Hortense a eu 11 ans aujourd’hui et une belle surprise !
Peut-on avoir onze ans un mercredi et attendre jusqu’au soir pour ouvrir ses cadeaux ? Rentrer du collège à l’heure du déjeuner et tenir sa frustration en laisse alors que l’on sait que, quelque part dans la maison, des cadeaux nous attendent… Pas évident.
Alors nous avons trouvé le meilleur compromis pour fêter Hortense dès ce midi tout en profitant de la présence de son papa (toujours en télétravail). Pas facile quand l’une sort du collège à 12h30 et l’autre commence une réunion stratégique à 13h. Nous avons abandonné le déjeuner ensemble pour nous focaliser sur les bougies et les cadeaux.
Sitôt revenue de cours, Hortense a été invitée à souffler ses bougies. Elle avait choisi le gâteau depuis des mois, un flan pâtissier. Olivier avait déjà déjeuné. Hortense était radieuse devant son flan embrasé. Onze petites bougies bleues à paillettes faisaient pétiller leurs reflets dans l’immense Happy Birthday doré qui les surmontait.
Dès la dernière mèche soufflée, Hortense est partie à la chasse au cadeau. Nous lui avions parlé d’un cadeau énorme, quasiment aussi grand qu’elle, caché dans le sous-sol. Elle n’avait pas eu l’occasion de l’apercevoir alors qu’elle était descendue chercher du papier origami lundi. Où pouvait donc se trouver ce gros paquet ?
Elle est prestement descendue et a rapidement trouvé son nouveau vélo. Elle ne risquait pas de tomber dessus avant ce midi, je l’avais mis dans le garage. Le biclou était une vraie surprise. Depuis qu’elle est en âge de faire du vélo, Hortense récupère systématiquement les engins trop petits de sa grande sœur. Mais elle a grandi. Et l’été dernier, nous avons profité de l’absence d’Eglantine pour emprunter son vélo pour Hortense. La selle d’Eglantine est plus haute, mais il convenait d’équiper Hortense d’un vélo de la même taille.
Elle ne s’y attendait pas du tout. Sa surprise fût grande. Sa joie aussi.
Elle a ensuite ouvert les cadeaux de toute la famille avec beaucoup de plaisir et avec encore quelques surprises.
Ses yeux pétillants et son sourire éclatant parlaient pour elle.
Avoir onze ans, c’est vraiment super !
Quant au vélo, Hortense ne l’a finalement essayé que ce soir. Elle avait beaucoup de devoirs cet après-midi. Elle a ainsi pu tester les phares aussi.
La petite chatte Maya est arrivée chez nous voilà quelques jours. Joie de vivre et jeux permanents rythment sa vie.
Qui a baptisé Maya du nom d’une abeille rondelette et jouette aux rayures jaunes et noires ? Notre Maya est une petite chatte noire et blanche, aux oreilles et au museau roses et à la silhouette fine et allongée.
Elle est arrivée un samedi après-midi, en plein de confinement. Hortense et moi sommes allées la chercher avec une attestation spéciale fournie par l’association par laquelle nous sommes passés (Chat’bandonne pas 27). Nous cherchions un chaton qui serait plus câlin et joueur que Django et avec qui les filles seraient plus proches que notre gros grincheux.
Pour les caresses, c’est raté. Elle est tellement joueuse qu’elle ne supporte pas d’être prise dans les bras sans tenter de nous mordiller les doigts ou de nous enserrer les mains de ses longues pattes. Elle est tellement curieuse qu’elle s’échappe rapidement, coulant comme une goutte d’huile entre nos bras, rebondissant d’un bond flexible sur le sol avant de se précipiter sur un ennemi imaginaire, un jouet qui traîne ou ce pauvre Django.
Son humeur joyeuse, toujours égale, nous amuse énormément. Même Django s’est finalement laissé amadouer. Malgré les feulements et les coups de pattes, Maya revenait invariablement à la charge auprès de notre gros rouquin. Django est l’être vivant de la maison que Maya préfère. Elle recherche sa compagnie et pleure derrière les portes en attendant son retour quand il sort de la maison. Alors il la laisse faire, haussant parfois le ton quand elle est franchement agaçante, la cherchant lui aussi. Même si, ce qu’il préfère chez Maya, ce sont ses croquettes…
L’association nous a demandé de garder Maya à l’intérieur quelques mois. Mais la tâche est compliquée. Elle a tellement d’énergie et souhaite tant sortir dans le jardin ! Nous attendons qu’elle réponde mieux à son nom puis elle pourra explorer les sous-bois du jardin.
