Journée d’adaptation au lycée, retour à un quotidien imparfait

Dimanche soir, nous n’avons pas ramené Eglantine à l’hôpital. Lundi matin, elle allait au lycée. Grosse journée en perspective. L’occasion de rencontrer six de ses neuf professeurs.

La nuit fût agitée de cauchemars. Elle craignait de ne pas se réveiller. Elle s’est levée très tôt et serait bien partie au lycée bien avant l’ouverture des grilles. Nouvelle facette d’Eglantine qui a exprimé son appréhension d’aller en cours après plus d’un an d’absence. Mélange de hâte et de crainte, les émotions se bousculaient.

Elle a enfilé sa veste, mis une paire de gants, calé son sac sur son dos et enfourché son vélo.  7h40, elle est partie à la découverte de son lycée et de sa classe.

J’étais en vigilance maximale toute la journée avec mon téléphone. Habituellement, je l’oublie dans un coin de la maison, sous un magazine ou posé négligemment sur un meuble. Lundi, je guettais le moindre appel, prête à aller chercher ma fille.

Mais Eglantine est revenue comme prévu en fin d’après-midi, après une journée complète de cours. Elle était essoufflée. Peut-être le vélo. Pourtant le trajet n’est pas long depuis le lycée, cinq minutes. Il m’a semblé surtout qu’elle avait besoin de reprendre son souffle après une journée éprouvante mais tellement satisfaisante.

Eprouvante car il est difficile d’arriver dans une classe en cours d’année. Et à quelques jours des vacances scolaires, les élèves sont fatigués. Eglantine n’a donc pas eu de mauvais accueil, mais les élèves ne sont pas non plus montrés très curieux. Elle n’a pas eu à expliquer pourquoi elle n’arrivait que maintenant.

Quand elle a dû se rendre à l’intendance pour obtenir le ticket lui permettant de déjeuner à la cantine (je l’avais bien inscrite mais j’avais oublié de créditer sa carte…), toute ses émotions ont déferlé et elle s’est retrouvée en larmes.

Bien sûr, je me suis sentie coupable quand elle m’a raconté l’incident le soir. Mais elle aurait craqué à un moment m’a-t-elle rassuré. Sa sensibilité était exacerbée depuis le matin. Elle était presque rassurée de ne pas avoir pleuré devant ses camarades. Les dames de l’intendance ont su la rassurer. « Ça reste longtemps quand tu pleures devant les autres de ta classe n’est-ce pas ? » m’a-telle interrogée plus tard. Elle était visiblement contente d’avoir tenu le coup.

Elle a été surprise de voir des téléphones portables sortis en cours (absolument impossible dans son ancien établissement) et stupéfaite qu’une élève s’endorme en cours d’anglais sans être rappelée à l’ordre. Elle a trouvé difficile de réhabituer à des cours magistraux où les élèves notent docilement les propos du professeur, sans autre interaction. Depuis sept mois qu’elle est à l’hôpital, elle appréciait les cours en tout petit comité, cinq à dix élèves maximum, qui permettent de poser de question et de rendre les leçons plus vivantes.

Il va donc falloir qu’elle s’adapte à ce nouvel environnement. Cette journée de découverte lui permettra justement de se projeter pour la vraie rentrée de janvier. L’effet de surprise sera passé. Les émotions seront moins fortes.

Bien sûr, quand j’écris ces lignes, je pense à vous qui les lisez. Et à ce point de mon récit, vous vous demandez peut-être si on peut réellement se réjouir de cette première journée. Et bien oui !

D’abord parce que, tout simplement, elle a eu lieu. Eglantine est retournée en cours. Une vraie grosse journée de 8h à 17h20 avec seulement une heure pour déjeuner. Sa dernière journée dans un établissement scolaire date du 19 novembre 2019… Evidemment, elle était fatiguée mais pas épuisée. Ce qui est très encourageant !

Ordinateur portable offert par la région Ile de France.

