Zizi Cabane, lecture au son du ruisseau

Quel drôle de titre, me suis-je dit quand j’ai découvert ce livre parmi ceux que Chantoune avait sorti de sa valise. Quelles jolies couleurs aussi. Une femme allongée, les yeux fermés – est-elle morte ou endormie ? – des cheveux corail, le frottement d’une aile, le flottement des feuilles. Le camaïeu de bleus et de noirs très doux rappelant l’univers de la nuit ou celui des profondeurs océaniques est barré d’un large bandeau rouge « ZIZI CABANE / LE ROMAN ÉLU PAR LES LIBRAIRES ».

Je ne divulgache rien du roman de Bérengère Cournut en vous expliquant le titre puisque le mystère est élucidé dans les premières pages. Dans ce livre, les noms de baptême ne sont pas les plus utilisés. Seule Odile, la mère, garde le nom qui lui a été donné à la naissance. Le père a choisi de s’appeler Ferment – prénom qui dénote cette volonté de vie qui se retrouvera tout au long du roman.

Les deux premiers enfants d’Odile et Ferment sont des garçons. Les parents délaissent rapidement les prénoms officiels pour ceux choisis en fonction de leur relation avec l’enfant. Ainsi, l’aîné passe de Martin à Béguin car ses parents sont fous de lui. Et le deuxième s’appellera Chiffon tellement il a besoin de ces bouts de tissu pour se sentir bien. Pour Zizi Cabane, j’ai tellement ri à l’imagination de l’autrice que j’en rapporte directement ses mots.

Mon père et ma mère m’ont ramenée à la maison en m’appelant « bébé », puis ils ont attendu que ça vienne. En vérité, ça n’a pas tardé : au premier bain dans le lavabo de faïence, à hauteur d’yeux de Chiffon, mon frère a demandé : « Pourquoi il est cassé, le zizi de ma sœur ? » Mama est entrée en fureur. « Mais enfin, il n’est pas cassé ! Qu’est-ce que tu t’imagines, espèce d’enfant aveugle ? » Mon frère a dit : « Si, regarde, il est cassé… Il n’y a rien à tirer. » Mon père a ri, Odile a pris le temps d’expliquer : « Alors, les garçons. Vous avez, c’est vrai, un zizi qui peut viser, se dresser et s’affaisser dans un frisson… Pour vous flatter, appelons-le zizi totem. Mais les filles, voyez-vous, ont un zizi, elles aussi. Un zizi plus mystérieux… caché là, dans un pli, et que vous comprendrez un jour autrement qu’avec vos yeux. D’accord ? » Béguin ricanait un pu, mais chiffon a dit d’un ton blasé : « Un zizi cabane, quoi… » Personne n’aurait trouvé mieux : ni plus vrai, ni plus joyeux. C’est ainsi que je suis devenue la première, la seule, la vraie : Zizi Cabane. 

Le ton du roman est donné : inventif, frais, imaginatif, onirique, fabuleux. Loin des sentiers battus. Lorsque la mère disparaît sans laisser de traces chacun.e comble son absence à sa manière. Le temps s’écoule, les sources jaillissent, la terre se découvre, s’écoute. La nature est un personnage à part entière. Cette histoire coule avec la légèreté d’un ruisseau de montagne. Ce qui tombait à pic étant donné que je l’ai lue avec le bruit de l’eau qui s’écoulait dans les rues du village.

Que transmet-on à nos enfants ? Telle est la grande question de ce livre pour moi. Comment se construisent-ils ? Comment apprendre à les laisser partir. Comment laisser leur imagination s’épanouir pour construire leur vie. Les étreindre sans les contraindre, être présent tout en laissant la place. Telle l’eau qui murmure à travers les pages du livre.

Ce livre est l’histoire d’un envol, celui de Zizi Cabane. Ce livre est une fable, un conte qui offre au lecteur une indéniable force vitale.