Alors, finalement, nous pouvons dire que Maya porte très bien son nom. Ecoutez-bien le générique de Maya l’abeille…
Vous avez bien entendu :
« Petite, oui, mais espiègle Maya !
Qui n’a vraiment peur de rien
Qui suit toujours son chemin »
Une description parfaite du caractère de la dernière arrivée chez nous.
Mais comment ne pas craquer devant ses grands yeux curieux, son ronronnement sonore, sa vivacité et la façon qu’elle a de se coucher sur le dos d’Hortense quand je vais réveiller ma collégienne le matin. Elle a aussi tenu compagnie à Eglantine dans son lit tout un après-midi. Des moments précieux.
Mission accomplie pour que les filles vivent une belle relation avec leur animal.
Reprendre l’écriture de ce blog pour faire vibrer les papillons dans ma tête.
Comment commencer quand il y a tellement longtemps que je n’ai pas bloggué, et si peu écrit, même pour moi.
Bonjour, peut-être ?
Histoire de saluer ceux qui ont encore l’idée de visiter ma Tasse de thé et ceux qui, abonnés, vont recevoir avec surprise une notification de ma reprise d’activité.
Reprise ou soubresaut ? J’ai cru tant de fois que je reprenais mon blog que je ne présage plus de rien aujourd’hui. Oui, j’ai à nouveau envie de partager des impressions de vie quotidienne, des coups de cœur, des questions, des créations… Des textes naissent dans ma tête qui racontent ces petits moments qui font le sel de la vie. Ils dansent en un nuage joyeux qui m’accompagne alors que je cuisine ou que je discute avec Petit Chat. Ils s’évaporent ensuite dans la langueur du temps qui passe sans que je ne prenne la prenne de les fixer.
J’espère seulement prendre ces papillons éphémères dans les filets de mes mots, poser leurs ombres colorées sur une page blanche et les partager avec vous, sympathiques lecteurs.
Confinement oblige, je cuisine encore plus que d’habitude. Les premières semaines, je ne sortais même pas pour aller à la boulangerie. Puis mes réserves de farine et de levure boulangère s’amenuisant sérieusement, j’ai recommencé à acheter du pain frais.
Je participe à un groupe de cuisine sur WhatsApp. Nous échangeons des recettes afin de varier les plaisirs gustatifs quotidiens et d’éviter le retour trop régulier du jambon-purée. Je teste ainsi fréquemment de nouvelles recettes et recherche des façons différentes de cuisiner les légumes de saison.
Ces nouveautés deviennent les classiques du moment. Ainsi le risotto aux asperges vertes, citron et amandes qui ravit tout le monde. Jamais de reste ! Même si les restes ne sont pas vraiment un problème. Dès que les bacs se multiplient dans le frigo, nous faisons un dîner en mettant tout sur la table et chacun pioche ce qu’il veut. Un peu comme des mezzé.
Ainsi, nous ne sommes pas encore au zéro déchet mais nous avons bien progressé dans la diminution de nos ordures. Ce qui passe notamment par une bonne gestion de la nourriture. En ce qui concerne les légumes, je remplis le bac à compost avec les épluchures.
Je n’ai pas encore essayé d’utiliser les pelures de carottes. Mais aujourd’hui, j’ai décidé de cuisiner quelque chose avec les fanes de mes radis. Mixées avec de l’huile d’olive et un peu de sel, elles ont donné un pesto d’un vert printanier à l’odeur acidulée légèrement piquante. La base de ma nouvelle recette de pain feuilleté au pesto de fanes.
Autant dire que les nez se sont tordus à l’évocation de l’ingrédient phare de ma recette. Mon homme et mes filles n’étaient pas fans de mes fanes. Finalement, jambon-purée c’est bien aussi, non ?
Cependant tous les a priori ont été balayés quand nous avons goûté le fameux pain. Une pâte moelleuse, un peu fondante grâce à la mozzarella et un goût frais proche de l’ail des ours. Avec un bon velouté de légumes, ce fût un dîner à la fois simple et original. Un nouveau classique de la maison ?
