Le foot du dimanche matin

Dimanche matin dans l’Essonne. Hortense et sa copine Chloé font des bulles à 11 mètres dans une fosse de plongée. En face de la piscine, un terrain de foot. Deux équipes, vingt-deux gars sur une pelouse au vert parfaitement synthétique. Boussy-Quincy reçoit le FC Massy. Ca court, ça crie, ça s’échauffe un peu. Il y a celui qui râle tout le temps et qui tombe au moindre contact en criant à la faute. Puis qui s’écarte, dépité mais fier, le torse bombé, Aldo Maccionne des terrains, l’esprit revanchard.

Il y a l’arbitre, barbe fournie de hipster, lunettes de soleil, bonnet rouge de grosse laine, dégaine et vitesse désinvolte d’un Big Lebowski. Une sorte d’ovni au ventre généreux.

Il y a des blancs, des noirs, des peaux mates, des barbus, des chevelus, des rastas, des chauves, des grands, des petits, des tout fins, des plus ronds, des bruns, des blonds et des poivre-et-sel. Les chaussettes montent jusqu’aux genoux. Bleu ciel pour les Massicois. Noires pour les Quincéens. Assorties aux maillots, élément fondamental de l’équipe, de son esprit, de son image.

Pour ces plus forcément tout jeunes, pas vraiment vieux non plus, qui ont tous gardé leur âme d’enfant face à un ballon rond, l’envie de gagner, l’esprit de la bataille, le plaisir de courir font tout le plaisir d’un dimanche matin doucement baigné d’un soleil d’hiver, sur un terrain détrempé par les pluies de la nuit.

Sur la touche, les entraîneurs invectivent, les remplaçants s’échauffent. Adossés aux barrières, les copains regardent et encouragent.

11h30. Le coup de sifflet final retentit . Les Vétérans D2 retournent aux vestiaires. Les pas sont fatigués mais, dans leurs têtes, le match n’est pas terminé. Un peu plus tard sur le parking, ils seront encore en train de refaire le match, animés de l’énergie de ceux qui sont persuadés de mieux faire la prochaine fois.

Désormais, le parking est vide et calme. Encore quelques minutes et j’irai récupérer les plongeuses.

Les petits triangles des vélos

Depuis le 1er février 2018, de petits panneaux triangulaires sont apparus sous les feux rouges. En leur centre, un vélo jaune et des flèches directionnelles indiquent aux cyclistes qu’ils peuvent avancer même si le feu est rouge. Pour eux, ce n’est qu’un céder le passage.

Dans la réalité, malheureusement, beaucoup de cyclistes partent du principe que tous les feux rouges sont, pour eux, des céder le passage. Ils les grillent donc allègrement. Obligeant, parfois, les piétons à retarder leur traversée pour ne pas se faire renverser. Certains ralentissent à peine au passage d’un feu rouge. Les piétons doivent redoubler de vigilance avant de s’engager alors que c’est vert pour eux.

C’est le cas sur la route principale, ancienne Nationale 20, qui traverse notre ville. Une grande ligne droite parsemée de feux, à peu près tous équipés des panneaux pour permettre aux vélos de ne pas trop s’arrêter. Nombreux sont les amis et voisins qui ont manqué se faire renverser.

Mais je suis aussi cycliste. Quarante kilomètres aujourd’hui à travers Paris. Une bonne ballade. Alors je suis heureuse de pouvoir au maximum passer les feux sans poser pied à terre quand les carrefours sont déserts. Quitte à me faire enguirlander par un couple très âgé qui s’apprêtait à traverser au rouge, alors que j’avais, moi, un simple céder le passage.

La plupart des gens ne savent certainement même pas que ces panneaux existent, notamment les automobilistes.

Comment leur en vouloir, cependant, quand je vois tous ces cyclistes qui zigzaguent dangereusement entre les piétons et les voitures alors qu’ils n’ont même pas le petit triangle magique ? Et plus on arrive au coeur de Paris, puis la densité des cyclistes augmente, chacun entendant être le premier de la file, trépignant pour passer plus vite, sans prévenir de ses mouvements et sans lumière.

