses ou hésitantes, plan de travail enfariné. Les filles se mettent en cuisine dès l’après-midi.

Hortense se lance seule la première pour ses cupcakes. Elle grimpe sur les meubles pour attraper ce qui lui manque. Elle pèse, verse, mélange. Préfère le fouet au robot. Goûte avec application, et gourmandise. Et nous offre un goûter fondant.

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Eglantine s’attaque au salé. Elle découpe l’agneau et enfile les brochettes. Un morceau de viande, un morceau de mangue. Puis un autre morceau de mangue pour elle. Parce que c’est trop bon, s’excuse-t-elle, se pourléchant d’un air angélique.

Quand arrive le temps du réveillon, nous avons respecté notre dimanche cuisine et repos, gardant les jeux, les perruques colorées et notre énergie pour ce soir. Rires, danse et explosion de canons à confettis. Pluie d’étoiles d’or et d’argent voletant partout dans le salon quand sonne minuit.

Olivier me fait tourner. Les filles sont épatées. Elles gloussent en s’emmêlant les bras pour tenter de danser comme papa.

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Elles s’écroulent finalement dans leurs lits.

Ça y est, nous sommes en 2018. Bonne année !

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Dernier jour de marché

Le marché du dimanche matin attire toute la région. Même en plein hiver les étals sont colorés, foisonnants de produits tous plus appétissants les uns que les autres. En ce 31 décembre, j’y termine donc les courses pour le menu de la Saint-Sylvestre, concocté par les filles.

Dernier jour de l’année, les frigos sont déjà pleins. Il n’y a pas foule pour braver le vent humide de ce dernier matin de 2017. Même les marchands sont moins nombreux. Mais l’humeur est à la fête et à la bienveillance.

Je repars avec une treize mangues pour 4€. C’est vrai qu’elles ont l’air vraiment bien mûres. Je vais certainement avoir un peu de déchets. Mais voilà une belle occasion d’essayer un chutney à la mangue. La cagette pleine de fruits pèse dans mon sac accroché à l’épaule. Avant que je ne parte, le vendeur en a rajouté une dernière. « Au cas où vous en auriez une de trop abîmée. »

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J’ai acheté quelques litchis de la Réunion. Et j’ai découvert le combava. Un cousin du citron vert, boursouflé, mais plus sucré paraît-il. Le vendeur de fruits exotiques n’était pas débordé. Il avait le temps de discuter. A tester une prochaine fois. Aujourd’hui je reste fidèle à la recette que les filles ont choisie.

Aux fruits secs, je prends quelques noix. Et hop, une dernière poignée une fois la pesée terminée. C’est cadeau, avec le sourire, et Joyeuses Fêtes madame !

Dans le Monoprix c’est la cohue. Petits achats de dernière minute. Le rayon de mascarpone est vide. Je me rabats sur un mélange crème-mascarpone qui, je l’espère, fera l’affaire. A la caisse, une autre cliente me demande ce que je vais faire avec ça. Nous discutons menu de réveillon. Elle, elle est venue chercher des frites pour les enfants.

Nous, ce soir, c’est la cuisine des enfants ! Avec un peu d’aide…

Les échos de l’expat

En dix ans d’expat, nous avons fait de belles rencontres. Donnant naissance à de profondes amitiés. Alors quelle joie de retrouver Aurore, Régis et leurs filles, Jeanne et Marie, juste avant que l’année ne termine !

En France pour les vacances,  ils sont venus d’Orléans pour le déjeuner. De les voir à la porte, déjà, nous avions les cœurs en fête. Les images anciennes jaillissent en surimpression. Les mêmes sourires, le même plaisir lorsqu’ils arrivaient chez nous à Bucarest.

Bien sûr les filles ont grandi et j’ai les cheveux gris. Mais le plaisir reste intact. La journée s’écoule tendrement. Ils nous manquent. Comme tous ces amis d’expat que l’on retrouve au gré des voyages des uns et des autres.

Eglantine aurait bien gardé son amie à dormir. Après tout, me rappelle-t-elle, la première fois que j’ai rencontré Jeanne, c’est parce qu’elle venait coucher à la maison. C’est vrai. J’avais oublié. Une soirée de l’afb. Elena gardait les filles à la maison. J’avais proposé à Aurore de laisser les siennes chez nous pour aller ensemble à la fête. Eglantine et Jeanne ne se connaissaient pas encore. Elles étaient toutes les deux en CP, mais pas dans la même classe. Nous venions d’arriver. Nous ne savions pas encore que de cette soirée naîtrait une si longue amitié. De cette soirée et de bien d’autres, de week-ends à camper sur la plage et de virées dans les Carpates…

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Coucher de soleil sur une plage de la Mer Noire – Roumanie

Les échos de l’expat ravivent les souvenirs qui sédimentent sous notre nouvelle vie en France. Ça me démange de programmer un voyage en Roumanie…

D’autant que ce soir je suis tombée sur un reportage d’Arte sur la Roumanie. Les astres se liguent, n’est-ce pas ?

A l’ombre des Carpates

 

De l’art à la carte

Dans la boîte aux lettres ce matin, deux cartes postales. Elles portent des timbres ukrainiens et sont destinées aux filles. Chacune la sienne. Au dos des cartes colorées, nos écritures. Nous les avions oubliées ! Ces cartes qui faisaient partie d’un projet artistique à l’aéroport de Kiev. Nous y étions restés quelques heures début novembre à la faveur d’une correspondance en revenant de Jordanie.

Dans la tristesse d’un aéroport sans charme, alors que nous avions vu le soleil se lever au-dessus de la Turquie depuis notre vol Aman-Kiev, nous prenions un petit-déjeuner dans un café. A quelques pas, une vingtaine de boîtes-aux-lettres joyeusement peintes. Sur un chevalet en leur centre, des cartes postales attendaient les voyageurs. L’envoi était gratuit. Il suffisait de remplir la carte.

Entre une tasse de thé, un café crème et un cruel manque de sommeil nous avions aimé l’idée de poster des cartes aux filles. Sans trop savoir quand elles arriveraient à destination. Forcément après nous, puisque nous atterrissions à Roissy quelques heures plus tard.


J’avais posté chaque lettre dans une boîte différente. Des oiseaux rêveurs, d’un bleu qui invite au voyage dans les nuages pour Églantine. Un cœur rouge vif, ailé, et des roses carminées pour Hortense.
Souvenirs de voyage. Quand l’art illumine un interminable trajet, distillant un mois et demi plus tard un peu de joie au cœur de l’hiver.