Les premiers archéologues emportaient des morceaux choisis de leurs découvertes. Ainsi le portrait d’une jeune femme tenant un stylet arraché à une fresque en 1760 par les premiers archéologues de Pompéi. Une pratique courante à l’époque et aujourd’hui condamnée. Pourtant qu’il semble naturel d’avoir envie d’emporter un souvenir, une trace du beau pour faire renaître encore et encore ce moment d’émerveillement face à ce qui nous touche. Peut-être même ces premiers archéologues craignaient-ils que les fresques qu’ils venaient de mettre au jour ne se dégradent. Ils devaient alors être intimement persuadés de les préserver des ravages du temps et des pillards en les emportant.
Et que fait d’autre l’humanité connectée aujourd’hui en photographiant convulsivement les œuvres dans les musées, les arbres en fleurs et les couchers de soleil ? Cette beauté exceptionnelle ou ordinaire, nous éprouvons un besoin impérieux de la garder avec nous le plus longtemps possible et à la partager.
Avec le confinement et les contraintes sanitaires qui vont nous être imposées pour encore longtemps, heureusement qu’il nous reste le plaisir de découvrir la beauté sur nos écrans. Les musées proposent de nombreux parcours en ligne.
Cette jeune femme antique aux traits délicats m’inspire beaucoup de douceur. De grands yeux noirs, une multitude de boucles brunes, des lèvres délicieusement ourlées d’où s’échappe un stylet, parole légère, pensées puissantes à noter impérativement.
A l’instar des archéologues du 18è siècle, j’ai envie de garder la bienveillance de son regard près de moi.
Petit chat a ressorti les Rubik’s Cubes. Avec son papa, elle a exploré les tutos sur le web. A la fin de journée d’hier, elle était capable de résoudre le 2×2. Quand nous sommes revenus de notre sortie au théâtre, elle n’attendait qu’une chose, que nous mélangions son petit cube coloré.
Après le déjeuner, ce dimanche, les filles ont troqué leurs savoir-faire. Je te montre comment résoudre le Pyramix (ce Rubik’s Cube en forme de pyramide) et tu m’apprends le 2×2. Petit Oiseau a dû faire preuve de patience car sa sœur n’aime pas du tout ne pas réussir du premier coup.
Alors, tête contre tête, l’une allongée sur le canapé, le chat sur les genoux, l’autre lovée dans le fauteuil qu’elle avait rapproché au plus près de sa sœur, elles ont fait tourner les faces aux couleurs vives. Cris de frustration, rires bienveillants, ça charriait un peu, et ça recommençait. Sororité complice. Connivence de casse-tête.
Prochaine étape pour tout le monde, le 3×3. Leur père s’est déjà entraîné.
Entre les livres et le public venu écouter Irina Teodorescu parler de son dernier ouvrage, Ni poète, ni animal. Il fait chaud à la librairie Libralire. Je suis arrivée en retard mais j’ai été immédiatement happée par les yeux noirs, le sourire pétillant et la voix douce d’Irina. J’ai laissé derrière la porte les terrasses des cafés, leurs minuscules tables où se serrent les buveurs d’apéro-assiette de charcuterie et le brouhaha de ce onzième tellement plein de vie.
Irina Teodorescu
Irina a répondu à quelques questions sur Ni poète, ni animal. Le grand poète, tourillon de son récit, est une invention. En revanche son grand-père a bel et bien volé une chat quand elle était petite, en Roumanie. Irina mélange fiction et réalité dans un univers flottant et onirique, rendant plus palpable le réel.
Une grand-mère toquée, une mère qui parle à des K7 qu’elle n’enverra jamais à son amie passée à l’Ouest et Carmen, clown-poétesse de10 ans à l’heure où les Ceaucescu, abattus les yeux bandés et les mains attachées, ne sont plus qu’une effluve d’after-shave. Irina n’a jamais regardé les images de leur exécution.
Qu’est-ce que la révolution pour une enfant de 10 ans ? Qu’est-ce qui sépare la révolution d’un coup d’état ? La poésie peut-elle triompher ? L’homme n’est-il qu’un animal ? La mort rode. Le renard, le cochon, le poète, le dictateur et son épouse. Il fait froid en ce mois de décembre 1989 mais les mots d’Irina, simples et pertinents, sont une ode à la vie, à l’envie, qui réchauffent le coeur.
Ses romans, comme un poème, laissent une grande part à notre imagination, à notre interprétation.