Et elle était enchantée d’avoir reçu l’ordinateur offert par la région à tous les élèves de seconde ! Elle a passé tout son temps jusqu’au dîner à explorer ses différentes possibilités. Elle en aurait presque aimé ses cours de SNT (Sciences numériques et technologiques) centrés sur l’ordinateur et ses périphériques qui normalement la barbent franchement.

Alors certes, cette journée d’adaptation aurait pu être plus agréable. Oui nous aurions aimé que les élèves l’accueillent vraiment, un peu comme les jeunes de l’hôpital le font avec les nouveaux patients. Mais elle est en train de revenir dans un monde normal, avec des ados normaux et des cours normaux. Un quotidien normal, donc imparfait. Et elle aura tout le temps à partir de janvier de découvrir ceux avec qui elle aura le plus d’affinités

Entre temps, j’aurai crédité sa carte de cantine et, le lundi 4 janvier 2021, elle ne sera déjà plus complètement nouvelle.

Prochain grand rendez-vous, ce vendredi. Elle quitte définitivement l’hôpital !

L’éclat des félicitations

Eglantine a eu les félicitations lors de son premier conseil de classe de seconde. Sortie de l’hôpital pour bientôt. La confiance revient.

La nuit est déjà tombée depuis longtemps quand je reçois un sms. Eglantine me transfère le message de sa prof principale. Mme M. lui annonce qu’elle a eu les félicitations lors du conseil de la classe de seconde de la clinique. Ma grande fille rayonne dans sa chambre d’hôpital quand elle nous appelle un peu plus tard en Facetime.

Les médecins avaient beau dire qu’elle n’aurait aucun problème à reprendre sa scolarité, je pense qu’Eglantine doutait d’elle. Avouons que nous aussi. Son passage en seconde, arraché de haute lutte alors qu’elle n’avait pas mis les pieds en cours depuis le mois de novembre, nous avait laissé le goût amer de l’incertitude. Avions-nous fait le bon choix ? N’aurait-il pas été préférable qu’elle refasse une troisième complète, plutôt que de se lancer dans le nouvel univers du lycée avec les lacunes de ses mois d’absence ?

Eglantine exprime peu ses sentiments. Sa joie d’hier me laisse deviner les doutes qui la tenaillaient elle aussi. Les médecins étaient confiants, les tests assuraient qu’elle avait les moyens intellectuels. Pourtant, la réalité était que, depuis deux ans, elle avait été plus souvent absente que présente en classe, clouée au lit par la douleur et la fatigue. Comment pouvait-elle se situer scolairement ?

Notre Petit Oiseau a retrouvé les notes excellentes auxquelles elle était habituée. Elle est enchantée quand elle regarde ses résultats sur ProNote. Elle regagne sa confiance en elle.

Les douleurs semblent réellement avoir disparu. La fatigue est de moins en moins palpable. Quand elle rentre de l’hôpital le week-end, Eglantine passe de moins en moins de temps dans son lit. Elle participe à la vie familiale, discute avec nous, joue avec sa sœur.

Prochaine étape, la journée d’adaptation dans son lycée, lundi 14 décembre.

Le biclou de ses 11 ans

Hortense a eu 11 ans aujourd’hui et une belle surprise !

Peut-on avoir onze ans un mercredi et attendre jusqu’au soir pour ouvrir ses cadeaux ? Rentrer du collège à l’heure du déjeuner et tenir sa frustration en laisse alors que l’on sait que, quelque part dans la maison, des cadeaux nous attendent… Pas évident.

Alors nous avons trouvé le meilleur compromis pour fêter Hortense dès ce midi tout en profitant de la présence de son papa (toujours en télétravail). Pas facile quand l’une sort du collège à 12h30 et l’autre commence une réunion stratégique à 13h. Nous avons abandonné le déjeuner ensemble pour nous focaliser sur les bougies et les cadeaux.

Sitôt revenue de cours, Hortense a été invitée à souffler ses bougies. Elle avait choisi le gâteau depuis des mois, un flan pâtissier. Olivier avait déjà déjeuné. Hortense était radieuse devant son flan embrasé. Onze petites bougies bleues à paillettes faisaient pétiller leurs reflets dans l’immense Happy Birthday doré qui les surmontait.

