Le grand bleu d’Hortense

Un mercredi matin sur deux, Hortense a un DST (devoir sur table) pour s’entraîner aux épreuves du brevet. La semaine dernière, elle a planché sur l’histoire-géo. Dès son retour du collège, nous avons bouclé son gros sac de plongée, direction la Gare de Lyon, Perpignan, puis l’Espagne.

Combi 7 millimètres avec cagoule, tee-shirt Néoprène fin en dessous pour plus de chaleur (eau prévu à 14°…), gants et chaussons en Néoprène. Nouvelles palmes qu’elles pouvait chausser avec ses chaussons. Gilet stabilisateur. Détendeur. Son sac de plongée était bien plein.

Quatre jours sans nouvelles de sa part. Elle était heureuse. Plongée matin et après-midi comme elle a déjà son niveau 1. Des copines, des copains et les bénévoles super compétents de son club de plongée pour encadrer la joyeuse troupe.

Le président du club nous a donné quelques nouvelles pendant le séjour. Hortense se débrouille très bien en plongée. Elle suit bien les consignes. Un petit mal d’oreille à un moment qui l’a obligée à remonter en surface.

Et puis enfin, ce soir, les premières photos des plongeurs équipés d’appareils adaptés. Ce sont celles de Franck. Des vidéos aussi. On reconnaît Hortense au trait jaune sur sa cagoule, à l’élastique turquoise de son masque et à ses palmes bleues. Sinon c’est compliqué de reconnaître des visages déformés par les détendeurs et les masques.

Visionnage en famille avec les commentaires enthousiastes d’Hortense, ravie de retrouver en photo les merveilles qu’elle a croisé dans les eaux espagnoles.

Du coup, j’ai montré à Hortense ce superbe documentaire d’Arte, Méditerrannée, la face immergée des volcans. Elle a été impressionnée par la baudroie énorme que les plongeurs croisent au pied d’un volcan. Mais elle avait les yeux qui brillaient en regardant le reportage.

« Maman, t’es sûre que tu ne veux pas faire un baptême de plongée ? »

Brins de nature

Ce lundi, mes photos se baladent sur les trottoirs, débordent des grillages, projettent leurs ombres sur les murs. J’aime cette poésie éphémère du coin de la rue.

Village nature

Deux jours sur un stand au Village Nature organisé par notre ville avec les Petites Cantines. Inventer des jeux sur l’alimentation durable, ressortir le bon vieux panier garni (en alimentation durable avec du bio, du vrac et du local !), cuisiner un millier de cookies dans une ambiance détendue et solidaire, croiser des sourires, répondre à des questions étranges, découvrir des gens fabuleux, partager des idées, refaire le monde, embellir la vie, multiplier les rencontres autour de l’alimentation durable.

Deux jours de richesse humaine en répétant en boucle son pitch sur les Petites Cantines. Accueillir de nouvelles bénévoles. Retrouver de vieilles connaissances. Découvrir de belles personnalités.

Dix jours de préparation. Deux jours non stop sur le stand. Le bruit de la scène où s’enchaînent les spectacles de danse de tous les centres de loisir.

Ambiance joyeuse et pleine de vie comme je les aime.

Mes yeux se ferment. Mes rêves s’envolent. La fatigue me terrasse.

Toujours à la recherche d’un équilibre.

A fleur de papier

J’aime le papier. Caresser les pages d’un livre. Effleurer un grain épais. Glisser sur un papier glacé. Plier un journal. Froisser un brouillon. L’odeur gourmande d’un livre neuf. Les pages jaunies d’un vieux livre de poche. Le papier bible des livres denses. La tranche cassée d’un livre plusieurs fois lu. Le brillant du papier photo. Jusqu’à l’amoncellement coloré des publicité dans la boîte aux lettres.

Je garde beaucoup de papier. Les livres s’amoncellent. Les magazines et les journaux. Des catalogues publicitaires. Des plans. Des brochures. Des cartes postales. Des tickets de parking. Des tickets de métro. Des papiers cadeaux. De vieux emballages.

Oui, le sous-sol au plafond bas et aux fenêtres étroites pprqui me sert d’espace créatif est un joyeux capharnaüm où s’entassent des trucs et des bidules, des tubes de peinture et beaucoup de papiers.

