A fleur de papier

J’aime le papier. Caresser les pages d’un livre. Effleurer un grain épais. Glisser sur un papier glacé. Plier un journal. Froisser un brouillon. L’odeur gourmande d’un livre neuf. Les pages jaunies d’un vieux livre de poche. Le papier bible des livres denses. La tranche cassée d’un livre plusieurs fois lu. Le brillant du papier photo. Jusqu’à l’amoncellement coloré des publicité dans la boîte aux lettres.

Je garde beaucoup de papier. Les livres s’amoncellent. Les magazines et les journaux. Des catalogues publicitaires. Des plans. Des brochures. Des cartes postales. Des tickets de parking. Des tickets de métro. Des papiers cadeaux. De vieux emballages.

Oui, le sous-sol au plafond bas et aux fenêtres étroites pprqui me sert d’espace créatif est un joyeux capharnaüm où s’entassent des trucs et des bidules, des tubes de peinture et beaucoup de papiers.

Pour calmer mon esprit ces derniers jours, je me suis enfin assise derrière la table encombrée. J’ai pris des ciseaux, de la colle et un pinceau. Et j’ai commencé à coller un peu au hasard des morceaux de papier sur le dépliant promotionnel d’une multinationale française d’ingénierie, conseil en technologies et services du numérique.

L’arbre est une femme
Collage, encre et acrylique.

Faire disparaître les chiffres et les infographies sous des morceaux de roman et les papiers colorés de catalogues publicitaires pour des vêtements et des décoration pour la maison. Construire un nouvel univers, vibrant, onirique, ouvert. S’offrir une respiration. Déployer un ailleurs inconnu avec des bouts de papier et quelques touches d’encre et de peinture.

Un besoin qui revient régulièrement ces derniers temps. Comme lorsque j’ai créé des fleurs à partir d’un livre de poche défraîchi que j’étais certaine de ne jamais relire. Deux semaines que mon bouquet de papier égaye ma maison sans flétrir.

Mon collage, lui, gondole un peu – la brochure au bleu glacé n’a pas bien supporté l’humidité de la colle. Il a pour moi le relief de ces vies qui se réinventent sans cesse.

Passer ma main sur les creux et les bosses. Sentir les bords du papier découpé sous la pulpe de mes doigts. Le papier a définitivement quelque chose de charnel qui me fait palpiter.

Souquer vers le bonheur

Lors d’une conversation avec Eglantine, elle défendait son point de vue sur le bonheur comme étant un état stable. Or, le bonheur semble être ce que tout le monde cherche, un but ultime, mais impossible à atteindre.

Je suis plutôt partisane d’un bonheur éphémère, qu’il soit fulgurant ou un peu plus tenace. Il n’est pas destiné à durer. Je suis ainsi capable de passer au cours d’une même journée d’un état de bonheur intense à un abattement profond.

Je me dis alors que je trouverais le bonheur si j’étais un peu plus dorlotée, si quelqu’un d’autre préparait le dîner, si je trouvais le frigo plein et un bouquet de fleurs sur la table, si… Mais l’expression populaire le dit bien, avec des si, on mettrait Paris ne bouteille.

Or, vivre dans une bouteille, c’est se cogner rapidement contre des parois invisibles et infranchissables. Pas toujours facile d’abandonner les si pour se contenter de ce que l’on a. Ca demande un effort, une exploration intérieure et une remise en question de ses certitudes.

Alors, pour prendre un grand bol d’air, et retrouver ces moments de bonheur qui me font vibrer, j’ai eu besoin de faire le vide ces derniers jours. De ne pas m’occuper des petits besoins de chacun, de lâcher prise sur les envies personnelles des autres pour me concentrer un peu plus sur les miennes.

Peut-être va-t-il falloir faire de nouveaux choix, redéfinir des priorités, pour ne plus être submergée par les grandes marées des to-do list ?

Je cherche encore cet équilibre, souvent précaire, généralement instable, que l’on appelle bonheur. Cette île salvatrice où faire une pause nécessaire. En attendant, il faut souquer.