Pourtant, tout pourrait être si fluide, si nous adaptions tous notre vitesse au nombre des personnes sur la piste. C’est mécanique, plus nous sommes nombreux, moins nous pouvons rouler vite. Même à vélo. Et si nous, cyclistes, respectons le code de la route, la circulation des deux roues, aussi, sera plus fluide.

D’un autre côté, dans un monde merveilleux, il y aurait moins de voitures. Elles n’auraient ainsi plus besoin de se garer en double-file sur les pistes cyclables et feraient peut-être attention avant de tourner en coupant la route d’un vélo, de nous doubler à toute vitesse dans une rue limitée à 30, d’ouvrir la portière sans regarder ou de s’engager dans un carrefour alors qu’elles ne peuvent pas vraiment avancer, bloquant ainsi toute la circulation.

Un jour peut-être…

En attendant, quel plaisir de lever le nez pour profiter de la beauté de la ville, même sous la grisaille hivernale. Traverser le quartier latin, Oberkampf et ses cafés tranquilles en milieu de journée, l’animation des Grands Boulevards et la Seine écoulant monumentalement sa nuée de bateaux Mouche.

Le lama qui crache sur un lotus poussant dans un pédiluve

Hortense a reçu pour Noël un nouveau jeu de société, Esquissé. Il s’agit d’une sorte de téléphone arabe croisé avec un Pictionary.

Chaque joueur note le mot qui lui a été attribué sur un carnet avec un stylo effaçable. Il passe le carnet au joueur suivant qui, lui, dessine le mot ou l’expression en question. Les carnets passent donc de joueur en joueur tous en même temps.

Au tour suivant, chacun doit écrire le mot ou l’expression qu’il devine à partir du dessin réalisé au tour précédent. Enfin, comme nous jouons à quatre, le dernier joueur écrit le mot ou l’expression qu’il pense être correcte.

Un mot, un dessin, un mot, un dessin, un mot.

Il s’agit à la fin de vérifier si le premier et le dernier mots sont identiques. Parfois, les expressions voyagent. Ainsi médaille d’or devient champion olympique pour redevenir médaille d’or par une heureux hasard des associations d’idées du dernier joueur.

D’autres fois, l’expression finale n’a ab-so-lu-ment rien à voir avec celle d’origine. Ainsi péter dans le bain est devenu un lama qui crache sur un lotus poussant dans un pédiluve. Voilà, voilà… Le quiproquo est né d’un robinet vite esquissé qui ressemblerait à une brebis.

Nous avons tellement ri que l’expression est désormais inscrite dans notre légende familiale.

Comment apprivoiser un chat

Plutôt pas mal cette petite journée de vacances en rab avant la reprise. Pour Hortense, ça a été l’occasion de terminer ses devoirs. Et de se rendre compte que, si je la houspille aussi souvent pour qu’elle se mette au travail régulièrement, c’est que nous souffrons, elle et moi, du même travers : une forte propension à la procrastination. Cet art subtil de repousser à plus tard.

Dans notre imaginaire, le temps s’étire à l’infini, accueillant sans réserve tous nos projets, toutes nos envies et toutes nos obligations. Il sera donc toujours temps de faire ça plus tard, se dit-on in petto face aux contraintes. Mais les dates limites dressent invariablement leurs herses acérées dans le moelleux de nos rêves d’infini, provoquant boules d’angoisse et sueurs froides.

Hortense a eu par le passé quelques rentrées difficiles, réalisant la veille au soir qu’un devoir n’était pas fait ou une leçon non apprise. Une fois, ce fût le matin même qu’elle réalisa qu’elle avait une évaluation qu’elle n’avait pas préparée.
Alors, je m’assoie avec elle autour de la grande table de la salle à manger. Je la laisse travailler à son rythme. Je suis disponible si elle a besoin de moi mais je lis ou écris de mon côté sans la déranger. Je lui demande juste si elle est certaine de ne rien avoir oublié.

Aujourd’hui, elle m’a avoué, après avoir terminé ses devoirs, qu’un poids venait de la quitter. Je voyais très bien ce dont elle parlait. Elle s’est serrée contre moi, rassurée de ne pas être seule à connaître cette culpabilité de la procrastination.

