La fractale du chou romanesco

Quand Cendrillon ou Blanche-Neige s’endorment, il faut attendre la venue du Prince Charmant pour qu’elles rouvrent les yeux. Eglantine, elle, se ragaillardit avec les maths. Et je ne parle pas de quelques énigmes mathématiques amusantes pour se changer les idées. Non. Pour récupérer, Eglantine a suivi un mooc de Polytechnique sur les probabilités.

Il s’agit de calculer ses chances de battre Djokovic en fonction de la probabilité de marquer un point. Ce sont des maths avec plus de lettres que de chiffres et des formules à rallonge. Elle a pris un carnet spécial pour y noter ces cours supplémentaires. Elle a d’abord réfléchi au brouillon en suivant les vidéos présentées par les Polytechniciens et les indices distribués au fil de la leçon pensée par les professeurs de la prestigieuse école.

Finalement, elle a absolument tout compris et s’est bien amusée. A tel point qu’elle me disait cet après-midi, un sourire enthousiaste illuminant son visage, « j’ai limite envie d’écrire un algorithme python pour calculer tout ça ». Oui, oui, oui…

Samedi dernier, le professeur qui la suit depuis plus de trois ans pour ses douleurs et sa fatigue chroniques, me demandait ce qui m’étonnait le plus chez Eglantine. J’ai eu bien du mal à répondre parce qu’Eglantine a toujours été pour moi un étonnement permanent. Quand je l’écoute me parler de maths ou de chimie, quand je vois la somme des connaissances qu’elle engrange, clouée au fond de son lit, je suis bluffée.

Sa prochaine leçon ? Les fractales. Croyez-le ou non, les fractales peuvent être très artistiques et franchement hypnotisantes. Si je vous dis que le chou romanesco est une fractale, peut-être serez-vous aussi épatés que moi. Heureusement, tout de même, elle a son père qui partage les mêmes passions scientifiques et à qui elle peut se frotter pour mettre un peu à l’épreuve ses acquis.

Si son corps a besoin d’un rythme adapté pour tenir la longueur, son cerveau, lui, a un insatiable appétit. Les Promenades mathématiques de Polytechnique la ressourcent autant qu’une balade en forêt. Heureusement, elle n’a pas besoin que je comprenne tout ce qui la fait vibrer. Et elle sait comment me rallier à son intérêt matheux. La beauté, la magie du monde.

Ce qui ne signifie pas que je n’ai rien à lui transmettre. Ainsi, alors que nous rentrions de sa séance d’ergothérapie cet après-midi, elle regrettait qu’un rayon de soleil ne vienne pas illuminer les champs d’un vert tendre et les nuages aux belles nuances de gris mauves biffés par de grands pylônes électriques. « Ca aurait fait une belle photo. » Cet art de voir la poésie du monde à travers les couleurs du quotidien, c’est grâce à moi. Bouffée de tendresse et d’émotion quand elle m’a dit ça.

Notre espoir aujourd’hui est de réussir à l’accompagner vers son autonomie, qu’elle puisse construire sa vie, quelle qu’elle soit, et quels que soient les chemins de traverse qu’elle devra emprunter à cause de sa santé.

Baisse de régime

Eglantine adore la chimie, s’enthousiasme pour les mathématiques, se passionne pour les sciences de la vie et de la terre, en pince pour le débat philosophique et se détend même en anglais.

Cette première année de Terminale, avec un emploi du temps allégé grâce à un étalement d’épreuves sur deux ans, se déroule vraiment très bien. Tous les jours, quand je la ramène en voiture, elle me raconte ses cours avec enthousiasme. Je ne comprends rien, ne retiens rien de tous les termes scientifiques qu’elle manie sans hésitation mais je participe activement à la conversation.

Elle reformule ainsi les nouvelles notions apprises durant la journée et vide sa tête de tout ce qu’elle a emmagasiné. Son enthousiasme est communicatif. J’aime énormément l’écouter.

Ce soir cependant, elle était au bord de la crise de larmes. Écrasée de fatigue. A bout de force. On croise les doigts pour qu’elle récupère rapidement.

Elle va beaucoup mieux, mais le chemin est encore long avant qu’elle trouve un équilibre.

Un jour, des souvenirs

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Un jour elles seront grandes. Les traits ronds de l’enfance vont se fondre en lignes fines de jeunes femmes. Elles sortiront avec leurs amis, auront leur petit appart au sixième étage sans ascenseur et ne viendront nous voir qu’un dimanche par mois.

 

Et un soir de Noël peut-être, quand la langueur de la digestion appellera la confidence, partageront-elles ensemble le souvenir de leurs escapades enfantines. Quand chacune prenait quelques euros de son argent de poche pour aller acheter au tabac du coin un paquet de cartes Pokemon. Quand elles revenaient avec de merveilleux sourires sur leurs visages, leurs cartes à la main, ravies d’avoir partagé ces cartes propices à milles histoires merveilleuses, à des batailles acharnées ou des alliances fraternelles.

 

Peut-être même aurons-nous gardé dans un coin de la maison les classeurs illustrés. Un Pikachu à l’éclair jaune leur bondira aux yeux lorsqu’elles le retrouveront un jour de grand ménage.