J’ai eu parfois les larmes aux yeux. De joie et d’émotion. De beauté et d’apaisement. J’ai été bousculée par le style, interrogée par la narration – mais où l’autrice voulait-elle en venir ? – comme quelqu’un qui essaye désespérément de contenir un cours d’eau. Mais lire ce livre, c’est s’embarquer sur une coque de noix sans rame ni moteur et se laisser aller au fil de l’eau en faisant confiance à la poésie.

Je reviens, pour boucler ce billet, sur la magnifique couverture du livre. Il s’agit en réalité d’une fresque d’Astrid Jourdain que l’on peut découvrir en dépliant complètement la couverture du livre.

  • Bérengère Cournut, Zizi Cabane, éd. Le Tripode, 256 p., août 2022

Pour changer de la randonnée

A la montagne, en été, la randonnée est reine. Grosses chaussures, bâtons, casquette et indispensables réserves d’eau, les marcheurs s’engagent à l’assaut des pentes rocailleuses par petites grappes confiantes. Cartes papier à l’ancienne ou GPS ultrasophistiqués, applis pour choisir son itinéraire en fonction de la durée et de la difficulté (pour nous, c’est Visorando)… Chacun.e part à la découverte d’un univers singulier et finalement méconnu. Chaque lacet est l’occasion de s’enthousiasmer, que ce soit pour une plante, une vue, le dessin de la roche, une marmotte ou la capacité de son propre corps à aller jusque là.

La montagne estivale offre toute une palette d’activités en dehors de la randonnée.

Le parapente

Grâce à Eglantine, le parapente occupe amplement nos pensées et notre temps. Même si c’est elle qui passe le plus de temps avec sa voile, il faut l’emmener aux rendez-vous particulièrement matinaux de son école. Quand nous sommes au sol, Eglantine ne peut s’empêcher d’étudier le comportement des parapentes naviguant au-dessus de sa tête. Elle analyse le mouvement de la voile, décortique la trajectoire, émet des hypothèses de vol.

Quant à Olivier et Hortense, ils se contentent d’un vol en biplace vers le col de Galibier. Les émotions du vol sans l’apprentissage technique. Cette année, ils ont décollé tirés par un treuil. Je m’étais installée un peu plus bas pour voir la voile surgir derrière le relief dans la lumière douce de la fin de journée. Magique.

Quand la fatigue se fait sentir ou que l’envie de marcher plusieurs heures dans la montagne n’est pas au rendez-vous, la montagne offre encore de nombreuses alternatives, notamment pour Hortense.

La tyrolienne géante

Un peu plus d’un kilomètre de longueur, trois cents mètres de dénivelés dévalés en une petite minute. Rapide mais intense. Sensations garanties. Un incontournable chaque année à Serre Chevalier Vallée.

Le Mountain Kart

Pour dévaler la montagne sur un petit bolide à trois roues, gros pneus pour ne pas trop déraper, casque sur la tête, le nez dans la poussière, les fesses dans l’eau à la traversée des torrents. Pas besoin de moteur, la pente se charge de tout. Hortense et Olivier se sont bien amusés avec Hermione et Gilles.

L’Aqua Park

Le covid en montagne, c’est vraiment pas drôle. Car il faut un peu de temps avant de retrouver son souffle et reprendre la randonnée. Gilles, le copain d’Olivier avec qui nous passions nos vacances, a donc opté pour une journée au lac de Serre-Ponçon. Serviettes de plages et jeux gonflables pour s’amuser sans trop s’essouffler à l’Aqua Park. Nous n’avons pas testé – ce jour-là nous marchions au milieu des marmottes vers le col d’Arsine – mais ils sont revenus souriants, détendus, avec de belles couleurs/

L’accrobranche, avec catapulte et airbag

Hortense y est retournée avec son amie Hermione avant que celle-ci ne reparte avec son papa vers la Bretagne. Toujours le plaisir des sensations fortes avec la catapulte avec un très beau saut sans vriller en arrière. Beaucoup de transpiration sur les parcours dans les arbres – mais qui a eu l’idée de mettre un vélo là-haut ?! Et de grands éclats de rire partagés.