Pour calmer mon esprit ces derniers jours, je me suis enfin assise derrière la table encombrée. J’ai pris des ciseaux, de la colle et un pinceau. Et j’ai commencé à coller un peu au hasard des morceaux de papier sur le dépliant promotionnel d’une multinationale française d’ingénierie, conseil en technologies et services du numérique.

L’arbre est une femme
Collage, encre et acrylique.

Faire disparaître les chiffres et les infographies sous des morceaux de roman et les papiers colorés de catalogues publicitaires pour des vêtements et des décoration pour la maison. Construire un nouvel univers, vibrant, onirique, ouvert. S’offrir une respiration. Déployer un ailleurs inconnu avec des bouts de papier et quelques touches d’encre et de peinture.

Un besoin qui revient régulièrement ces derniers temps. Comme lorsque j’ai créé des fleurs à partir d’un livre de poche défraîchi que j’étais certaine de ne jamais relire. Deux semaines que mon bouquet de papier égaye ma maison sans flétrir.

Mon collage, lui, gondole un peu – la brochure au bleu glacé n’a pas bien supporté l’humidité de la colle. Il a pour moi le relief de ces vies qui se réinventent sans cesse.

Passer ma main sur les creux et les bosses. Sentir les bords du papier découpé sous la pulpe de mes doigts. Le papier a définitivement quelque chose de charnel qui me fait palpiter.

Souquer vers le bonheur

Lors d’une conversation avec Eglantine, elle défendait son point de vue sur le bonheur comme étant un état stable. Or, le bonheur semble être ce que tout le monde cherche, un but ultime, mais impossible à atteindre.

Je suis plutôt partisane d’un bonheur éphémère, qu’il soit fulgurant ou un peu plus tenace. Il n’est pas destiné à durer. Je suis ainsi capable de passer au cours d’une même journée d’un état de bonheur intense à un abattement profond.

Je me dis alors que je trouverais le bonheur si j’étais un peu plus dorlotée, si quelqu’un d’autre préparait le dîner, si je trouvais le frigo plein et un bouquet de fleurs sur la table, si… Mais l’expression populaire le dit bien, avec des si, on mettrait Paris ne bouteille.

Or, vivre dans une bouteille, c’est se cogner rapidement contre des parois invisibles et infranchissables. Pas toujours facile d’abandonner les si pour se contenter de ce que l’on a. Ca demande un effort, une exploration intérieure et une remise en question de ses certitudes.

Alors, pour prendre un grand bol d’air, et retrouver ces moments de bonheur qui me font vibrer, j’ai eu besoin de faire le vide ces derniers jours. De ne pas m’occuper des petits besoins de chacun, de lâcher prise sur les envies personnelles des autres pour me concentrer un peu plus sur les miennes.

Peut-être va-t-il falloir faire de nouveaux choix, redéfinir des priorités, pour ne plus être submergée par les grandes marées des to-do list ?

Je cherche encore cet équilibre, souvent précaire, généralement instable, que l’on appelle bonheur. Cette île salvatrice où faire une pause nécessaire. En attendant, il faut souquer.

Savoureuse sculpture

Un article dans M, le magazine du Monde. Un titre, Soleil VERT. De la lumière, de la chaleur, de la couleur. Mon envie de lire est immédiate. Fabien Vallos y partage une recette de cuisine. Les artichauts à la barigoule.

Les cuistots amateurs iront chercher ingrédients et préparation dans le magazine. Moi, j’ai particulièrement aimé découvrir le parcours et les idées de ce monsieur.

Déjà, pour vous donner une idée du personnage, quand j’ai googlelisé son nom, les réponses étaient aussi multiples que des variétés de pommes. Philosophe / auteur / théoricien et professeur de philosophie en écoles d’art / gastronome érudit / artiste / éditeur / traducteur / commissaire d’exposition / docteur à l’université. Un véritable slasheur de l’esprit et du palais.

