Une étoile d’or dans les yeux

Olivier marche d’un pas soutenu. Hortense et moi courrons un peu derrière lui à la lueur des lampadaires. Nous entrons dans la rue de l’école. Hortense galope vers le groupe de parents déjà amassés devant les grilles. Les phares du bus apparaissent alors à l’autre bue de la rue. Nous sommes impatients de retrouver Eglantine  qui rentre de deux semaines de classe de neige. Trois lettres (dont la dernière arrivée ce matin), un petit mot et quelques photos sur le site de la mairie, nous sommes avides de nouvelles fraîches et abondantes. Eglantine est assise sagement vers l’avant du bus.  Plus qu’une vitre entre elle et nous.  Hortense trépigne de joie, fait de grands signes à sœur et tombe par terre d’excitation. Nos mains font des cœurs, s’envoient des bisous.  Nos visages s’étirent en sourires radieux.  Quand elle descend du bus, les deux sœurs s’étreignent passionnément. Plus qu’une paire de sourires. « Et alors ton étoile d’or ? » Nous n’en revenons pas. Trois semaines après son étoile de bronze, Eglantine  a décroché l’or.  

De retour à la maison, nous partageons un bon dîner tous les quatre. Tornade de joie, avalanche de paroles. Dégustation de miel.  Étalage de la quinzaine de cartes qu’elle a reçues. Histoires de bobos.  Histoires de rencontres.  Histoires de partage. Eglantine compose sa vie comme on chante une chanson, en chœur et en solos. Ce soir nous sommes l’orchestre qui a retrouvé son premier violon. 

La porte de sa chambre est fermée sur l’immensité de ses rêves. La lune n’éclaire plus son lit vide alors que je vais me coucher. Nos cœurs sont pleins.  

Judo

Eglantine se précipite dans son vestiaire alors que j’accompagne Hortense de l’autre côté du couloir à son cours de danse. Dès que mon petit rat a passé la porte de sa salle, je traverse le vestiaire filles du dojo 1 et rejoins ma grande en plein échauffement judoka. Elle rayonne, court joyeusement et retrouve avec plaisir Olivier et Jacques, forces tranquilles d’un sport qui relève d’un art de vivre, ceintures noires à la patience d’ange, professeurs passionnés.

Eglantine saute le plus haut possible à la corde à sauter avec sa ceinture blanche. Elle prend de l’assurance dans ses chutes, s’amusent des défis des petits combats et tente de mémoriser les noms japonais des prises qu’elle apprend.

Elle dégage pendant une heure une plénitude chargée d’énergie dont le spectacle ne me lasse pas.

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Les flop-cakes

Les pop-cakes sont un jeu d’enfants. Les kits plus alléchants les uns que les autres pullulent dans les magasins de jouets. Nous en avons offert un à Eglantine qui aime faire la cuisine.

Dans la boîte, tout le matériel pour décorer pop et push-cake, les explications pour confectionner ces petites boules et plein d’idées colorées pour leur donner des airs de fête. J’ai lu le livret sans omettre une ligne. J’ai suivi les instructions à la lettre. Le flop. Au moment de planter les bâtons dans les boules, ces dernières se sont scandaleusement ruinées en miettes grossières dans le chocolat blanc fondu.

Vexée, j’ai fait une recherche sur Google ce matin : réussir ses pop-cakes. Conclusion, abandonner la méthode sans cuisson du kit d’Eglantine qui consiste à mélanger des gâteaux sec avec du fromage à tartiner pour confectionner ces petites boules. Investir dans un moule à pop-cakes dans lequel on fera cuire une pâte genre quatre-quarts. N’importe quelle pâte avec de la levure me dira le vendeur cet après-midi.

Deuxième tentative. Les boules que je sors du four sont splendides et les filles se sont bien amusées à préparer la pâte et à lécher les ustensiles. Nous plantons les bâtons dans les gâteaux avec un peu de chocolat blanc fondu pour augmenter l’adhérence et que la boule ne glisse pas sur le bâton. Parfait.

Pendant que les filles prennent leur bain, je veux commencer le glaçage, qu’elles n’aient plus qu’à finir les décors. Re flop. Les boules se détachent des bâtons dans le chocolat blanc consciencieusement fondu au bain-marie . Trop lourd, trop épais. Je n’arrive même pas à les recouvrir complètement.

En nous voyant dans la cuisine tout à l’heure, l’iPad ouverts sur des recettes de pop-cakes, la certitude bien accrochée en médaille sur ma poitrine que cette fois c’est la bonne, Olivier n’a pas pu s’empêcher de penser à la pub Google avec ce type qui veut glacer ses cup-cakes…

Je n’ai pas dit mon dernier mot. Demain je réussirai. Ou dans une semaine. Dans un mois ? Quand on aura retrouvé la boîte tout en haut des placard où je vais la refouler ? Ou je peux l’enterrer au fond du jardin et attendre que quelqu’un la trouve le jour où l’on creusera un trou pour enterrer le poison rouge que nous n’avons pas…

En tout cas les filles sont magnifiques avec leurs toques offertes par Grand-Mère à Noël. C’est déjà ça.