Le luge tubing

Toujours à la montagne mais un peu plus bas puisque nous voilà cette fois-ci sur les hauteurs d’Aix-les-Bains, au Revard. Au loin le Mont-Blanc, la tête dans les nuages. Une vue imprenable sur le l’immensité du lac du Bourget. Le ciel est couvert, la chaleur un peu lourde, mais un p’tit vent frais souffle en haut du Revard quand les filles s’installent pour la première fois dans leur grosse bouée renforcée d’un coque rigide. Deux pistes, l’une enchaîne plusieurs virages sur toute la longueur. Ça tourne et ça descend vite. L’autre piste , plus courte, se termine par un saut en hauteur et un atterrissage sur l’immense airbag gonflé en-dessous.

Les passerelles dans les arbres

De l’autre côté du lac se dresse la Dent du Chat. La légende parle d’un pêcheur qui n’aurait pas respecté sa promesse, d’un chaton noir devenu énorme et terrifiant, qui sera finalement abattu et laissera un de ses crocs planté dans la montagne en tombant dans le lac. Jolie ballade sur la crête, sous les arbres, pour aller jusqu’à la table d’orientation – l’ascension de la Dent du Chat s’adresse à des montagnards bien plus expérimentés que nous.

La Dent du Chat

Pendant ce temps, Eglantine et Hortense ont découvert la légende de la Dent du Chat à travers une sorte de chasse au trésor sur un parcours dans les arbres. Pas de harnais comme à l’accrobranche, mais des passerelles souples et des filets tout en sécurité pour un parcours accessible à tous.

Photo du site du Lac du Bourget

Autant d’activités pour vivre la montagne autrement. Je suis épatée par l’imagination de ceux qui inventent, importent, installent ces structures.

Personnellement, j’apprécie plutôt une randonnée tranquille dans la lumière dorée du matin ou du soir, un pique-nique sur une crête et une sieste au-dessus de la vallée.

Plumetis de lumière

Les vacances sont presque terminées et je reprends le rythme du blog avec la photo du lundi. Celle-ci a été prise dans la lumière dorée du matin, au bord d’un chemin entre le col du Granon et celui de l’Oule. A l’heure où le soleil paraît au-dessus des crêtes et où ses rayons semblent transpercer la montagne.

Alors que le Covid a suspendu la vie de la maison pour quelques jours, je profite du départ matinal d’Eglantine à son stage de parapente pour une balade solitaire sur les hauteurs de la vallée. Seules quelques véhicules sont déjà garés au pied de la buvette. Ses volets sont encore fermées. Deux jeunes couples se préparent à l’arrière d’une voiture voisine. Je les laisse partir devant moi.

Quelques nuages soulignent les étendues de rocaille verdoyante, contrastant avec la dentelle des sommets bleuissant dans le lointain. Au bord du chemin, les herbes des montagnes pointent leurs fruits vers le ciel. La nature a abandonné les couleurs vives des kyrielles de fleurs printanières pour la finesse, la délicatesse et la discrétion estivale.

Les houppes blanches et soyeuses des linaigrettes ondulent légèrement dans le vent tandis que des drôles de fleurs capturent le soleil dans leurs grands filaments plumeteux. Je sais désormais qu’il s’agit du fruit de la Benoîte des montagnes, un akène poilu qui remplace à cette saison sa petite fleur jaune vif.

Dans le contre-jour du soleil, elles évoquent une féérie matinière, l’envol merveilleux d’êtres surnaturels, un moment suspendu au creux de la montagne.

Ces plumetis de lumière ne sont qu’un détail face à la majesté des sommets qui nous entourent mais ce sont eux, justement, qui m’émeuvent le plus.

