Retour de camp

Retour de camp après le Jamboree des Scouts et de Guides de France à Jambville. Connecte 2019.

Retour de campFin de canicule. Fin de camp. Jamboree. 22000 chemises bleues, une forêt de tentes et une ambiance de festival. Petit Oiseau était à Connecte 2019 avec sa tribu.

Donc elle va mieux.

Suffisamment pour partir deux semaines en camp scout. Tant que les chefs ne m’appellent pas, c’est que ça va. Un petit malaise en première semaine. Sac à dos trop lourd pendant l’exploration. Après des mois au fond de son lit, elle n’a pas encore récupéré toutes ses capacités.

Puis c’est la grande réunion des scouts et des guides, ces jeunes de 11 à 14 ans venus de toute la France et d’au-delà. Avec un pic à 42°, je redoutais pour l’organisme de celle qui, malgré tout, reste mon bébé. Et puis, finalement, nous n’avons encore aucun diagnostic précis de ce qu’elle a eu. Je crains toujours une rechute.

Pas de nouvelles. Pas une lettre. Elle n’y pense jamais de toute façon, trop occupée à vivre ses aventures en chemise et foulard, feu de camp et chaussures de rando. Difficile quand même d’accepter que, moins d’un mois après l’amélioration de son état, elle va mettre son corps à rude épreuve, dormir sous la tente, cuisiner sur une table à feu, manger dans des gamelles en fer, se doucher à l’eau froide.

Pour elle, c’est un retour à la vie.

Pour moi, c’est un changement violent de température. De maman soignante à maman derrière son écran, à l’affût d’un Petit Oiseau avec un grand sourire et deux nattes sur les vidéos mises en ligne par la Toile Scoute sur YouTube.

Journal de 13h, journal de 20h, TF1 parle des scouts. Sur Facebook, vue aérienne d’une veillée hors norme. C’est quel point bleu mon Petit Oiseau ?Vue aérienne Connecté 2019. Crédit Thierry Braun.

Photo de Thierry Braun. Cliquez pour voir l’originale.

Alors ce vendredi, je suis assise au soleil sur la dalle du RER. J’ai de quoi lire mais je reste concentrée sur les portes en verre de la gare. Soudain, une première chemise bleue. C’est une cheftaine. Puis, tout de suite, c’est mon Petit Oiseau avec son gros sac à dos qui dépasse au-dessus de sa tête.

J’ai mon appareil photo. Je la mitraille. Ce sourire-là est unique, encore chargé de la force du groupe, de la magie de ces moments passés avec tant d’autres jeunes, de la joie de vivre des moments d’exception. Ensuite, il s’étiolera, gagné par la fatigue, vidé par les récits, rattrapé par le présent et les projets futurs.

Elle rayonne. C’est un sourire à pleines dents, bonheur à l’état brut, diamant émotionnel.

Un câlin, l’odeur de camp et de feu de bois. Elle parle vite. Elle déverse d’un coup le sac de ses souvenirs. Derniers mots avec les copines, avec les chefs. On s’éternise au local. Quitter la tribu, c’est accepter que ce moment est terminé, que le Jamboree a été, qu’il ne vivra désormais que dans son cœur, ses récits et les souvenirs qu’elle évoquera certainement longtemps avec ses amies.

Son foulard est posé sur la table, sa chemise sur le canapé. Elle a de nouveaux écussons et quelques badges. A la rentrée, elle aura tout cousu sur sa nouvelle chemise rouge. Elle entrera dans la caravane des grands. Tout un programme, encore plus d’autonomie et tant de nouveaux projets.

Retour de Camp. Connecte 2019. Chemise et foulard

Pour le moment elle dort, bienheureuse de retrouver le confort d’un lit moelleux et sans bosses. Petit passage aux urgences en début de soirée, quand même, pour faire retirer cinq tiques tellement petites que je n’arrivais pas à les enlever avec le tire-tique. Mais elle va bien.

Elle grandit et la voir s’épanouir est le plus précieux des cadeaux.

Du cinéma grand spectacle avec Coco au Grand Rex

Habiter en banlieue parisienne, ce n’est pas uniquement se délecter de la grisaille humide et du froid acrimonieux ponctué de vent. C’est aussi profiter d’un cinéma mythique dont la grande salle est une poésie à elle seule, le Grand Rex.

En quelques stations de RER, nous voici au cœur de Paris, derrière Saint Eustache qui laisse enfin tomber ses échafaudages. La pierre claire dernièrement mise à nue, débarrassée de son voile de noirceur urbaine, chatoye sous le soleil d’hiver.

Dans la rue Poissonnière, à l’angle des Grands Boulevards, une file infinie s’étire sur le trottoir étroit. Manteaux et doudounes, bonnets et écharpes, tous les âges attentent patiemment l’ouverture de la grande salle. Il faut savoir arriver tôt pour avoir les meilleures places sous la voûte étoilée de la grande salle.