J’ai profité de ce moment de proximité pour relancer le sujet de la lecture. Hortense a toujours son caractère de chat à qui il ne sert à rien d’imposer quelque chose. J’aimerais qu’elle lise autre chose que ses mangas et ses webtoons. Qu’elle s’intéresse un peu au monde qui l’entoure. Alors, j’ai allumé mon ipad et affiché le dernier numéro de Topo. J’ai l’habitude d’acheter ce magazine chez le libraire et plusieurs anciens numéros traînent à la maison. Il traite de sujets d’actualité et de société très divers sous forme de bandes dessinées et se destine aux moins de 20 ans (mais on ne meurt pas instantanément si on le consulte après cet âge).

Je sais qu’Eglantine le lit avec plaisir mais Hortense m’a confirmé qu’elle ne le feuilletait jamais.

J’ai entamé un article sur le Qatar. Hortense n’était pas intéressée. Puis j’ai senti son regard se poser sur les dessins et les textes. Petit à petit, elle s’est plongée avec moi dans le reportage. Il faut reconnaître que le format BD de ce magazine est vraiment propice à la lecture.

Finalement, après le dîner, elle a terminé seule la lecture de l’article sur le Qatar et lu le sujet suivant dans la foulée.

Que ces instants sont précieux, ceux où l’on sent que la patience porte ses fruits, que bienveillance et compréhension apportent plus qu’obligations et contraintes. Et où l’armure de l’adolescente en pleine affirmation de soi laisse passer tendresse et complicité. De l’art d’apprivoiser un chat.

Bonne année 2023

Il faut choisir sa façon d’envoyer ses vœux. Les plus courageux restent des inconditionnels de la carte papier. Les mieux organisés ont fait imprimer les leurs depuis des semaines. Personnalisées avec des photos de famille. Les enfants à la plage cet été. Les sourires radieux. L’amour qui suinte. Le bonheur, le bien-être, l’aisance.

On choisir les timbres qui vont bien, on note l’adresse de sa plus belle écriture et on colle la belle étiquette avec son adresse au dos. Ça, c’est moi tous les ans. Ou disons plutôt que c’était moi tous les ans, avant. Sauf que je n’envoyais pas les cartes. Je m’arrêtais à la recherche des adresses postales. Voire je ne mettais pas les cartes dans les enveloppes. J’étais la seule à profiter de mes vœux.

Alors, comme beaucoup de nos amis, j’ai choisi la version numérique. Une photo de famille ou un petit montage avec des photos de chacun de nous. Des heures sur mon téléphone ou mon ordinateur à envoyer la fameuse image à toutes mes connaissances, en prenant soin d’y joindre un mot personnalisé. Parce que les messages groupés, ça manque un peu de chaleur, non ?

Aujourd’hui, Olivier m’a posé la question fatidique. On a une photo cette année ?

Non. Cette année je n’ai rien prévu. En tout cas pour le moment. J’ai commencé à envoyer mes petits messages chargés de joie, d’énergie et de sourires – tout ce que je souhaite à ceux que j’aime – mais je n’ai pas encore envisagé de mettre nos bouilles en scène avec des confettis dorés.

On est crevés ! Comme la moitié du pays, on enchaîne les virus d’hiver, des trucs qui n’ont pas forcément de nom mais qui vous laissent avec des cernes sombres et une peau blafarde. Même Mercredi Adams a meilleure mine que nous.

Alors, finalement, pour 2023 je vais avant tout nous souhaiter une bonne santé. Ça ne pourra pas faire de mal. Et avec ça, de la joie, des sourires et de belles rencontres, parce que voilà des choses simples qui font vraiment du bien.
A vous aussi, je vous souhaite santé, bonheur et réussite, paix, amour et sérénité. Parce que la vie n’est pas un livre de développement personnel aux couleurs des bisounours, on sait qu’on aura bien besoin les uns des autres pour surmonter les déceptions, les frustrations et les découragements qui nous étreindrons à un moment ou un autre. Alors, il sera bon de recevoir le message d’un ami, un smiley bisou ou un gif cucu qui nous amusera. Peu importe les sourires rayonnants – et culpabilisants – des vœux de janvier mis en scène sur nos réseaux sociaux

Le gratin de pêches d’Hortense

Découvrez le gratin de pêches d’Hortense. des pêches, du miel, de l’eau de fleur d’oranger, des pignons de pin, des amandes en poudre, de la gourmandise et beaucoup d’amour.