 

Elles ont rangé leurs cartes, compté ce qui leur reste d’argent de poche et planifié des projets en pagaille. Elles lisent sur le canapé. Je les regarde grandir avec un plaisir chaque jour renouvelé. Pas tellement pressée de ranger tout ça dans les boîtes à souvenirs.

 

Très vite les petites voix entonnent la valse incessante des « Mamannnn ! ».

Dent sculptée 

  « Là je polis la pâte à modeler pour qu’elle soit bien lisse. » Caché derrière son masque vert, le dentiste explique chacune des étapes à Églantine. Quand elle pouvait encore parler elle cherchait à comprendre chacun de ses gestes. Maintenant qu’il lui sculpte une nouvelle dent, il continue de l’éclairer au rythme de l’aspirateur à salive. Je la sens tendue à l’écoute de la petite rotative qu’il ballade sur son incisive. Petit à petit elle prend conscience de l’absence de douleur et se relâche sur le siège en similicuir. Ses yeux se plissent quand elle ouvre grand la bouche. Il ne restera bientôt plus qu’un confetti d’émail dans mon portefeuille en souvenir de cette malheureuse dent cassée hier après-midi. 

Transformation hivernale

Eglantine et moi marchons côte à côte sous le soleil frais de midi. Nous avons ressorti gants écharpes et bonnets. Alors que je me tourne vers elle, elle n’est plus qu’une grande peluche, ayant enfoncé son bonnet loup au plus bas sur sa tête et remonté son cache-cou jusqu’à ses yeux. Quand en rentrant de l’orthophoniste nous faisons une halte dans un parc, un sympathique cynocéphale pointe son museau entre les arbres. Joyeuse transformation hivernale. 
  

La fraternité, un film à partager

C’est l’histoire d’un film fait avec des enfants. Ceux des locataires et ceux des bénévoles de Habitat et Humanisme. C’est l’histoire de leurs réflexions autour de la Fraternité. C’est l’histoire de leurs dessins. C’est un plein d’espoir à regarder en boucle et à partager.

 

Fleurs de papier

Longue route. Circulation dense. Accidents. Embouteillages. J’arrive enfin à la maison et retrouve mon homme dans le jardin avec des amis et les enfants qui jouent sur l’herbe tendre. Joie des retrouvailles. Se poser. Se détendre. 
Quand tout le monde est parti, les filles déposent délicatement six morceaux de papier sur une assiette d’eau. Ce sont des fleurs dont les pétales s’ouvrent lentement, laissant découvrir les messages d’amour qu’elles m’ont préparés. Eglantine a eu l’idée. Elle a dessiné les fleurs au feutre rose et écrit les mots qu’Hortense lui soufflait. Hortense a découpé les fleurs dont Eglantine a ensuite replié les pétales. 
Je t’aime. Tu dessines trop bien. Sans toi on ne serait rien. Toute la famille t’aime. Tu es la reine des mamans. Maman, miaou, miaou. 
Mon coeur fond dans les fleurs de papier. Mes filles m’ont fait un superbe cadeau. 

  

Un amour de papa

Quand Olivier sonne à la porte les filles viennent juste de finir de brosser leurs dents. Alors elles prennent le temps de lui raconter leur merveilleuse journée. Le carnaval et les confettis colorés à l’école pour Hortense. Le record de poissons dans le dos de la maîtresse pour Eglantine. Petits évènements et défis du quotidien qui font du bien. Et puis regarde papa, nos beaux poissons pour la pêche aux gages. Choisis-en un. Allez, fais le gage. Olivier cherche le début de la chanson « Libérée, délivrée » de la Reine des Neiges. Quelques heures plus tôt, les quatre petites filles n’avaient eu quant à elles aucune hésitation pour retrouver les premières paroles de cet incontournable des cours de maternelle et primaire. Je lui mets la musique pour l’aider. Il entame un play-back qui tord les filles de rire.

Hortense entraîne alors son père dans un rock endiablé. Tandis qu’il la fait tourner, ses yeux brillent et sautillent au même rythme que ses pieds. Complicité, admiration, joie. Dis papa, c’est comme ça que tu t’es marié avec maman ?

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Poissons d’avril et de papiers

Nous avons commencé en Turquie. Dessiner des poissons colorés sur des morceaux de papier. Y glisser des gages amusants. Ferrer des éclats de rire au crochet d’une canne à pêche vite bricolée pour l’occasion (ces cannes sont farceuses et se cachent d’une année sur l’autre, a fortiori après un déménagement).

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On invite les copines. Tout le monde essaye de se frotter le ventre en se tapant sur la tête. On crie, on saute, on chante et on danse. Eglantine et son amie Eloïse ont dessiné des poissons souples comme des algues qui semblent flotter au pied du bouquet de tulipes.

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Puis vient le temps du goûter, friture en sablés faite toutes ensembles à l’emporte-pièce juste avant le début de la pêche. Petits biscuits en forme de poissons vite avalés en croquant les oreilles des lapins en chocolat offerts par la Mamoune de Chloé.

Joyeux  premier avril !

Carnet d’inspiration

Chantoune a ramené de Florence de beaux carnets aux pages colorées qu’elle a offerts aux filles avec des stylos dorés. Eglantine a était inspirée et nous a écrit ce soir un très beau poème.

Dans mon petit cœur
Dans mon petit cœur
Il y a de l’amour
Et, on voit la vie tout en rouge
De la joie
Et, on danse comme une oie.
Du courage et hop, hauts les cœurs !

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