Savoureuse sculpture

Un article dans M, le magazine du Monde. Un titre, Soleil VERT. De la lumière, de la chaleur, de la couleur. Mon envie de lire est immédiate. Fabien Vallos y partage une recette de cuisine. Les artichauts à la barigoule.

Les cuistots amateurs iront chercher ingrédients et préparation dans le magazine. Moi, j’ai particulièrement aimé découvrir le parcours et les idées de ce monsieur.

Déjà, pour vous donner une idée du personnage, quand j’ai googlelisé son nom, les réponses étaient aussi multiples que des variétés de pommes. Philosophe / auteur / théoricien et professeur de philosophie en écoles d’art / gastronome érudit / artiste / éditeur / traducteur / commissaire d’exposition / docteur à l’université. Un véritable slasheur de l’esprit et du palais.

Surtout, j’ai beaucoup aimé son discours sur « l’accueil à travers la nourriture ». C’est un tel écho à notre projet de Petites Cantines ! Je le cite : « on se rencontre autour d’une table remplie, puis on apprend à se connaître et on discute. »

Il parle aussi de « sculpture sociale » pour les banquets qu’il a organisé avec ses étudiants. « Que l’on vive un moment ensemble, aussi bien dans sa création que dans son partage ». Quand je vous disais hier que la rencontre apporte de la richesse. J’aime beaucoup cette idée de sculpture sociale autour de la cuisine. Chaque repas devient une œuvre éphémère au souvenir tenace.

Certes ma rencontre avec Fabien Vallos est à sens unique. C’est le problème du papier. Il n’est pas très interactif. Mais cette idée de sculpture sociale m’accompagnera désormais. Elle est venue enrichir mes propres réflexions, nourrir mes envies et conforter mes observations. Ajouter un rayon de soleil dans mon univers. La lumière, encore, toujours.

Pour en savoir plus sur la gastronomie de Fabien Vallos :
– L’article du Monde, Fabien Vallos : « Ce que j’aime surtout en mangeant, c’est sentir une intensité gustative, alliée à une technique et un récit » (en ligne, le titre Soleil VERT a disparu…)
– Son site devenir-dimanche.org, avec les 2500 recettes méditérannéennes recueillies à travers voyages et travaux de recherche
– Sa page Instagram Devenir-Dimanche (@fabienvallos)

Et la lumière fût

La rencontre, c’est une lumière un soir d’orage. Quand le ciel est sombre, menaçant, bas, électrique. Un sourire, quelques mots, une main posée sur la sienne. Et c’est l’éclaircie.

La rencontre est toujours inattendue, généralement bienvenue, souvent enrichissante.

Préparation des lumières au théâtre

La rencontre peut se provoquer. C’est d’ailleurs l’objectif que nous visons aux Petites Cantines à travers la cuisine et les repas partagés. Cependant, cela n’empêche jamais la surprise de l’imprévisible. Car la rencontre nécessite une écoute mutuelle dans laquelle naît une infinité de possibles. Personne ne saurait les prévoir.

Et c’est à travers cette imprévisibilité que celles et ceux qui la vivent trouvent une richesse partagée. Bien sûr, les mauvaises rencontres existent. Heureusement, elles sont minoritaires. Dans la plupart des cas, les rencontres sont positives. Découvrir l’autre, c’est découvrir une part de soi-même. Agrandir son cœur, étoffer sa curiosité, développer ses sens, accueillir l’altérité, fertiliser ses qualités. La liste des bienfaits de la rencontre pourrait s’étirer sur des pages.

Grâce à cet enrichissement réciproque, la rencontre est bienvenue. Elle bouscule parfois. Elle dérange. Elle prend du temps. Elle demande de l’énergie. Mais quelle joie quand on la vit ! Des portes s’ouvrent, des idées jaillissent, des perspectives se dégagent.

Cette semaine était un peu triste. De l’abattement. Des questionnements. Un peu d’angoisse. Un ciel bouché. Puis, une rencontre. Une conversation. Une réflexion. Une rêverie. Un enthousiasme. Et c’est un soleil dans le cœur.