Il est encore possible d’acheter des pêches sur le marché. Ce sont les dernières de la saison. J’avais choisi des pêches jaunes à la peau douce et veloutée pour la recette d’Hortense. Elle l’avait repérée dans un de ces magazines de cuisine qu’elle aime feuilleter le soir dans son lit.

Pendant que je préparais le dîner, Hortense a entrepris de couper les pêches en quartiers. Les fruits étaient bien mûrs et elle n’a rencontré aucune difficulté à séparer la chair du noyau. Elle a réparti tous ses morceaux de pêche dans un grand plat à gratin ovale.

Puis elle a fait fondre à feu doux du miel et de la fleur de d’oranger dans une petite casserole. Elle n’a pas cessé de remuer jusqu’à ce que le mélange soit bien liquide. Elle l’a alors versé dans le plat en contrôlant que toutes les pêches étaient bien arrosées.

Enfin, elle a réparti des pignons de pin et des amandes en poudre sur ses fruits avant d’enfourner le plat. Le four était préchauffé à 180°. Elle a laissé cuire son gratin pendant 20 minutes.

Le résultat était délicieux, un mélange délicat des différents goûts, une ensemble très doux relevé par l’eau de fleur d’oranger.

Hortense n’a que 11 ans, mais elle s’affirme en cuisine. Pour notre plus grand plaisir !

Le gratin de peches d’Hortense

Envole-toi !

Aucune amélioration pour Eglantine en ce mois de mars. Mon Petit Oiseau ne vole pas. Pourtant, partout, la vie renaît dans des pépiements joyeux.

Et puis il y a la rentrée des vacances d’hiver. Ce moment où le temps s’accélère, où vient l’heure des comptes et du ménage de printemps. Ca y est, nous sommes en mars.

Dès janvier, c’était la rechute. La première absence au lycée ? Il y a un mois et demi. Seulement trois semaines après sa rentrée dans ce nouvel établissement. Auparavant, sept mois d’hôpital et deux semaines de vacances à Noël. Les douleurs d’Eglantine ont commencé depuis plus de deux ans. Nous sommes dans la troisième année.

Les comptes ont quelque chose d’effrayant. Ils ensevelissent toute trace d’espoir, ils sont lourds comme du plomb.

Où est passé février ? Caché sous les piles de certificats médicaux justifiant les absences. Allez, je vous en remets une semaine ? On ne va pas faire dans le détail. Après tout, c’est les soldes. L’énergie d’Eglantine s’est figée dans la neige qui a si bien tenue cette année.

Les vacances représentaient un dernier espoir, ténu comme les crocus qui pointent au cœur de l’hiver. Ajouter une semaine au grand air au bout du bout de la Bretagne n’allège pourtant pas les comptes. On ne compte plus les heures passées au fond de son lit. Dans les bons moments, elle s’allonge sur le canapé pour être un peu avec nous.

Le professeur A. constate. Il a beau être plus optimiste que nous, les comptes plombent. Mais Eglantine croit en cette rentrée de mars. Elle veut aller au lycée. La semaine prochaine, sûr, elle pourra y aller.

Qu’est-ce qui pourrait évoluer en une semaine se demande-t-on. L’espoir est comme un grain de sable sur une plage. Il se glisse dans le moindre interstice, gratte la peau, se colle à la moiteur de l’angoisse.

Alternance covid, les élèves se succèdent en cours par demi-classes un jour sur deux. Eglantine commence mardi à 10h avec l’histoire-géo. Les leçons ont pris la poussière pendant les vacances. A peine a-t-elle réussit à terminer un devoir maison en mathématique et à esquisser le plan d’un commentaire de texte. Une dynamique renaîtra-t-elle si elle réussit à assister à nouveau aux cours ?

Mardi matin, elle a trop mal. Mais cet après-midi, vraiment, elle assistera au cours de maths. Vouloir, croire, et ne pas pouvoir. Encore.

Je ne la force pas. Je la récupèrerais peu après au bureau de la vie scolaire pliée en deux sur une chaise raide, la tête posée sur ses mains, blafarde, à moitié allongée sur la petite table des visiteurs.

Dans la rue, j’ai les larmes aux yeux quand je croise des ados bras dessus-dessous. Rires entendus, regards complices, cheveux chauffés par le soleil, premiers pas vers une indépendance toujours plus proche.

