Retrouver ses mots dans un moment suspendu

Village de montage. Maisons resserrées de pierre sombre, venelles tortueuses. Sempiternel bruit de l’eau claire qui coule joyeusement dans les rigoles le long des rues. Elle vient de la montagne qui domine tout horizon. Haute, fière, saupoudrée d’une neige chaque année plus rare.

Il est déjà tard. La route fût longue. Un arbre affalé en travers de l’autoroute en quittant Paris, embouteillages immédiat. Sur les petites routes de montagne, nous avons grand ouvert les fenêtres de la voiture. Laisser les mains s’envoler dans le vent. Sentir les odeurs de forêt, d’herbes sèches, de pierre chaude et de plantes vivaces dont on ne connaît pas les noms. La bouse de vache aussi, parfois. Le pot d’échappement des motos qui doublent en vrombissant s’estompe heureusement assez vite.

Une pause au dernier col dans cette miellerie que nous aimons tant. L’air frais qui ébouriffe les cheveux. Le soleil qui réchauffe la peau. La montagne, majestueuse, gouverne la perspective, domine les vallées qui s’étirent de chaque côté du col, écrase les humains qui s’agitent sur le parking en contrebas autour des restaurants et des boutiques de souvenir. Fin de randonnée ou pause sur la route, comme nous.

Vue depuis la voiture alors que nous quittons le col du Lautaret

Dans le petit village, il faut faufiler la voiture au milieu des derniers randonneurs, sacs à dos ventrus, grosses chaussures poussiéreuses, bâtons de marches cliquetant sur le bitume, et des familles aux enfants fraîchement douchés, des ultimes courses à la supérette, des premiers apéros en terrasse et des barrières interdisant de circuler autour de l’église.

Le temps de s’installer sous les voûtes fraîches de la maison séculaire et la musique résonne sur la place du marché. Une femme est suspendue sur l’un des côté du clocher carré. Elle danse en défiant les lois de l’apesanteur, guidée par les notes légères du guitariste qui l’accompagne au sol. Une autre femme réalise, solitaire, la même chorégraphie sur l’autre côté. Nous l’apercevons par intermittence. Puis de plus en plus souvent, chacune passe la tête du côté de l’autre. Petit à petit, elles jouent à se découvrir, se rapprochent puis s’éloignent, parcourant telles des anges blancs toute la paroi du clocher. On ne serait pas surpris de les voir s’envoler vers la lune déjà imprimée dans le ciel bleu de cette fin de journée d’été.

Spectacle aérien « Suspend »

Ce moment suspendu, l’air vif, l’eau fraîche, le calme serein de la maison apaisent les angoisses qui m’étreignent depuis des semaines.

Le jour se lève à peine sur mon insomnie. Un chat passe tranquillement devant la fenêtre. Je suis heureuse d’avoir retrouvé des mots à partager avec vous.

Ca plane en catamaran à La Ciotat

La Ciotat est une ville originale. D’un côté, un humble port de pêche, sas embarcations traditionnelles colorées et la flotte des bateaux de plaisance. Sur le quai d’en face, un immense portique de plus de quatre-vingt-six mètres de haut, des hangars gigantesques et des mega yachts de plusieurs étages.

Sur le plus grand portique, le chiffre 105 rappelle les derniers ouvriers qui ont défendu leurs chantiers navals à la fin des années 80.

Sur les plages, les familles se retrouvent, les amis viennent partager un verre ou un pique-nique en fin de journée.

Eglantine, elle, a rejoint chaque après-midi la société Nautique de La Ciotat pour deux heures et demie sur son catamaran à faire des aller-retours dans la baie d’Amour sous l’œil du Bec de l’Aigle. Nous sommes venues à La Ciotat car c’était le seul club que j’avais trouvé qui proposais des stages de catamaran alors que les vacances scolaires n’avaient pas encore commencé.

Le Bec de l’Aigle… et la petite voile à droite, c’est le catamaran d’Eglantine

Parfois je m’asseyais au bout d’une jetée pour la regarder. Enfin, tenter d’apercevoir le numéro 4 sur sa voile. Sinon, de loin, impossible de reconnaître ma navigatrice préférée.