Quand Eglantine s’envole

6h06 – Quitter la maison

Le village dort encore. De gros nuages gris plombent la vallée. Eglantine a rendez-vous au rond-point de Chantemerle pour rejoindre le col du Granon avec son école de parapente, Émotion Air.

6h24 – Le ciel prend des couleurs

Eglantine a rejoint son groupe de parapentiste dans la camionnette de l’école. Chantoune et moi les suivons avec notre voiture. Objectif : assister au décollage.

6h58 – Atteindre la zone de décollage

La procession des parapentistes, voile et sellette sur le dos, gravit les derniers mètres jusqu’à la zone de décollage. Le temps de prendre nos sacs à dos dans le coffre et nous prenons le même chemin qu’eux.

7h08 – Déployer les voiles

Chacun, chacune déplie sa voile sur l’herbe courte du col du Granon. Le vent monte de la vallée. Nécessaire pour le parapente.

7h13 – Changement de vent

Le vent a tourné. Tout le monde attend le retour de la bise montante pour décoller. Le parapente, c’est aussi une histoire de patience. Choisir les bonnes conditions pour réussir son décollage et son vol, c’est aussi savoir attendre le bon mouvement d’air.

7h15 – Attendre encore

On patiente encore. Le soleil effleure les sommets. Au loin, au fond de la vallée, Briançon se réveille.

En face de nous, les Écrins. Malheureusement, les glaciers fondent d’année en année.

7h40 – Premier décollage

Guidée par la radio, Eglantine décolle pour la première fois du col du Granon. L’année dernière, terrassée de fatigue, elle avait préféré ne pas décoller plutôt que de prendre des risques. Cette année, elle s’envole pour 20 minutes de bonheur avant d’atterrir 1100 mètres plus bas.

7h52 – Déplacer la voiture

Maintenant qu’Eglantine est partie, nous allons garer la voiture sur le parking du col. Le monospace familial n’apprécie que modérément le chemin de pierres mais il nous fallait suivre la camionnette des parapentistes pour connaître l’emplacement du décollage.

8h20 – Randonner par monts et par vaux

Il n’y a pas réellement de sentier qui mène à la zone de décollage. Nous ne souhabitons pas emprunter le chemin de pierres accessible en voiture. Il manque de charme et de pittoresque. Alors Chantoune et moi traversons par monts et par vaux le relief qui sépare le col de la zone de décollage. Nous arrivons en même temps que les parapentistes.

Dans la vallée, le soleil réchauffe Briançon. Nous, nous sommes emmitouflées dans les polaires et les coupe-vents.

8h54 – Réinstaller sa voile

Ses gestes, mille fois répétés, sont précis et minutieux. La sécurité du matériel est primordiale pour réussir son vol.

9h05 – Attendre son tour

Bien centrée devant sa voile, la sellette sur le dos, le casque sur la tête, Eglantine attend le feu vert de Nico pour décoller. Les radios crachotent les instructions des moniteurs. Les élèves se répartissent sur deux fréquences. Tom-Tom et Xavier guident les parapentistes depuis le sol alors que Nico, le grand chef, donnent ses instructions au décollage.

9h19 – Observer les nuages

Juchée sur une proéminence, Chantoune guette les nuages en attendant le départ d’Eglantine.

9h20 – Voler en autonomie

Alors que ça va être à Eglantine de décoller, Nico ne lui donne qu’une instruction : « autonomie totale ».

Eglantine va donc gérer son vol du décollage à l’atterrissage sans instruction radio. Cependant, les moniteurs ne la quitte pas des yeux. En cas de problème, ils interviendront immédiatement pour guider Eglantine et éviter un accident.

Nico est super fier de voir Eglantine réussir parfaitement son premier décollage en autonomie. Moi, je suis très émue.

Le temps de descendre, nous récupèrerons Eglantine un peu après 10h. Son sourire illumine son visage. Elle rayonne d’un bonheur intense. Quand Eglantine s’envole, elle happe toute l’énergie du ciel.