Dès la dernière mèche soufflée, Hortense est partie à la chasse au cadeau. Nous lui avions parlé d’un cadeau énorme, quasiment aussi grand qu’elle, caché dans le sous-sol. Elle n’avait pas eu l’occasion de l’apercevoir alors qu’elle était descendue chercher du papier origami lundi. Où pouvait donc se trouver ce gros paquet ?

Elle est prestement descendue et a rapidement trouvé son nouveau vélo. Elle ne risquait pas de tomber dessus avant ce midi, je l’avais mis dans le garage. Le biclou était une vraie surprise. Depuis qu’elle est en âge de faire du vélo, Hortense récupère systématiquement les engins trop petits de sa grande sœur. Mais elle a grandi. Et l’été dernier, nous avons profité de l’absence d’Eglantine pour emprunter son vélo pour Hortense. La selle d’Eglantine est plus haute, mais il convenait d’équiper Hortense d’un vélo de la même taille.

Elle ne s’y attendait pas du tout. Sa surprise fût grande. Sa joie aussi.

Elle a ensuite ouvert les cadeaux de toute la famille avec beaucoup de plaisir et avec encore quelques surprises.

Ses yeux pétillants et son sourire éclatant parlaient pour elle.

Avoir onze ans, c’est vraiment super !

Quant au vélo, Hortense ne l’a finalement essayé que ce soir. Elle avait beaucoup de devoirs cet après-midi. Elle a ainsi pu tester les phares aussi.

Maya n’est pas une abeille

La petite chatte Maya est arrivée chez nous voilà quelques jours. Joie de vivre et jeux permanents rythment sa vie.

Qui a baptisé Maya du nom d’une abeille rondelette et jouette aux rayures jaunes et noires ? Notre Maya est une petite chatte noire et blanche, aux oreilles et au museau roses et à la silhouette fine et allongée.

Elle est arrivée un samedi après-midi, en plein de confinement. Hortense et moi sommes allées la chercher avec une attestation spéciale fournie par l’association par laquelle nous sommes passés (Chat’bandonne pas 27). Nous cherchions un chaton qui serait plus câlin et joueur que Django et avec qui les filles seraient plus proches que notre gros grincheux.

Pour les caresses, c’est raté. Elle est tellement joueuse qu’elle ne supporte pas d’être prise dans les bras sans tenter de nous mordiller les doigts ou de nous enserrer les mains de ses longues pattes. Elle est tellement curieuse qu’elle s’échappe rapidement, coulant comme une goutte d’huile entre nos bras, rebondissant d’un bond flexible sur le sol avant de se précipiter sur un ennemi imaginaire, un jouet qui traîne ou ce pauvre Django.

Son humeur joyeuse, toujours égale, nous amuse énormément. Même Django s’est finalement laissé amadouer. Malgré les feulements et les coups de pattes, Maya revenait invariablement à la charge auprès de notre gros rouquin. Django est l’être vivant de la maison que Maya préfère. Elle recherche sa compagnie et pleure derrière les portes en attendant son retour quand il sort de la maison. Alors il la laisse faire, haussant parfois le ton quand elle est franchement agaçante, la cherchant lui aussi. Même si, ce qu’il préfère chez Maya, ce sont ses croquettes…

L’association nous a demandé de garder Maya à l’intérieur quelques mois. Mais la tâche est compliquée. Elle a tellement d’énergie et souhaite tant sortir dans le jardin ! Nous attendons qu’elle réponde mieux à son nom puis elle pourra explorer les sous-bois du jardin.

Alors, finalement, nous pouvons dire que Maya porte très bien son nom. Ecoutez-bien le générique de Maya l’abeille…

Vous avez bien entendu :

« Petite, oui, mais espiègle Maya !

Qui n’a vraiment peur de rien

Qui suit toujours son chemin »

Une description parfaite du caractère de la dernière arrivée chez nous.

Mais comment ne pas craquer devant ses grands yeux curieux, son ronronnement sonore, sa vivacité et la façon qu’elle a de se coucher sur le dos d’Hortense quand je vais réveiller ma collégienne le matin. Elle a aussi tenu compagnie à Eglantine dans son lit tout un après-midi. Des moments précieux.