Cette dernière journée l’a tout de même bien secouée. Beaucoup de vent. Beaucoup de vagues. Des manœuvres difficiles. Mais un sourire magnifique à la fin de cette semaine de voile.

Ca valait la peine de venir à La Ciotat.

Nager dans le bonheur

La route est longue pour rejoindre les côtes varoises. Après deux week-ends de Solstice et un gros rangement au théâtre lundi matin, j’ai mis les filles dans la voiture, trois valises, des palmes des masques et des tubas. Direction le Cap Dramont. Huit heures de route. Neuf heures avec les pauses. Nécessaires les pauses. Mes yeux se fermaient. Je me suis fait une petite frayeur. De micro-siestes en café bien noir, nous avons roulé tout l’après-midi et une bonne partie de la soirée.

Quand nous sommes arrivées, Eglantine et Hortense sont allées se promener sur la plage pendant que je nous installais.

Enfin, aujourd’hui, profiter du soleil et de l’eau claire. Regarder le temps qui passe et les gens qui parlent sur la plage. Beaucoup d’Allemands, de Hollandais et d’Anglais. Les Français en sont pas en vacances.

Face à nous, l’Île d’Or qui a inspiré l’Île Noire des aventures de Tintin.

Nous avons partagé des pizzas en regardant le soleil se coucher sur la baie.

Traîner sur les rochers. Les pieds sur les galets.

Hortense dessinait dans son carnet, moi dans le mien. Eglantine, elle, déroulait sa pelote de coton pour un nouvel ouvrage au crochet. Douceur, calme, création…

La mer, pour rêver de jours meilleurs, noyer la fatigue et nager dans le bonheur.

Verre à moitié plein ou à moitié vide ?

Première soirée sans Olivier et Hortense. Ils se sont envolés pour la Turquie en début d’après-midi. Notre chère Yesim les a récupérés à Istanbul. Désormais, des éclats de rires complices d’adolescentes peuplent sa jolie maison. Hortense a emmené sa grande copine Juliette dans son pays de naissance.

Elle tisse à travers ses voyages en Turquie une relation intime avec le pays qui l’a vue élever ses premiers cris, esquisser ses premiers sourires et former ses premiers mots. Un gloubi-boulga de turc et de français. Yesim est la précieuse magicienne de cette relation.

Pendant ce temps, Eglantine et moi restons à la maison. Ce genre de voyage est bien trop fatiguant pour elle. Surtout avec les épreuves de bac qui se profilent encore en mai puis en juin. Quelque part, nous sommes assez heureuses de profiter de la maison en toute quiétude pendant deux semaines. Pour moi, c’est une vraie pause avec beaucoup moins de logistique.

Tout de même, ce soir, il manquait la moitié d’entre nous autour de la table. Les sollicitations de sa sœur risquent de manquer à Eglantine. Ainsi que les conversations scientifiques à bâtons rompus avec son père.

De son côté, Olivier n’a pas l’habitude d’être à Istanbul sans nous. Petit sentiment de vide aussi.

Ah la famille… Elle nous étouffe parfois mais elle nous rassure souvent.

Alors, verre à moitié plein ou verre à moitié vide ?

Ce soir, le lit me semble tout de même un peu grand…

Cœurs apaisés sur pentes blanches

Quatre. Plus le guide, Julien.  Un tout petit groupe pour grimper au sommet du Saint Jacques cet après-midi. Un soleil réjouissant, une neige un peu collante, déjà labourée de nombreuses traces, mais une ascension loin des skieurs. Derrière nous, Belle Plagne au creux des pentes relativement blanches.

Soudain, un sommet qui dépasse au bout du chemin. Une simple protubérance dans la neige ? Non, le Mont Blanc qui se dévoile petit à petit.

Dans le ciel, la lune nous accompagne, des voiles de parapente jettent des reflets lumineux et un couple de rapaces tournoie entre les quelques nuages.

La semaine arrive à sa fin. Eglantine aura skié quelques heures par jour, presque tous les jours. Hortense a enchaîné les pistes noires avec son père. Les muscles tirent sainement, les joues ont roses et les cœurs apaisés.

Belle Plagne dans son nid blanc
Les pentes du Mont Blanc manquent de neige