S’élever au-dessus du bruit

Une seule route traverse cette vallée. Le trafic peut être plus ou moins dense mais il ne cesse jamais vraiment. Quand on grimpe dans la forêt, la clameur des moteurs enveloppe les arbres et leurs racines tortueuses, la terre tendre, les roches saillantes, les herbes hautes, les fleurs fragiles, les feuilles de gentiane, les bourdons poilus, les papillons colorés, les insectes insolites et, même, le chant des oiseaux.

Petit à petit, le tampon sylvestre atténue les ronflements des voitures à essence et les vrombissements des motos. Ou est-ce la fatigue qui fait oublier les bruits de la vallée ? Les derniers mètres du sentier grimpent raide. Les muscles tirent. La bouche s’assèche. Le cœur accélère. Les pieds butent. La sueur emporte avec elle petits et grands soucis. L’esprit se concentre sur le haut du parcours.

Quand enfin le chemin longe la montagne, le corps s’allège, le pas se hâte, la respiration se libère. Le sous-bois préserve la fraîcheur humide d’une nuit d’orages. Mon cœur s’apaise. Mon regard se pose sur ces petites plantes mises en lumière par le soleil qui transperce les hautes frondaisons. Les ailes fragiles d’un papillon sur une fleur sauvage m’émeuvent plus qu’une vue dégagée.

En contrebas, les immeubles en constructions cernent les vieux clochers. Les grues jettent des éclats jaunes. Pourtant, qu’il est doux de retrouver les hautes herbes de la vallée, les chemins blancs et les champs moissonnés. Puis la fraîcheur des vieilles voûtes de la maison.

Retirer les grosses chaussures de randonnée. S’affaler sur le canapé. Et ne plus entendre le ronronnement de la circulation.

Nous profiterons du silence de la montagne et de ses grands espaces quand nous rejoindrons des versants plus éloignés des axes routiers.

Accélération des battements de coeur

Qui se soucie aujourd’hui de l’histoire de l’accrobranche ? Le concept est tellement répandu qu’il nous semble avoir toujours existé. Pourtant, le premier parc acrobatique forestier date seulement de 1995 et c’est celui de Serre-Chevalier. Denis Payan, ancien officier parachutiste, entreprend alors de rendre accessible au public le plaisir du parcours d’audace d’un stage commando dans sa région natale.

Plaisir de dépasser ses peurs, de puiser dans ses ultimes forces, de défier l’apesanteur en toute sécurité, harnaché, mousquetonné et équipé d’une poulie pour les tyroliennes. Explorer la cime des arbres sur des filins étroits, des filets, des passerelles mouvantes pour une montée d’adrénaline, un pur plaisir pour Eglantine et Hortense. Olivier ne démérite pas qui les accompagne jusque sur les parcours les plus difficiles.

Moi, j’avoue, je reste au sol.

Mais le meilleur moment des filles aura finalement été la catapulte qui les propulsera à 20m dans les arbres. Cris de peur et cris de joie, yoyo de l’élastique qui rebondit plusieurs fois, frayeur personnelle quand Hortense est partie dans une vrille que nous appellerons dignement un magnifique salto arrière. Visages radieux, sourires XXL, souvenirs partagés que l’on se raconte en boucle dans la voiture au retour, impatience de revenir bientôt.

Plaisir de quitter la pesanteur du sol

Que la vie semble belle quand quand le cœur bat à cent à l’heure !

Retrouver ses mots dans un moment suspendu

Village de montage. Maisons resserrées de pierre sombre, venelles tortueuses. Sempiternel bruit de l’eau claire qui coule joyeusement dans les rigoles le long des rues. Elle vient de la montagne qui domine tout horizon. Haute, fière, saupoudrée d’une neige chaque année plus rare.