Mes chers parents je pars,
Je vous aime mais je pars,
Vous n’aurez plus d’enfant
Ce soir
Je ne m’enfuis pas je vole,
Comprenez bien, je vole
Sans fumée, sans alcool
Je vole, je vole

Il faut écouter Eglantine chanter cette chanson pour comprendre comme elle lui va bien. Petite voix douce qui caresse les mots en s’accompagnant au piano.

J’aimerais tellement que mon Petit Oiseau volette à nouveau. Comme ces mésanges qui peuplent gaiement les arbres du jardin alors que le mirabellier se pare de petites fleurs blanches.

Mars, le printemps, la vie qui renaît. Envole-toi !

Prémices du printemps

Le printemps s’annonce dans les allées du Parc de Sceaux. Les bourgeons affleurent, les premiers pistils pointent, la verdure s’immisce entre les branches nues, les feuilles mortes et la terre humide.

Le printemps s’annonce dans les allées du Parc de Sceaux. Les bourgeons affleurent, les premiers pistils pointent, la verdure s’immisce entre les branches nues, les feuilles mortes et la terre humide.

Dès l’ouverture des hautes grilles à 8h, les joggeurs colonisent les allées en brassées joyeuses. On s’attroupe sous les frondaisons chauves, on s’étire en chœur sur les bancs de pierre, on se salue allègrement démasqués.

Vers 10h, le parc fourmille. Dès l’heure du déjeuner dominical, il foisonnera de ces milles vies heureuses d’humer l’air printanier des sous-bois et de pique-niquer sur les vastes prairies. Familles et amis partageront un verre, un jeu, une discussion. Tout ce qui peut alléger la lourde chape des contraintes sanitaires.

Je file.

Heures félines

Le matin, Maya partage un câlin avec Hortense. Avec moi, elle est nettement plus intéressée par mon petit-déjeuner.

Maya s’est installée sur mes genoux alors que je termine mon petit-déjeuner. Tous les matins, après avoir mangé ses croquettes, Django sort. Il utilise rarement la litière dans la maison. Il préfère la terre parfumée des jardins. A l’instar de tous ses congénères du quartier, il dépose régulièrement de petites surprises dans celui de la voisine. Et nous l’entendons râler copieusement aux beaux jours, quand ses petits-enfants marchent sur les nombreuses mines déposées par les chats.

Donc Django est dehors et Maya s’ennuie un peu. Le matin, elle est très joueuse. Elle commence généralement à asticoter Django quand il dort encore lourdement sur notre lit. Une joyeuse bataille s’engage et je les chasse au mieux pour qu’ils ne réveillent pas Olivier. Surtout en ces précieux dimanches de grasse matinée.

Django est dehors et il y a du beurre sur la table. Maya s’installe d’abord sur la chaise à côté de moi. Sa petite tête effilée pointe juste au niveau de la table. Rapidement, elle pose ses pattes sur le meuble défendu. Elle a compris que c’était interdit mais la tentation est trop forte. Ces miettes de pains et ce beurre tendre et odorant ouvert à portée de museau aiguisent sa gourmandise.

Je la repousse plusieurs fois. Elle tente une approche différente et se coule sur mes genoux en ronronnant. J’adore. Elle se laisse caresser en fermant les yeux de plaisir. J’exulte. Elle pose sa tête sur mon bras. Puis une patte. Puis deux. Et se hisse enfin dans une approche sans vergogne du beurre abandonné devant moi.

Je la repousse plusieurs fois. Elle se glisse dans mes caresses pour mieux tenter de nouvelles approches. Je profite de ce câlin intéressé. Quand je replie le beurre dans son papier, elle m’abandonne à la recherche d’un jeu dans le salon.

Pour les vrais câlins, il faut attendre l’après-midi. A l’heure de la sieste, à défaut de se laisser attraper, elle se laisse caresser. Si Eglantine se repose dans sa chambre, Maya s’installe volontiers à ses côtés.