Je rentre d’une folle journée mixant mon travail au théâtre et mon engagement aux Petites Cantines. Les rencontres se sont multipliées. On peut y voir des signes. Dieu. La chance. Chacun a son interprétation.

Ce soir, je n’ai qu’une certitude, c’est dans la rencontre que naissent les plus belles pensées.

Retour de Turquie

Ils sont rentrés lundi, l’air un peu groggy par le réveil trop matinal et le trajet en avion, les valises pleines de gourmandises et de souvenirs. Olivier et Hortense ont laissé les immeubles colorés d’Istanbul pour la grisaille parisienne, les petits déjeuners pantagruéliques pour une tasse de thé avec une tartine.

Il nous a fallu retrouver un rythme à quatre temps alors que tout le monde a replongé dans le grand bain ou, plutôt, alors que tout le monde a repris son train à grande vitesse.

On passe les lessives qui s’entassent pour se réjouir en mangeant un loukoum sous l’œil bienveillant d’un porte-bonheur. On s’enthousiasme des tulipes peintes à la main sur des céramiques traditionnelles (merci Yesim !). Surtout on se régale de ces noix vendues sur des ficelles, enrobées de mélasse de raisin qu’Eglantine attendait avec tant d’impatience. Même si elle trépignait encore plus à l’idée de sa livraison de nombreuses bobines de coton pour crocheter frénétiquement.

Un des meilleurs souvenirs des vacances turques d’Olivier et Hortense restera les glace dégustées sur les rives du Bosphore. Ils marchaient 1,5 km depuis la maison de Yesim pour rejoindre l’arrêt du vapür (le bateau bus), se rendaient en bateau sur la rive européenne et marchaient encore 1,5 km avant de déguster, enfin, leurs glaces chez leur marchand préféré. Ils rentraient par le même chemin, en fin d’après-midi. 6 km à pied et 2 continents, le Bosphore et la magie d’Istanbul pour un cornet face à la mer.

Il existe comme ça des moments qui marquent par le charme de leur simplicité.

Paris – Tokyo dans un bol de soupe

Il existe un endroit à Paris qui permet de se rendre directement au marché aux poissons de Tokyo. Les voyageurs patientent sur l’étroit trottoir à quelques pas de la Comédie Française. Quand une table se libère enfin, il vous suffit de passer la porte pour vous retrouver au milieu des cagettes de polystyrène débordant de poissons et autres crustacés dans de la glace pilée.

Le sol brille d’humidité. Les vendeurs portent des bottes en caoutchouc blanches assortis à leurs grand tabliers. Des sacs en plastique pendent au plafond, des balances ponctuent les étals au milieu des affiches en japonais et des prix en yen.

Vous entendez les cris des vendeurs, les moteurs des camions qui viennent livrer ou s’approvisionner, le brouhaha de l’animation quotidienne du marché.

Gyoza, edamame, shoyu ramen de sardine ou chintu de dorade royale. La carte est alléchante. Les odeurs de poisson en provenance de la cuisine ouverte aident à parfaire le dépaysement de ce restaurant japonais parisien.

Les points négatifs

L’attente… Comme j’avais crevé Porte d’Orléans, nous sommes arrivées à 12h30, certainement le pire moment pour obtenir une table. Nous ne nous sommes assises qu’à 13h30. Certes, le système de file d’attente virtuelle est pratique. Il suffit de scanner le QR code à l’entrée et vous recevez un sms quand c’est à votre tour. Vous avez alors dis minutes pour rejoindre votre table. Ca vous permet normalement de faire un tour dans le quartier. Pourquoi pas se poser sur un banc au Palais Royal ?

Eglantine et moi sommes allées faire un tour à l’exposition du moment au Drawing Lab, de l’autre côté de la rue. Et nous avons choisi de boire un verre au bar de l’hôtel, calme, préservé du tumulte de la rue, ouvert sur un jardin intérieur.