Mission accomplie pour que les filles vivent une belle relation avec leur animal.

Des papillons dans la tasse

Reprendre l’écriture de ce blog pour faire vibrer les papillons dans ma tête.

Comment commencer quand il y a tellement longtemps que je n’ai pas bloggué, et si peu écrit, même pour moi.

Bonjour, peut-être ?

Histoire de saluer ceux qui ont encore l’idée de visiter ma Tasse de thé et ceux qui, abonnés, vont recevoir avec surprise une notification de ma reprise d’activité.

Reprise ou soubresaut ? J’ai cru tant de fois que je reprenais mon blog que je ne présage plus de rien aujourd’hui. Oui, j’ai à nouveau envie de partager des impressions de vie quotidienne, des coups de cœur, des questions, des créations… Des textes naissent dans ma tête qui racontent ces petits moments qui font le sel de la vie. Ils dansent en un nuage joyeux qui m’accompagne alors que je cuisine ou que je discute avec Petit Chat. Ils s’évaporent ensuite dans la langueur du temps qui passe sans que je ne prenne la prenne de les fixer.

J’espère seulement prendre ces papillons éphémères dans les filets de mes mots, poser leurs ombres colorées sur une page blanche et les partager avec vous, sympathiques lecteurs.

Des papillons dans la tasse

Soyons fanes !

Confinement oblige, je cuisine encore plus que d’habitude. Les premières semaines, je ne sortais même pas pour aller à la boulangerie. Puis mes réserves de farine et de levure boulangère s’amenuisant sérieusement, j’ai recommencé à acheter du pain frais.

Je participe à un groupe de cuisine sur WhatsApp. Nous échangeons des recettes afin de varier les plaisirs gustatifs quotidiens et d’éviter le retour trop régulier du jambon-purée. Je teste ainsi fréquemment de nouvelles recettes et recherche des façons différentes de cuisiner les légumes de saison.

Ces nouveautés deviennent les classiques du moment. Ainsi le risotto aux asperges vertes, citron et amandes qui ravit tout le monde. Jamais de reste ! Même si les restes ne sont pas vraiment un problème. Dès que les bacs se multiplient dans le frigo, nous faisons un dîner en mettant tout sur la table et chacun pioche ce qu’il veut. Un peu comme des mezzé.

Risotto aux asperges

Ainsi, nous ne sommes pas encore au zéro déchet mais nous avons bien progressé dans la diminution de nos ordures. Ce qui passe notamment par une bonne gestion de la nourriture. En ce qui concerne les légumes, je remplis le bac à compost avec les épluchures.

Je n’ai pas encore essayé d’utiliser les pelures de carottes. Mais aujourd’hui, j’ai décidé de cuisiner quelque chose avec les fanes de mes radis. Mixées avec de l’huile d’olive et un peu de sel, elles ont donné un pesto d’un vert printanier à l’odeur acidulée légèrement piquante. La base de ma nouvelle recette de pain feuilleté au pesto de fanes.

Autant dire que les nez se sont tordus à l’évocation de l’ingrédient phare de ma recette. Mon homme et mes filles n’étaient pas fans de mes fanes. Finalement, jambon-purée c’est bien aussi, non ?

Cependant tous les a priori ont été balayés quand nous avons goûté le fameux pain. Une pâte moelleuse, un peu fondante grâce à la mozzarella et un goût frais proche de l’ail des ours. Avec un bon velouté de légumes, ce fût un dîner à la fois simple et original. Un nouveau classique de la maison ?

Emporter la beauté ?

Les premiers archéologues emportaient des morceaux choisis de leurs découvertes. Ainsi le portrait d’une jeune femme tenant un stylet arraché à une fresque en 1760 par les premiers archéologues de Pompéi. Une pratique courante à l’époque et aujourd’hui condamnée. Pourtant qu’il semble naturel d’avoir envie d’emporter un souvenir, une trace du beau pour faire renaître encore et encore ce moment d’émerveillement face à ce qui nous touche. Peut-être même ces premiers archéologues craignaient-ils que les fresques qu’ils venaient de mettre au jour ne se dégradent. Ils devaient alors être intimement persuadés de les préserver des ravages du temps et des pillards en les emportant.