J’ai retrouvé Claire. Nous avons partagé un atelier d’écriture avec Irina cet hiver. Avant que Petit Oiseau ne soit malade. Je ne connais personne d’autre. J’ai trop chaud. Il est tard.
Dans la rue Saint Maur, la boutique de pâtisseries orientales à descendu ses stores noirs. Les terrasses débordent sur les trottoirs. On est debout, un verre de bière ambrée à la main. On rit fort, on se parle à l’oreille pour mieux se comprendre. Un homme abaisse vigoureusement le rideau de fer de sa petite boutique de réparation de téléphones. La journée est finie. La nuit bat déjà sa propre mesure.
Mon manteau est grand ouvert. Je n’ai pas le courage de le retirer. J’ai enroulé mon écharpe autour de la lanière de mon sac. Une bande de skaters passe en trajectoires brouillonnes. Quels moulures apparaissent dans les lumières des appartements de l’avenue. Que la nuit est douce, que Paris est vivante.
A quelques degrés de là, je descend du RER. Je frissonne. J’enroule mon écharpe autour de mon cou et enfouis mon nez à l’intérieur. Pas de café, pas de terrasse et l’œil de la lune qui me regarde fraîchement dans le ciel noir. Elle sera bientôt pleine.
Maisons avec jardins, échiquiers d’appartements éclairés, je marche seule dans la lumière chaude des réverbères. Paris-banlieue, quelques degrés d’écart et déjà un autre monde.
Le temps d’un livre dans une librairie, j’ai aussi retrouvé un peu de Roumanie. Encore quelques degrés de moins et je skie dans les Carpates avec Carmen.
Dans le salon les sacs et cartables sont prêts pour la rentrée. Mais moi je n’ai pas dormi de la nuit. Voilà dix jours que nous sommes rentrés de vacances en avance car Petit Oiseau était à nouveau au fond de son lit. Je l’ai trouvée fatiguée tout l’été. Je suis angoissée. Elle n’est pas allée en cours depuis le mois de mars. Comment va-t-elle reprendre le rythme soutenu du collège ? Je l’imagine déjà terrassée de fatigue, pliée en deux de douleur.
Et puis non.
Ce lundi soir, les rires fusent dans la maison. Les filles chahutent. Petit Oiseau taquine sa petite sœur. Petit Chat raconte sa journée. Elles chantonnent dans leurs chambres. Les éclats de leurs voix sautillent dans les escaliers. Je recouvre les livres. Corvée de rentrée.
Mardi, la prof d’anglais exige un cahier bleu. Déception de mettre au placard le traditionnel cahier orange que Petit Oiseau choisit à chaque rentrée depuis le CP pour cette matière. On peut donc encore sérieusement imposer une couleur de cahier pour des élèves de troisième ? Cependant, si les seuls soucis de Petit Oiseau en ce début d’année sont ses fournitures, je me sens rassurée.
Mercredi, toujours pas de fatigue particulière. Petit Oiseau rentre déjeuner rapidement avant de filer vers Paris. Cette semaine elle se rend seule à sa séance d’hypnose. Petit Chat est un peu malade et je reste avec elle. Un sms pour m’avertir qu’elle sort du RER. Un passage à la FNAC voisine après la séance. Ma fille aînée découvre le plaisir de se balader seule dans Paris. Elle se régale de la possibilité d’entrer dans les musées gratuitement ou de monter en haut de l’Arc de Triomphe. Mais elle n’a pas encore le droit de prendre un verre dans un café, même un simple citron pressé. Ce petit rituel restera encore quelque temps un privilège à partager avec moi.
Mon Petit Oiseau grandit. Je n’aurais jamais imaginé que la rentrée d’après ses six mois de maladie sans diagnostic se passe aussi bien. Je la scrute, j’observe ses expressions, les plis sur son visage, je cherche les traces de fatigue, les difficultés dessinées dans les cernes.
Une des raisons pour lesquelles nous avons choisi notre maison, c’est le grand cèdre qui domine le jardin. Il veille sur les noisetiers, sureau, arbre de Judée, pruniers et autres lauriers où pépient les oiseaux tout au long de l’année. Grâce à eux, notre jardin est un havre de paix verdoyant. Il fait bon y laisser perdre son regard et dériver ses pensées.