Et les flop-cakes ont quand même été engloutis au dessert.

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Sauts sur canapé

Elles partent en courant chacune leur tour depuis l’entrée. Elles se jettent sur le canapé qui, ayant perdu son angle faute de place, se prête à toutes leurs roulades projetées en avant.

Les jambes passent par-dessus tête. Mais voilà qu’Hortense reste coincée au milieu de sa roulade arrière. Elle s’étouffe de rire. Eglantine vient rapidement à sa rescousse. Les cheveux s’ébouriffent, les couettes se délient, les rires succèdent aux encouragements. « Regarde ! Regarde ! »

Papa voudrait un peu de calme. Il rend les armes sous une attaque de câlins.

J’ai pitié. J’emmène les filles à la cuisine. Atelier pop cakes.

Sous les lumières de la grande verrière

Grandes voutes de métal et de verre, le toit du Grand Palais est à lui seul tellement magique et parisien ! Patins oranges aux pieds, casques assortis à défaut d’être esthétiques pour protéger les filles lors d’éventuelles chutes, nous nous lançons sur la glace de la patinoire éphémère qui s’est installée sous les lignes fines de la plus belle verrière de Paris.

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Quand la nuit tombe, les lumières se mettent à scintiller en milliers de paillettes colorées. Rouge, bleu, rose, violet, les tonalités changent, la boule à facette joue les soleils artificiels au milieu de la voûte étoilée.

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Petit à petit Hortense prend confiance et lâche nos mains. Églantine accélère. Dernier tour avec elle, j’ai du mal à la suivre au milieu de la foule qui se densifie. Elle est allée puiser au bout de ses forces pour profiter de cette patinoire exceptionnelle. Elle s’endormira dans la voiture à peine engagés sur les Champs-Élysées.

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Vendanges heureuses au Clos du Bourg

Partir le vendredi en fin de journée dans la grosse vague de ceux qui quittent Paris à peine franchie la porte du bureau. Passer la nuit chez Grand-Mère avant de repartir au plus vite dans le vignoble bordelais pour nos premières vendanges au Clos du Bourg (http://www.closdubourg.com). C’était la dixième. Nous n’avions encore pu en faire aucune, regagnant à chaque fin de mois d’août notre pays d’accueil, la rentrée des enfants, la reprise des usines et la vie d’expat.

Cette année la date est réservée, bloquée, sauvée. Nous arrivons tout de même un peu tard. Le petit vignoble grand comme un terrain de rugby se trouve finalement assez loin des valeureuses vignes de Cognac au milieu desquelles vit Grand-Mère. Dans la fraîcheur dorée du matin, les vendangeurs sont au travail. Le patron surveille la qualité des grains récoltés. « Tu vois, ça, c’est pas bon. »

Les anciens, ceux qui savent faire, bref, les sages , expliquent aux nouveaux, aux p’tits jeunes. Bref, à nous .2014_09_vendanges-CdB-3059

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Hortense voudrait bien faire, « moi aussi ! ». Olivier l’aide à tenir le sécateur. Elle est enchantée. Elle ramasse par terre des morceaux délaissés de raisins fripés, des feuilles, quelques brindilles ou un petit caillou. Trésors qu’elle enfouit immédiatement dans son panier et qui rentreront avec nous à Paris.

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La remorque se remplit. Les enfants sont appelés à l’aide pour fouler le raisin. Les voilà en culottes, pieds nus dans les grains noirs dont le jus remonte entre leurs orteils. Ils s’organisent, rient, sautent et ne veulent plus quitter la remorque. Hortense n’est pas la moins fébrile.

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La récolte tire à sa fin. L’équipe des vendangeurs se réduit. Les plus courageux terminent les derniers rangs. Sous le préau la paella gigantesque finit de cuire. De l’autre côté de l’impasse, l’apéro s’organise à côté du séchoir à tabac. Boudin noir, ventrèche et autres spécialité locales délient les langues et les muscles. Le vin coule à flot. Da

ns le séchoir, les tablées se garnissent. Les couverts s’activent. Le repas est généreux, comme le patron, comme la région. Merci patron ! Merci la Baronne !

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Le soleil cogne. Des brassards anonymes permettent à Hortense de profiter de la piscine. En fin d’après-midi, les vendangeurs sèchent leur fatigue sur les transats pendant que les enfants plus ou moins grands jouent à la bataille navale.

Nous passons la nuit dans une magnifique chambre d’hôtes à quelques kilomètres. Le temps d’un au revoir à la maisonnée qui prend son petit déjeuner, d’embarquer des restes de paella, et nous reprenons la route de Paris.

Nous avons rendez-vous pour récupérer Églantine qui était à son tout premier week-end scout.

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