Portrait de jeune femme - Sappho

Et que fait d’autre l’humanité connectée aujourd’hui en photographiant convulsivement les œuvres dans les musées, les arbres en fleurs et les couchers de soleil ? Cette beauté exceptionnelle ou ordinaire, nous éprouvons un besoin impérieux de la garder avec nous le plus longtemps possible et à la partager.

Avec le confinement et les contraintes sanitaires qui vont nous être imposées pour encore longtemps, heureusement qu’il nous reste le plaisir de découvrir la beauté sur nos écrans. Les musées proposent de nombreux parcours en ligne.

Cette jeune femme antique aux traits délicats m’inspire beaucoup de douceur. De grands yeux noirs, une multitude de boucles brunes, des lèvres délicieusement ourlées d’où s’échappe un stylet, parole légère, pensées puissantes à noter impérativement.

A l’instar des archéologues du 18è siècle, j’ai envie de garder la bienveillance de son regard près de moi.

Ca rubikscube !

Petit chat a ressorti les Rubik’s Cubes. Avec son papa, elle a exploré les tutos sur le web. A la fin de journée d’hier, elle était capable de résoudre le 2×2. Quand nous sommes revenus de notre sortie au théâtre, elle n’attendait qu’une chose, que nous mélangions son petit cube coloré.

Après le déjeuner, ce dimanche, les filles ont troqué leurs savoir-faire. Je te montre comment résoudre le Pyramix (ce Rubik’s Cube en forme de pyramide) et tu m’apprends le 2×2. Petit Oiseau a dû faire preuve de patience car sa sœur n’aime pas du tout ne pas réussir du premier coup.

Alors, tête contre tête, l’une allongée sur le canapé, le chat sur les genoux, l’autre lovée dans le fauteuil qu’elle avait rapproché au plus près de sa sœur, elles ont fait tourner les faces aux couleurs vives. Cris de frustration, rires bienveillants, ça charriait un peu, et ça recommençait. Sororité complice. Connivence de casse-tête.

Prochaine étape pour tout le monde, le 3×3. Leur père s’est déjà entraîné.

A quelques degrés de là

Entre les livres et le public venu écouter Irina Teodorescu parler de son dernier ouvrage, Ni poète, ni animal. Il fait chaud à la librairie Libralire. Je suis arrivée en retard mais j’ai été immédiatement happée par les yeux noirs, le sourire pétillant et la voix douce d’Irina. J’ai laissé derrière la porte les terrasses des cafés, leurs minuscules tables où se serrent les buveurs d’apéro-assiette de charcuterie et le brouhaha de ce onzième tellement plein de vie.

Irina Teodorescu

Irina a répondu à quelques questions sur Ni poète, ni animal. Le grand poète, tourillon de son récit, est une invention. En revanche son grand-père a bel et bien volé une chat quand elle était petite, en Roumanie. Irina mélange fiction et réalité dans un univers flottant et onirique, rendant plus palpable le réel.

Une grand-mère toquée, une mère qui parle à des K7 qu’elle n’enverra jamais à son amie passée à l’Ouest et Carmen, clown-poétesse de10 ans à l’heure où les Ceaucescu, abattus les yeux bandés et les mains attachées, ne sont plus qu’une effluve d’after-shave. Irina n’a jamais regardé les images de leur exécution.

Qu’est-ce que la révolution pour une enfant de 10 ans ? Qu’est-ce qui sépare la révolution d’un coup d’état ? La poésie peut-elle triompher ? L’homme n’est-il qu’un animal ? La mort rode. Le renard, le cochon, le poète, le dictateur et son épouse. Il fait froid en ce mois de décembre 1989 mais les mots d’Irina, simples et pertinents, sont une ode à la vie, à l’envie, qui réchauffent le coeur.