La crevaison puis cette longue attente avaient déjà bien entamé nos forces. Si bien que nous avons eu un peu de mal avec l’ambiance sonore du restaurant, hyper saturée en sons divers entre les conversations des clients, la bande-son du marché et les cris que lançaient les cuistots quand un plat était prêt.

Nous sommes parties au plus vite une fois nos ramens terminés.

Les plus

L’ambiance extraordinairement bien recréée par des professionnels des décors de théâtre et de cinéma. Le sol aurait été moulé sur l’original au marché aux poissons de Tokyo. Une expérience unique et époustouflante.

L’adresse

Kodawari Ramen – Tsukiji
12 rue Richelieu
75001 Paris

Ça ouvre à 11h45. Et si vous n’avez pas de problème de pneu Porte d’Orléans, c’est mieux d’arriver tôt.

Bulle de poésie

J’aime la pluie quand elle s’arrête. L’odeur de la terre humide, le fameux pétrichor. Les gouttes retenues sur les feuilles se gonflent de lumière. L’eau devient joaillerie. Ce sera ma photo de ce lundi.

Pour prolonger la poésie de la rencontre de l’eau et du soleil, je vous propose d’écouter Abel Selaocoe, un violoncelliste et chanteur sud-africain qui mélange musique africaine et musique baroque. Je l’écoute souvent quand j’ai besoin de me créer une bulle.

Bulle de poésie. Bulle d’eau. Eau de pluie.

Marie-Ève, comme un soleil bombé sur un mur

Marie-Ève a des yeux bleus pétillants, les sourcils fins en accent circonflexe, un large sourire avec de belles dents blanches parfaitement alignées, des lèvres pulpeuses et le front haut des peintures du moyen-âge. Elle est rayonnante et les années semblent ne pas avoir de prise sur elle. Elle est partie vivre à Marseille il y a quelques années. Au rez-de-chaussée d’une vieille demeure, avec un jardin où des arbres poussent tout en hauteur, où les arts graphiques, la chine et de belles astuces architecturales créent une douce atmosphère aux couleurs bienveillantes.

Elle est une des rares camarades de lycée avec qui je suis restée en contact. Nos liens sont ténus, intermittents, lointains mais solides et sincères. Suffisamment pour passer plusieurs heures ensemble à discuter. Et l’impression, quand même, au moment de nous quitter, que nous aurions encore beaucoup de choses à nous dire.

Avec le charme incontestable, aussi, des rendez-vous de dernière minute. Découvrir sur les réseaux sociaux qu’elle est de passage à Paris, caler des retrouvailles au cœur de la capitale. Restau italien derrière l’église Saint-Eustache. Le temps est beau, la terrasse accueille nos discussions ensoleillées.

Marie-Eve est une artiste. Il me reste quelques part roulé dans un carton un portrait au crayon qu’elle avait fait de moi au lycée. Il a suivi tous mes déménagements. Du petit studio dans le Marais au quinzième étage d’une grande tour au sud de Montparnasse, du Portugal à la Roumanie, en passant par la Turquie.

On retrouve toute sa délicatesse, sa sensibilité et sa sagacité dans son travail. Je vous encourage à aller le découvrir sur son site Un p’tit coquelicot.

Nous avons continué nos retrouvailles parisiennes par l’expo CAPITALE(S), 60 ans d’art urbain à Paris. Entrée gratuite mais attention, réservation obligatoire ! Pour les as de la dernière minute comme nous, il faut compter sur la chance. La nôtre a été de rencontrer une maman avec sa fille, juste devant nous dans la queue, qui avait deux places en plus. Quelque chose à voir avec le karma quand on en pense à cette fois où c’est moi qui ai donné une entrée à une dame qui n’avait pas réservé pour la nocturne gratuite du Louvre.

Des souvenirs du passé face à l’histoire des premiers grafs. Nous avions quinze ans au début des années 90. Nous habitions alors dans une banlieue où brûlent quelques voitures à chaque nouvelle année. Des bombes de peinture dans les jeans baggy et les blousons Bomber. Des tags vite faits sur les murs décrépis.