L’hiver, il perd de sa superbe mais gagne en mystère quand la neige vient le recouvrir. L’été, l’herbe crame systématiquement mais qu’il est bon de s’y relaxer au rythme lent du hamac que l’on pousse d’un pied indolent. A l’automne, les feuilles envahissent le moindre recoin, refuge de nombreuses bestioles que je laisse consciencieusement tranquilles.
Le printemps est l’acmé de la beauté de notre jardin. Les arbres fleurissent à tour de rôle. D’abord les pruniers dont les fleurs blanches annoncent le retour prochain des journées ensoleillées. Au moindre coup de vent, les petits pétales blancs tombent en une neige féérique. Sablier des jours qui rallongent.
Puis les bourgeons pointent leur vert tendre tandis que l’arbre de Judée éclate d’un rose flamboyant. Chaque jour, les couleurs évoluent jusqu’à ce que le rose se fasse vieux, pastel poussiéreux qui tombera en pluie fine pendant des semaines sous le vert immuable du grand cèdre et les cris stridents des perruches.
En ce mois de juillet, les branches se balancent sous le poids des différents oiseaux. Rouges-gorges, mésanges, moineaux, palombes, geais, pies et merles se disputent régulièrement les meilleurs places. Lors des canicules, la chaleur est encore alourdie par le silence des oiseaux qui, comme nous, préservent leurs forces au cœur de la fournaise. Mais au petit matin, quand je m’assois avec une tasse de thé sur la terrasse et que je les regarde virevolter bruyamment de branche en branche, je sens cet émerveillement modeste dans parle si bien Belinda Cannone :
« S’émerveiller résulte d’un mouvement intime, d’une disposition intérieure par lesquels le paysage à ma fenêtre ou l’homme devant moi deviennent des évènements. »
Il n’est pas anodin d’ailleurs que la base de sa réflexion dans son livre S’émerveiller soit un chêne voisin qu’elle prend plaisir à observer au fil des saisons.
Depuis que nous sommes dans cette maison, nos arbres nous accompagnent, recueillent mes pensées, escortent mes espoirs et suscitent invariablement une fascination discrète propice à une sorte de méditation.
L’affiche de l’exposition Nous les arbres, aperçue un jour au détour d’un couloir de métro, avec son vert pétant et sa jungle surannée a tout de suite attiré mon regard. Je proposais une virée culturelle à mon Petit Chat qui accepta immédiatement. Devant la Fondation Cartier, notre regard a immédiatement été attiré par la photo d’une partie d’un des immenses tableaux de Luis Zerbini. Un enchevêtrement de végétaux colorés, jungle prolifique et chatoyante, où l’incongruité d’une boîte de conserve ou d’une bouteille en plastique ne saute pas immédiatement aux yeux.
Détail de Lago Quadrado de Luis Zerbini
Une fois à l’intérieur du bâtiment, notre premier sentiment a été renforcé. Les tableaux de Luis Zerbini, gigantesques et foisonnants, sont sublimes. Ils sont à l’image d’un monde où l’on ne sait plus qui de l’homme ou de la nature triomphe réellement (mais faut-il réellement que l’un ou l’autre triomphe ?). La nature redevient sauvage dès que l’homme la laisse en paix. Et pourtant, jamais les arbres et tous les végétaux dans leur diversité n’ont été autant menacés.
Dans la grande salle du rez-de-chaussée de la Fondation Cartier, Luis Zerbini occupe la majeure partie de l’espace. Au centre des ses toiles cloisons, un arbre se dresse au centre d’une table de verre, bois, végétaux, minéraux et divers objets hétéroclites. Comme une vision en trois dimensions d’une de ses toiles, point de convergence des oeuvres installées tout autour. Place du village ou île isolée ? Clairière colorée ou cabinet de curiosités ?
Nous avons déambulé au milieu d’œuvres très différentes, belles, douces, surprenantes, interpellant notre civilisation sur ses modes de vie, sur la place de l’arbre, sur notre prétendue supériorité. Un oasis de fraîcheur en plein été parisien, une envie de se poser et de regarder le temps qui passe sur les feuilles.
Comme cet arbre, Paradis de Fabrice Hyber, dont le feuillage reprend toutes les couleurs de peaux humaines, chairs d’arbre, et sous lequel s’assoient paisiblement les visiteurs, protégés du soleil par les vrais arbres qui entourent la Fondation Cartier.