Les filles découvrent, éblouies, ce cinéma des années 30 qui a su traverser les époques sans perdre son âme. Dans les confortables fauteuils décatis, sous les stucs de style antique, nous allons assister à la représentation de Coco, le dernier Disney.

Quand la lumière s’éteint, l’arcade de la scène s’illumine de couleurs vives. Bientôt, la Féérie des eaux commence. Les jeux de lumières et de fontaines jaillissent de tous côtés. Des squelettes lumineux dansent sur les murs. Les mains se tendent pour attraper les milliers de bulles propulsées dans la salle et les serpentins qui tombent du plafond.

Sommes-nous vraiment au cinéma ? Ou dans un monde magique qui façonne des sourires sur tous les visages. Car à cette heure, nous sommes tous des enfants émerveillés.

Quand débute enfin la projection, les couleurs et la musique mexicaines prennent la relève. La transition est douce. Et l’on voyage avec Miguel dans le monde étincelant des ancêtres.

Quand nous rentrons sous les guirlandes de la rue Montorgueil, nos pas dansent sur les pavés, encore rythmés par ce film enthousiasmant.

Chemise verte pour une nuit blanche.

Elle revient de la cuisine son téléphone à la main. Son visage hésite entre incompréhension et décomposition. Elle lit le message de sa fille qui lui parle de fusillades, de prise d’otage. Regarde les infos. Dis-moi si je peux sortir. Pour le moment tout va bien, elle est au fond d’un cinéma. Les téléphones et les tablettes allument leurs écrans autour de la grande tablée. L’image apparait sur la télé. Les visages de journalistes hagards s’encadrent dans la lumière dorée du Paris nocturne. Mais les gyrophares. Mais les bandeaux d’informations en bas de l’écran. Mais les infos qui tombent en fil continu d’éditions spéciales sur tous nos appareils désormais connectés. Et le nombre de morts qui s’allonge. Les messages qui s’affichent sur nos écrans dans l’affolement. Rassurer tout le monde. Non nous ne sommes pas à Paris. Pas ce soir. Hier encore je me délectais des grandes baies ambrées des cafés parisiens, des gens en vitrine qui sirotaient une bière alors que je brillais de bonheur sur les trottoirs désertés. Finalement sa fille est à Montparnasse. Il semble que les attaques mortelles ne sont pas de ce côté. Sortir ? Prendre le RER pour revenir ? Et où sont les autres enfants des autres invités. Les téléphones appellent. Vite savoir si tout le monde va bien. Rentrer à la maison où nos filles dorment sereinement. Frissonner. Ne pas pouvoir quitter le fil de l’actualité. Attendre que le cauchemar se termine. Tourner dans son lit. Se blottir sur le canapé. Voir les heures défiler.

Se réveiller avec la gueule de bois. Annoncer la terrible réalité d’une nuit noire à Églantine avant qu’elle n’en entende parler sans comprendre. Jeter un ultime coup d’œil aux dernières estimations, aux premières déclarations. Éteindre. Déjeuner en famille, les yeux cernés, la tête hachée de trop de sentiments. Et puis partir rejoindre les scouts.

Les mineurs n’ont pas eu le droit de venir. Seuls les plus grands, les majeurs, les jeunes citoyens, ceux qui recevaient des balles hier soir sortent leurs gros sacs à dos des voitures, portant à plusieurs les lourdes toiles de tentes. Sur mon téléphone les messages réconfortants continuent d’affluer du monde entier. Puis dans le parc de ce château verdoyant de la région parisienne, nous chantons une chanson sur la fraternité. Le programme n’a pas été changé. Paroles tellement justes qu’elles répondent à mes angoisses et donne du sens à mes espoirs. Finalement ce weekend au milieu des scouts tombe à point nommé. Construire avec les autres pour endiguer le noir de la terreur. Chemise verte pour une nuit blanche.

_MG_6883

Sous les lumières de la grande verrière

Grandes voutes de métal et de verre, le toit du Grand Palais est à lui seul tellement magique et parisien ! Patins oranges aux pieds, casques assortis à défaut d’être esthétiques pour protéger les filles lors d’éventuelles chutes, nous nous lançons sur la glace de la patinoire éphémère qui s’est installée sous les lignes fines de la plus belle verrière de Paris.

_MG_3869

Quand la nuit tombe, les lumières se mettent à scintiller en milliers de paillettes colorées. Rouge, bleu, rose, violet, les tonalités changent, la boule à facette joue les soleils artificiels au milieu de la voûte étoilée.

_MG_3959

Petit à petit Hortense prend confiance et lâche nos mains. Églantine accélère. Dernier tour avec elle, j’ai du mal à la suivre au milieu de la foule qui se densifie. Elle est allée puiser au bout de ses forces pour profiter de cette patinoire exceptionnelle. Elle s’endormira dans la voiture à peine engagés sur les Champs-Élysées.

_MG_3897 _MG_3964 _MG_3942