Sentiment étrange de voir la vie urbaine s’exposer sous les voutes de l’Hôtel de Ville. Pourtant ça fonctionne vraiment très bien. On découvre les dessins préparatoires, la réflexion artistique, les recherches individuelles et l’émulation collective d’une histoire visuelle en construction permanente, vivant au rythme de l’urbanisation, mettant en lumière et en couleur les zones grises d’une ville pieuvre.

La grafbox, pour capturer en temps réel le processus de création et la gestuelle de l’artiste.

Néophyte dans le domaine, je suis impressionnée par la façon dont Marie-Ève accueille l’exposition en connaisseuse chevronnée des différents artistes. Loin d’être blasée, elle s’enthousiasme elle aussi pour les œuvres présentées et le processus créatif mis en avant.

Allez voir cette expo et vous ne regarderez plus jamais les graffitis de la même façon.

Sur la place de l’Hôtel de ville, les velib croisent les groupes de touriste, un homme crée d’énormes bulles de savon sous le regard subjugué des enfants, des couples s’enlacent. J’enfourche Pimprenelle pour regagner le sud de la capitale, le cœur vivifié par cette belle journée. Marie-ève est comme un immense soleil graffé sur le mur du temps.

Pneu crevé et tête froide

Porte d’Orléans. Des voitures dans tous les sens, un bus en travers du carrefour. Impossible de tourner mon guidon pour me faufiler entre les voitures. Je m’arrête sur le trottoir dès que nous avons traversé le carrefour. Rien ne semble entraver la direction de mon guidon. Freins ? Ok. Garde-boue ? Nickel. Je ne comprends pas. Jusqu’à ce que je vois mon pneu… complètement à plat.

Une crêpe de caoutchouc. La jante n’est plus qu’à quelques millimètres du bitume. Impossible d’aller plus loin. Je stresse à l’idée de la galère qui s’annonce pour rentrer à la maison. Google Maps m’indique le premier magasin de réparation de vélo à 4,5 km. Il me faudra pousser Pimprenelle (je vous rappelle que c’est le nom de ma bicyclette) pendant une heure pour y arriver.

Heureusement, Eglantine garde son calme. Sur son téléphone Google Maps indique un réparateur à moins de 300m. Beaucoup plus raisonnable. Je suis quand même embêtée de faire rouler mon vélo directement sur la jante. Même si je ne monte pas dessus. Il me faudrait une pompe pour lui remettre un peu d’air.

Nous sommes devant une petite boutique qui étale divers marchandises devant sa vitrine. Chez Déco Bazars, on peut acheter aussi bien une valise que des casseroles, des corbeilles à pain que des lunettes de soleil. Inspiration. Fulgurance. Je demande au vendeur s’il n’aurait pas une pompe à vélo.

Oui, oui, me répond-il en hochant la tête. Il disparaît dans sa caverne d’Ali baba et ressort quelques minutes plus tard avec une pompe en plastique doré. Je regonfle mon moral en même temps que mon pneu.

Nous nous dirigeons vers la boutique Cyclable boulevard Brune. Mon pneu se dégonfle à une vitesse folle. Je dois le regonfler au bout d’à peine 150m. J’ai dû rouler sur une gros truc qui est venu transpercer allègrement mon pneu.

Le réparateur de la boutique est déjà bien occupé mais il fait de la place pour réparer Pimprenelle. Eglantine laisse Janis à la boutique et nous nous installons à la terrasse d’un café voisin.

Une bière pour me remonter le moral. Eglantine choisit la douceur gourmande d’un chocolat liégeois. Nous avons de la chance, le soleil inonde désormais les rues parisiennes.

En attendant Pimprenelle

Quand nous récupérons nos vélos, je découvre l’auteur de ma mésaventure, un morceau de verre de la taille d’une graine de courge, avec un bout bien acéré. Mon pneu a la peau épaisse, mais ce gros morceau a réussi à en transpercer toute la gomme.

Le morceau de verre fatal

Finalement nous repartons à travers Paris. Nous avons perdu une heure et gagné beaucoup de stress, même si l’histoire se termine plutôt bien.