Dans le film Mon arbre de Raymond Depardon et Claudine Nougaret, un homme dit « Tout le monde a un arbre dans son cœur ». Pour nous aujourd’hui c’est le cèdre qui veille sur notre maison. Il marque durablement de son empreinte l’enfance de nos filles.
Et pour ceux qui ont envie de passer plus de temps avec les arbres, je vous recommande les excellents épisodes de La Série Documentaire sur France Culture, Des arbres et des hommes (diffusés en décembre 2018). A écouter en podcast :
Retour de camp après le Jamboree des Scouts et de Guides de France à Jambville. Connecte 2019.
Fin de canicule. Fin de camp. Jamboree. 22000 chemises bleues, une forêt de tentes et une ambiance de festival. Petit Oiseau était à Connecte 2019 avec sa tribu.
Donc elle va mieux.
Suffisamment pour partir deux semaines en camp scout. Tant que les chefs ne m’appellent pas, c’est que ça va. Un petit malaise en première semaine. Sac à dos trop lourd pendant l’exploration. Après des mois au fond de son lit, elle n’a pas encore récupéré toutes ses capacités.
Puis c’est la grande réunion des scouts et des guides, ces jeunes de 11 à 14 ans venus de toute la France et d’au-delà. Avec un pic à 42°, je redoutais pour l’organisme de celle qui, malgré tout, reste mon bébé. Et puis, finalement, nous n’avons encore aucun diagnostic précis de ce qu’elle a eu. Je crains toujours une rechute.
Pas de nouvelles. Pas une lettre. Elle n’y pense jamais de toute façon, trop occupée à vivre ses aventures en chemise et foulard, feu de camp et chaussures de rando. Difficile quand même d’accepter que, moins d’un mois après l’amélioration de son état, elle va mettre son corps à rude épreuve, dormir sous la tente, cuisiner sur une table à feu, manger dans des gamelles en fer, se doucher à l’eau froide.
Pour elle, c’est un retour à la vie.
Pour moi, c’est un changement violent de température. De maman soignante à maman derrière son écran, à l’affût d’un Petit Oiseau avec un grand sourire et deux nattes sur les vidéos mises en ligne par la Toile Scoute sur YouTube.
Journal de 13h, journal de 20h, TF1 parle des scouts. Sur Facebook, vue aérienne d’une veillée hors norme. C’est quel point bleu mon Petit Oiseau ?
Photo de Thierry Braun. Cliquez pour voir l’originale.
Alors ce vendredi, je suis assise au soleil sur la dalle du RER. J’ai de quoi lire mais je reste concentrée sur les portes en verre de la gare. Soudain, une première chemise bleue. C’est une cheftaine. Puis, tout de suite, c’est mon Petit Oiseau avec son gros sac à dos qui dépasse au-dessus de sa tête.
J’ai mon appareil photo. Je la mitraille. Ce sourire-là est unique, encore chargé de la force du groupe, de la magie de ces moments passés avec tant d’autres jeunes, de la joie de vivre des moments d’exception. Ensuite, il s’étiolera, gagné par la fatigue, vidé par les récits, rattrapé par le présent et les projets futurs.
Elle rayonne. C’est un sourire à pleines dents, bonheur à l’état brut, diamant émotionnel.
Un câlin, l’odeur de camp et de feu de bois. Elle parle vite. Elle déverse d’un coup le sac de ses souvenirs. Derniers mots avec les copines, avec les chefs. On s’éternise au local. Quitter la tribu, c’est accepter que ce moment est terminé, que le Jamboree a été, qu’il ne vivra désormais que dans son cœur, ses récits et les souvenirs qu’elle évoquera certainement longtemps avec ses amies.
Son foulard est posé sur la table, sa chemise sur le canapé. Elle a de nouveaux écussons et quelques badges. A la rentrée, elle aura tout cousu sur sa nouvelle chemise rouge. Elle entrera dans la caravane des grands. Tout un programme, encore plus d’autonomie et tant de nouveaux projets.
Pour le moment elle dort, bienheureuse de retrouver le confort d’un lit moelleux et sans bosses. Petit passage aux urgences en début de soirée, quand même, pour faire retirer cinq tiques tellement petites que je n’arrivais pas à les enlever avec le tire-tique. Mais elle va bien.
Elle grandit et la voir s’épanouir est le plus précieux des cadeaux.