Surtout, j’ai beaucoup aimé son discours sur « l’accueil à travers la nourriture ». C’est un tel écho à notre projet de Petites Cantines ! Je le cite : « on se rencontre autour d’une table remplie, puis on apprend à se connaître et on discute. »

Il parle aussi de « sculpture sociale » pour les banquets qu’il a organisé avec ses étudiants. « Que l’on vive un moment ensemble, aussi bien dans sa création que dans son partage ». Quand je vous disais hier que la rencontre apporte de la richesse. J’aime beaucoup cette idée de sculpture sociale autour de la cuisine. Chaque repas devient une œuvre éphémère au souvenir tenace.

Certes ma rencontre avec Fabien Vallos est à sens unique. C’est le problème du papier. Il n’est pas très interactif. Mais cette idée de sculpture sociale m’accompagnera désormais. Elle est venue enrichir mes propres réflexions, nourrir mes envies et conforter mes observations. Ajouter un rayon de soleil dans mon univers. La lumière, encore, toujours.

Pour en savoir plus sur la gastronomie de Fabien Vallos :
– L’article du Monde, Fabien Vallos : « Ce que j’aime surtout en mangeant, c’est sentir une intensité gustative, alliée à une technique et un récit » (en ligne, le titre Soleil VERT a disparu…)
– Son site devenir-dimanche.org, avec les 2500 recettes méditérannéennes recueillies à travers voyages et travaux de recherche
– Sa page Instagram Devenir-Dimanche (@fabienvallos)

Et la lumière fût

La rencontre, c’est une lumière un soir d’orage. Quand le ciel est sombre, menaçant, bas, électrique. Un sourire, quelques mots, une main posée sur la sienne. Et c’est l’éclaircie.

La rencontre est toujours inattendue, généralement bienvenue, souvent enrichissante.

Préparation des lumières au théâtre

La rencontre peut se provoquer. C’est d’ailleurs l’objectif que nous visons aux Petites Cantines à travers la cuisine et les repas partagés. Cependant, cela n’empêche jamais la surprise de l’imprévisible. Car la rencontre nécessite une écoute mutuelle dans laquelle naît une infinité de possibles. Personne ne saurait les prévoir.

Et c’est à travers cette imprévisibilité que celles et ceux qui la vivent trouvent une richesse partagée. Bien sûr, les mauvaises rencontres existent. Heureusement, elles sont minoritaires. Dans la plupart des cas, les rencontres sont positives. Découvrir l’autre, c’est découvrir une part de soi-même. Agrandir son cœur, étoffer sa curiosité, développer ses sens, accueillir l’altérité, fertiliser ses qualités. La liste des bienfaits de la rencontre pourrait s’étirer sur des pages.

Grâce à cet enrichissement réciproque, la rencontre est bienvenue. Elle bouscule parfois. Elle dérange. Elle prend du temps. Elle demande de l’énergie. Mais quelle joie quand on la vit ! Des portes s’ouvrent, des idées jaillissent, des perspectives se dégagent.

Cette semaine était un peu triste. De l’abattement. Des questionnements. Un peu d’angoisse. Un ciel bouché. Puis, une rencontre. Une conversation. Une réflexion. Une rêverie. Un enthousiasme. Et c’est un soleil dans le cœur.

Je rentre d’une folle journée mixant mon travail au théâtre et mon engagement aux Petites Cantines. Les rencontres se sont multipliées. On peut y voir des signes. Dieu. La chance. Chacun a son interprétation.

Ce soir, je n’ai qu’une certitude, c’est dans la rencontre que naissent les plus belles pensées.

Retour de Turquie

Ils sont rentrés lundi, l’air un peu groggy par le réveil trop matinal et le trajet en avion, les valises pleines de gourmandises et de souvenirs. Olivier et Hortense ont laissé les immeubles colorés d’Istanbul pour la grisaille parisienne, les petits déjeuners pantagruéliques pour une tasse de thé avec une tartine.

Il nous a fallu retrouver un rythme à quatre temps alors que tout le monde a replongé dans le grand bain ou, plutôt, alors que tout le monde a repris son train à grande vitesse.

On passe les lessives qui s’entassent pour se réjouir en mangeant un loukoum sous l’œil bienveillant d’un porte-bonheur. On s’enthousiasme des tulipes peintes à la main sur des céramiques traditionnelles (merci Yesim !). Surtout on se régale de ces noix vendues sur des ficelles, enrobées de mélasse de raisin qu’Eglantine attendait avec tant d’impatience. Même si elle trépignait encore plus à l’idée de sa livraison de nombreuses bobines de coton pour crocheter frénétiquement.