Il est déjà tard. La route fût longue. Un arbre affalé en travers de l’autoroute en quittant Paris, embouteillages immédiat. Sur les petites routes de montagne, nous avons grand ouvert les fenêtres de la voiture. Laisser les mains s’envoler dans le vent. Sentir les odeurs de forêt, d’herbes sèches, de pierre chaude et de plantes vivaces dont on ne connaît pas les noms. La bouse de vache aussi, parfois. Le pot d’échappement des motos qui doublent en vrombissant s’estompe heureusement assez vite.

Une pause au dernier col dans cette miellerie que nous aimons tant. L’air frais qui ébouriffe les cheveux. Le soleil qui réchauffe la peau. La montagne, majestueuse, gouverne la perspective, domine les vallées qui s’étirent de chaque côté du col, écrase les humains qui s’agitent sur le parking en contrebas autour des restaurants et des boutiques de souvenir. Fin de randonnée ou pause sur la route, comme nous.

Vue depuis la voiture alors que nous quittons le col du Lautaret

Dans le petit village, il faut faufiler la voiture au milieu des derniers randonneurs, sacs à dos ventrus, grosses chaussures poussiéreuses, bâtons de marches cliquetant sur le bitume, et des familles aux enfants fraîchement douchés, des ultimes courses à la supérette, des premiers apéros en terrasse et des barrières interdisant de circuler autour de l’église.

Le temps de s’installer sous les voûtes fraîches de la maison séculaire et la musique résonne sur la place du marché. Une femme est suspendue sur l’un des côté du clocher carré. Elle danse en défiant les lois de l’apesanteur, guidée par les notes légères du guitariste qui l’accompagne au sol. Une autre femme réalise, solitaire, la même chorégraphie sur l’autre côté. Nous l’apercevons par intermittence. Puis de plus en plus souvent, chacune passe la tête du côté de l’autre. Petit à petit, elles jouent à se découvrir, se rapprochent puis s’éloignent, parcourant telles des anges blancs toute la paroi du clocher. On ne serait pas surpris de les voir s’envoler vers la lune déjà imprimée dans le ciel bleu de cette fin de journée d’été.

Spectacle aérien « Suspend »

Ce moment suspendu, l’air vif, l’eau fraîche, le calme serein de la maison apaisent les angoisses qui m’étreignent depuis des semaines.

Le jour se lève à peine sur mon insomnie. Un chat passe tranquillement devant la fenêtre. Je suis heureuse d’avoir retrouvé des mots à partager avec vous.

Chatouiller le félin qui dort en nous

La photo est un peu floue. Le problème du téléphone avec peu de lumière. J’ai dû bouger en appuyant pour prendre la photo. Cependant, je garde ce cliché pour la photo du lundi.

Pour la chorégraphie de l’ombre qui s’anime tel un danseur mystérieux derrière le félin en pleine chasse, statufié au moment où il attrape sa proie.

De l’immobilité naît un certain mouvement qui me plaît. Une allégorie de mon moral actuel ?

Photo prise au Muséum National d’Histoire Naturelle à Paris. Exposition Félins.

Beauté de papiers

Le papier dans l’art contemporain. L’affiche de l’exposition est placardée aux quatre coins de la ville depuis des mois. Le beau bleu d’une œuvre de Ferri Garcès, intitulée Cobalt, où des corolles de papier évoquent un fond marin onirique. L’exposition fermait ses portes aujourd’hui. J’y suis allée hier avec Hortense alors qu’Eglantine y est allée cet après-midi.

Le thème me séduisait, l’affiche était alléchante, Henri (notre Père-Noël, voisin et ami) m’en avait dit le plus grand bien et mon amie Françoise avait également attiré mon attention sur l’évènement. La Maison des Arts d’Antony se trouve à quelques minutes à pied de la maison, dans un joli parc arboré. Il aurait vraiment été dommage de passer à côté.

Les quatre artistes présentées sont des femmes. Chacune utilise des techniques très différentes, des papiers très variés et des univers artistiques bien distincts. Cependant, il se dégage de l’ensemble une douceur onirique qui s’appuie sur une maîtrise parfaite du matériau et une originalité du traitement qui subjugue.