Les câlins les plus sincères restent ceux qu’elle partage avec Hortense le matin. Quand je vais la réveiller, Maya me suit infailliblement. Elle bondit sur le lit, le laboure consciencieusement en ronronnant et finit invariablement par s’installer contre la tête d’Hortense. Encore immergée dans son sommeil, Hortense peut alors passer son bras sur la petite chatte et glisser son nez dans la douce fourrure de Maya. Ses rêves se fondent dans le félin devenu peluche et la réalité d’une nouvelle journée prend forme au coeur des ronrons veloutés.

Hortense et Maya au réveil

Le réveil idéal pour une jeune fille qui aime tant les chats.

En route pour décrocher la lune

Première journée au lycée après deux ans de maladie.

Le sapin brille encore dans la pénombre du salon. Dehors, le thermomètre dépasse à peine le zéro. Dans quelques minutes, Eglantine va prendre son vélo pour se rendre au lycée. En attendant, elle travaille un morceau d’Erik Satie pendant que les chats se courent après dans le salon.

Elle s’arrête deux minutes et passe de nouveau en revue ses cours de la journée. Deux heures d’histoire-géo en 303, déjeuner, sport, une heure de perm, puis une heure de maths. « Je sors à 17h20 ! ». Ses mains s’agitent. L’anxiété.

Elle retourne décharger ses émotions sur le piano. « Mes chers parents, je pars »… Les notes résonnent paisiblement.

Dernière vérification du sac. Elle a ses masques pour la journée. Sa carte scolaire avec laquelle elle accèdera aussi à la cantine. La clé de la maison et celle de l’antivol de son vélo.

Bottes chaudes, gants, bonnets, phares allumés, elle tire le portail qui grince et enfourche son VTC.

Nous sommes mardi matin, il est 9h45 et elle a disparu derrière la haie en un clin d’œil.

Elle n’est pas allée au lycée la veille. Les cours ont lieu en demi-groupe. Cette semaine, elle ne va en classe que mardi et jeudi. La semaine prochaine, ce sera lundi, mercredi et vendredi. Sur l’emploi du temps numérique qu’elle consulte grâce à l’ordinateur fourni par la région à tous les élèves de seconde, le reste des cours est notifié « à la maison ».

Lundi matin, nous nous étions préparés à une somme de travail conséquente à faire toute seule. Je gardais en tête les nombreuses tâches confiées par la maîtresse d’Hortense lors du confinement de mars-avril l’année passée. J’avais donc motivé Eglantine pour qu’elle se mette au travail aux horaires prévus par son emploi du temps, tout en prévoyant des pauses généreuses entre deux matières, soupçonnant qu’elle irait assez vite. En réalité, les professeurs donnent très peu de travail aux élèves à domicile. En moins de trois heures, Eglantine avait bouclé sa journée de lundi.

Quant à mercredi, ce sera encore plus simple. Les professeurs ne demanderont aucun travail.

Pour l’heure, cette journée de mardi est importante. C’est la première vraie journée de cours d’Eglantine. Elle n’est plus en visite. Elle est désormais une élève à part entière. Ca n’est pas arrivé depuis bien longtemps.

Le jour décline. Je guette impatiemment son retour. J’ouvre la porte de la maison alors qu’elle n’a pas encore attaché son vélo. Elle n’est pas essoufflée comme lors de sa journée d’adaptation en décembre. Mais elle panique car elle ne trouve plus ses clés. Impossible de la détendre jusqu’à ce que nous mettions la main dessus.

Elle n’a pas encore trouvé sa place dans sa classe mais apprivoise doucement le lycée. Une amie d’amie est dans la même classe qu’Eglantine et elles sont en contact par téléphone. Malheureusement, elles ne sont pas dans le même groupe. Heureusement, les cours de sport sont en classe entière et elles ont pu se voir. Eglantine a aussi croisé un camarade des scouts qui est en première. Il lui faudra un peu de temps pour se créer un réseau mais elle a déjà commencé.

Bien sûr ses ami-e-s de Sainte-Marie lui manque et il est difficile d’arriver en milieu d’année. Sa classe se semble pas avoir un très bon niveau et elle s’ennuie déjà en mathématiques. Cependant, nous espérons que cette rescolarisation en douceur la conduira vers de nouveaux projets.

En route vers la lune
En route vers la lune ?

Nous sommes mercredi soir. L’ENT (espace numérique de travail) est en panne mais Églantine se souvient globalement des cours qu’elle aura demain. Son sac est prêt pour sa deuxième journée au lycée.