Mais d’ailleurs, pourquoi Google Maps n’indiquait pas les mêmes adresses sur nos deux téléphones ? J’ai réalisé après coup, une fois plus calme, que tous les magasins de vélo que me montrait l’application étaient à proximité de l’adresse du restaurant où nous allions. Eglantine n’avait pas effectué cette recherche si bien que l’appli a directement cherché autour d’elle.

Sans elle, j’aurais marché plus d’une heure pour réparer mon pneu, le regonflant tous les 200m. Heureusement qu’elle a su garder la tête froide.

Je laisse désormais la pompe dorée dans une sacoche de Pimprenelle.

Pourquoi mettre du feel-good dans sa vie

Habitué.e de cette Tasse de Thé, vous avez remarqué le point commun à toutes les nouvelles que je publie chaque mois : le feel-good.

Pâquerettes et herbes fraîches dans un rayon de soleil : cliché feel-good de mon jardin

Ce mot à la mode a souvent une connotation péjorative. Des histoires faciles, sans réflexion profonde, déconnectées de la vie réelle. Des trucs gnangnan qu’on lit ou regarde pour se remonter le moral ou se vider la tête. A l’heure où les guerres rugissent à travers le monde, où la terre tempête sous la pression humaine, où la colère résonne dans des casseroles et où l’on pose des anti-vols sur de la viande, il peut paraître étrange et décalé de parler de feel-good.

Feel-goog n’a pas vraiment d’équivalent en français. Bien-être ? Bonheur ? Ça ne fonctionne pas très bien. Bon sentiment s’utilise au pluriel dans notre langue. Et les bons sentiments répugnent, surtout quand ils dégoulinent. « Les bons sentiments peuvent aujourd’hui épingler tour à tour la mièvrerie, la compassion dangereuse, l’illusion morale, le moralisme, la paresse intellectuelle, la rouerie politique » écrit Mériam Korichi dans son Traité des bons sentiments.

Seulement voilà, dans ma volonté de faire virevolter le quotidien, dans mon désir d’émerveillement, dans mon besoin d’enthousiasme, j’aime les rencontres qui font du bien. Ainsi, chacune de mes histoires raconte des vies qui s’emmêlent, des couleurs humaines qui se mélangent, créant une nouvelle palette de sentiments et d’expériences. Chacune.e y trouve de quoi s’enrichir. La rencontre amène questionnement et changement.

C’est seulement aujourd’hui que je réalise que c’est exactement ce que je cherche à construire avec Les Petites Cantines. Un lieu où les gens convergent, se découvrent, tissent des liens parfois improbables. Un lieu, surtout, où la confiance en l’autre est au cœur des relations. Un côté un peu utopique, presque naïf, qui rejoint mon obstination de feel-good.

Pourtant, c’est cet idéal qui me tient. Cette idée tenace que chacun.e a quelque chose à apporter. Que les parcours chaotiques donnent du relief aux vies lisses et bien tracées. Que de la rencontre de différents mondes naît le vrai sens de la vie. Faire ensemble. Être ensemble.

Pendant ces vacances en duo, Eglantine et moi avons regardé deux films qui tendent vers cet idéal. Maria rêve et Ténor. Dans le premier, une femme de ménage découvre l’art et l’amour, de l’autre et d’elle-même. Dans le second, un jeune rappeur de banlieue s’ouvre à l’opéra et à ses exigences.

Dans les deux cas, l’art les fait vibrer et provoque un changement chez eux en plus de la rencontre. Nous avons beaucoup aimé ces films parce qu’ils donnent de l’espoir. Pas celui des grands lendemain, plutôt celui des petites victoires de la vie, de l’humanité et du respect les uns des autres.

L’espoir des possibles. L’espoir de trouver sa place. Ce que je cherche aussi à travers l’écriture.

Or l’espoir n’est définitivement pas une paresse intellectuelle. Il demande même parfois de gros efforts pour s’y accrocher. Aidons-le en mettant un peu de feel-good dans nos vies.