Ses romans, comme un poème, laissent une grande part à notre imagination, à notre interprétation.

J’ai retrouvé Claire. Nous avons partagé un atelier d’écriture avec Irina cet hiver. Avant que Petit Oiseau ne soit malade. Je ne connais personne d’autre. J’ai trop chaud. Il est tard.

Dans la rue Saint Maur, la boutique de pâtisseries orientales à descendu ses stores noirs. Les terrasses débordent sur les trottoirs. On est debout, un verre de bière ambrée à la main. On rit fort, on se parle à l’oreille pour mieux se comprendre. Un homme abaisse vigoureusement le rideau de fer de sa petite boutique de réparation de téléphones. La journée est finie. La nuit bat déjà sa propre mesure.

Mon manteau est grand ouvert. Je n’ai pas le courage de le retirer. J’ai enroulé mon écharpe autour de la lanière de mon sac. Une bande de skaters passe en trajectoires brouillonnes. Quels moulures apparaissent dans les lumières des appartements de l’avenue. Que la nuit est douce, que Paris est vivante.

A quelques degrés de là, je descend du RER. Je frissonne. J’enroule mon écharpe autour de mon cou et enfouis mon nez à l’intérieur. Pas de café, pas de terrasse et l’œil de la lune qui me regarde fraîchement dans le ciel noir. Elle sera bientôt pleine.

Maisons avec jardins, échiquiers d’appartements éclairés, je marche seule dans la lumière chaude des réverbères. Paris-banlieue, quelques degrés d’écart et déjà un autre monde.

Le temps d’un livre dans une librairie, j’ai aussi retrouvé un peu de Roumanie. Encore quelques degrés de moins et je skie dans les Carpates avec Carmen.

La rentrée d’après

Dans le salon les sacs et cartables sont prêts pour la rentrée. Mais moi je n’ai pas dormi de la nuit. Voilà dix jours que nous sommes rentrés de vacances en avance car Petit Oiseau était à nouveau au fond de son lit. Je l’ai trouvée fatiguée tout l’été. Je suis angoissée. Elle n’est pas allée en cours depuis le mois de mars. Comment va-t-elle reprendre le rythme soutenu du collège ? Je l’imagine déjà terrassée de fatigue, pliée en deux de douleur.

Et puis non.

Ce lundi soir, les rires fusent dans la maison. Les filles chahutent. Petit Oiseau taquine sa petite sœur. Petit Chat raconte sa journée. Elles chantonnent dans leurs chambres. Les éclats de leurs voix sautillent dans les escaliers. Je recouvre les livres. Corvée de rentrée.

Mardi, la prof d’anglais exige un cahier bleu. Déception de mettre au placard le traditionnel cahier orange que Petit Oiseau choisit à chaque rentrée depuis le CP pour cette matière. On peut donc encore sérieusement imposer une couleur de cahier pour des élèves de troisième ? Cependant, si les seuls soucis de Petit Oiseau en ce début d’année sont ses fournitures, je me sens rassurée.

Mercredi, toujours pas de fatigue particulière. Petit Oiseau rentre déjeuner rapidement avant de filer vers Paris. Cette semaine elle se rend seule à sa séance d’hypnose. Petit Chat est un peu malade et je reste avec elle. Un sms pour m’avertir qu’elle sort du RER. Un passage à la FNAC voisine après la séance. Ma fille aînée découvre le plaisir de se balader seule dans Paris. Elle se régale de la possibilité d’entrer dans les musées gratuitement ou de monter en haut de l’Arc de Triomphe. Mais elle n’a pas encore le droit de prendre un verre dans un café, même un simple citron pressé. Ce petit rituel restera encore quelque temps un privilège à partager avec moi.

Mon Petit Oiseau grandit. Je n’aurais jamais imaginé que la rentrée d’après ses six mois de maladie sans diagnostic se passe aussi bien. Je la scrute, j’observe ses expressions, les plis sur son visage, je cherche les traces de fatigue, les difficultés dessinées dans les cernes.

Et puis non.

La rentrée d’après se passe bien.

C’est tout.

C’est énorme tellement c’est simple.