Les papiers sculptés d’Anne-Charlotte Saliba

Dans sa présentation, l’artiste parle d’errance maîtrisée au sujet de son travail. Le papier lisse d’un blanc immaculé est suffisamment lourd pour être sculpté dans l’épaisseur. Poinçonnage, perforation, incision, embossage apportent volume, reliefs et lignes douces entre ombre et lumière.

Poésie délicate, élégante, discrète, hypnotisante.

Pour plus de détails sur l’artiste, www.annecharlottesaliba.com

Les pliages poétiques de Ferri Garcès

Le papier de Ferri Garcès est enroulé, plié et multiplié de telle sorte que ses œuvres dégagent un sentiment d’infini vibrant, sensible et organique. Forêt amazonienne ? Fond marin ? Coquillages ? champs de fleurs ? L’œuvre se regarde de face ou de côté. Le chant était aussi beau que la face principale. Le regard se perd en une médiation aérienne, se pose sur un détail, ouvre les pensées sur des mondes imaginaires qui semble soudain bien proches et réels.

Pour plus de détails sur l’artiste, www.galeriebettina/oeuvres/ferri-garces/

Les p’tits papiers de Nathalie Boutté

Les œuvres de Nathalie Boutté ont trois dimensions : le sujet représenté, le papier utilisé et le texte imprimé sur le papier. Un premier regard embrasse le sujet représenté en des milliers de lamelles de papier collées sur une à côté des autres, se chevauchant à chaque rangée. La technique rappelle le plumage d’un oiseau un peu ébouriffé. Les lamelles sont d’épaisseur et de dispositions inégales, apportant un effet de volume supplémentaire.

Chaque œuvre offre différents niveaux de lecture. La première impression visuelle est renforcée par le texte imprimé sur les lamelles. Comme cette carte d’Europe qui reprend dans la langue de chaque pays la première phrase de la déclaration des Droits de l’Homme.

Pour plus de détails sur l’artiste, www.nathalieboutte.com

Les installation aériennes de Mathilde Nivet

Mathilde Nivet façonne le papier en trois dimension. Elle le plit, le tord, le tisse, le découpe, le superpose pour obtenir des œuvres en trois dimensions telles des sculptures colorées. Depuis l’escalier qui mène au premier étage qu’elle partage avec Nathalie Boutté, on aperçoit ses fleurs colorés, jardin anglais suspendu, ou ses oiseaux bleus qui promènent leurs ombres sur le plafond blanc.

Certaines œuvres rappellent la vannerie.

La plus éblouissante est à mon avis cette chute de feuilles jaunes rehaussées par des branches bleues agrémentées de boutons flamboyants – dont j’ai malheureusement oublié de noter le titre.

Pour plus de détails sur l’artiste, www.mathildenivet.com

Même Hortense, venue à l’origine parce que je ne lui avais pas laissé le choix, a été éblouie par les créations présentées lors de cette magnifique exposition. Merci à la Maison des Arts d’Antony de nous avoir offert cette douce parenthèse de papier.

Le luxe du voyage à faible empreinte carbone

Les prochains mois vont m’amener à voyager régulièrement vers les vignobles du Cognac. Pour plus de tranquillité, je souhaitais voyager en train.

Le temps de transport est globalement le même qu’en voiture puisque je dois compter le trajet de chez moi à la gare TGV, le temps de récupérer une voiture de location à la gare d’arrivée, puis le trajet jusqu’à ma destination. Mais je peux me reposer dans le train et il est considéré comme l’un des moyens de transport les moins polluants au monde. De quoi dormir sur mes deux oreilles.

Or il est impossible de dormir sur ses deux oreilles. Je ne sais pas qui est l’inventeur ou l’inventrice de cette expression mais il/elle devait avoir une drôle de tête pour être capable de dormir sur ses deux esgourdes en même temps. Notre anatomie ne nous le permet tout simplement pas. Et le train non plus.