Un des meilleurs souvenirs des vacances turques d’Olivier et Hortense restera les glace dégustées sur les rives du Bosphore. Ils marchaient 1,5 km depuis la maison de Yesim pour rejoindre l’arrêt du vapür (le bateau bus), se rendaient en bateau sur la rive européenne et marchaient encore 1,5 km avant de déguster, enfin, leurs glaces chez leur marchand préféré. Ils rentraient par le même chemin, en fin d’après-midi. 6 km à pied et 2 continents, le Bosphore et la magie d’Istanbul pour un cornet face à la mer.

Il existe comme ça des moments qui marquent par le charme de leur simplicité.

Paris – Tokyo dans un bol de soupe

Il existe un endroit à Paris qui permet de se rendre directement au marché aux poissons de Tokyo. Les voyageurs patientent sur l’étroit trottoir à quelques pas de la Comédie Française. Quand une table se libère enfin, il vous suffit de passer la porte pour vous retrouver au milieu des cagettes de polystyrène débordant de poissons et autres crustacés dans de la glace pilée.

Le sol brille d’humidité. Les vendeurs portent des bottes en caoutchouc blanches assortis à leurs grand tabliers. Des sacs en plastique pendent au plafond, des balances ponctuent les étals au milieu des affiches en japonais et des prix en yen.

Vous entendez les cris des vendeurs, les moteurs des camions qui viennent livrer ou s’approvisionner, le brouhaha de l’animation quotidienne du marché.

Gyoza, edamame, shoyu ramen de sardine ou chintu de dorade royale. La carte est alléchante. Les odeurs de poisson en provenance de la cuisine ouverte aident à parfaire le dépaysement de ce restaurant japonais parisien.

Les points négatifs

L’attente… Comme j’avais crevé Porte d’Orléans, nous sommes arrivées à 12h30, certainement le pire moment pour obtenir une table. Nous ne nous sommes assises qu’à 13h30. Certes, le système de file d’attente virtuelle est pratique. Il suffit de scanner le QR code à l’entrée et vous recevez un sms quand c’est à votre tour. Vous avez alors dis minutes pour rejoindre votre table. Ca vous permet normalement de faire un tour dans le quartier. Pourquoi pas se poser sur un banc au Palais Royal ?

Eglantine et moi sommes allées faire un tour à l’exposition du moment au Drawing Lab, de l’autre côté de la rue. Et nous avons choisi de boire un verre au bar de l’hôtel, calme, préservé du tumulte de la rue, ouvert sur un jardin intérieur.

La crevaison puis cette longue attente avaient déjà bien entamé nos forces. Si bien que nous avons eu un peu de mal avec l’ambiance sonore du restaurant, hyper saturée en sons divers entre les conversations des clients, la bande-son du marché et les cris que lançaient les cuistots quand un plat était prêt.

Nous sommes parties au plus vite une fois nos ramens terminés.

Les plus

L’ambiance extraordinairement bien recréée par des professionnels des décors de théâtre et de cinéma. Le sol aurait été moulé sur l’original au marché aux poissons de Tokyo. Une expérience unique et époustouflante.

L’adresse

Kodawari Ramen – Tsukiji
12 rue Richelieu
75001 Paris

Ça ouvre à 11h45. Et si vous n’avez pas de problème de pneu Porte d’Orléans, c’est mieux d’arriver tôt.

Bulle de poésie

J’aime la pluie quand elle s’arrête. L’odeur de la terre humide, le fameux pétrichor. Les gouttes retenues sur les feuilles se gonflent de lumière. L’eau devient joaillerie. Ce sera ma photo de ce lundi.

Pour prolonger la poésie de la rencontre de l’eau et du soleil, je vous propose d’écouter Abel Selaocoe, un violoncelliste et chanteur sud-africain qui mélange musique africaine et musique baroque. Je l’écoute souvent quand j’ai besoin de me créer une bulle.

Bulle de poésie. Bulle d’eau. Eau de pluie.