Le repos et une meilleure empreinte carbone pour quelques euros en plus

Tout d’abord pour une question de prix. Essence et péages inclus, le trajet en voiture me revient à peu près à 90€. Soit 180€ aller-retour. La semaine dernière, alors que j’ai fait ce même trajet, j’ai réussi à acheter des billets aller-retour pour un peu moins de 120 euros. J’y ai ajouté la même somme pour disposer d’une voiture sur place. Les charmes de la campagne et des villages isolés… Résultat, quelques dizaines d’euros de plus que le trajet en voiture. Le prix de mon repos et d’une meilleure empreinte carbone. Ça se justifiait.

Pour une meilleure empreinte carbone, remplacer la location d’une voiture par un vélo

Emporter Pimprenelle

Alors que je dois y retourner dans quelques jours – j’ajuste les dates en fonction des contraintes du moment – je pense à troquer la voiture contre un vélo. Mon premier réflexe est de regarder les solutions pour emporter Pimprenelle – ma bicyclette électrique. Avec elle, je ne crains pas d’affronter quelques dizaines de kilomètres dans la campagne charentaise.

La SNCF propose le transport d’un vélo pour 10 euros supplémentaires, dans la limite des places disponibles, sur ses TGV Inoui. Il ne me reste qu’un choix d’aller et de retour direct. Mais aucune possibilité d’ajouter un vélo à ma réservation. Je pense que les quelques places pour les bicyclettes sont déjà prises. Logique, les vacances estivales sont déjà bien entamées.

Les autres billets disponibles sont des trajets avec une, deux ou trois correspondances. Compliqué avec Pimprenelle. Et mon temps de transport est multiplié par deux ou trois.

Louer un vélo sur place

Je ne me décourage pas et entreprends de louer un vélo dans la ville d’arrivée. La gare de TGV étant à 30km de ma destination finale, je cherche un loueur dans la petite ville desservie par le TER la plus proche. C’est une ville ravissante où le tourisme vert prend tout son charme. Les vélos y sont loués pour des balades à travers les vignobles ou le long du fleuve et non comme un réel mode de transport tel qu’on peut trouver dans les grandes villes. Les prix s’en ressentent. A la journée, c’est à peine moins cher que la location d’une voiture.

Je me tourne alors vers un loueur de vélo autour de la gare TGV. Il me faudra prendre un bus pour rejoindre l’agence de location associée aux transports publics de la ville. Sur le site, je n’ai aucune info sur le nombre de kilomètres qu’il est possible de faire avec leurs vélos. Normal, ils sont prévus pour rester en ville, dans un rayon de 5 à 10km. Tenté 60km est trop risqué. Un vélo électrique sans batterie c’est une plaie à pousser. Inenvisageable sur plusieurs kilomètres.

Pas question non plus de faire 30km sans assistance électrique. Trop fatiguant.

Je laisse tomber l’option vélo.

Le coût du train

Contrairement à mon dernier voyage, cette fois-ci mes billets coûtent plus de 200€. Et je dois y ajouter la location d’une voiture. Trop cher.

Je partirai donc à l’heure qui me convient. Je roulerai à mon rythme en écoutant un livre audio, un podcast ou de la musique. J’arriverai directement à destination et je profiterai d’une voiture sur place. Ce sera la mienne.

Le coût du train est trop élevé à moins de s’y prendre des mois à l’avance. Ou d’avoir un gros coup de chance que les tarifs, comme la semaine dernière. Or mes contraintes actuelles m’obligent à des adaptations de dernière minute.

Le voyage à faible empreinte carbone (train + vélo) est actuellement un luxe qui demande soit d’avoir du temps, soit d’avoir de l’argent. L’idéal étant d’avoir les deux. A quand une vraie politique publique pour favoriser ces modes de transport ?