Embellie pulmonaire

Il y a des mots qui trainent dans nos imaginaires sans que l’on sache réellement ce qu’ils représentent. Embolie pulmonaire. Phlébite. Déjà entendus sans qu’ils aient de consistance concrète. Soudain, pourtant, ils se matérialisent douloureusement.

Obstruction d’une veine par un caillot de sang. Phlébite. Le plus souvent dans le mollet.

Obstruction d’une artère pulmonaire par un caillot de sang. Embolie pulmonaire.

Nécrose d’une partie du tissu pulmonaire suite à l’arrêt de la circulation sanguine. Infarctus pulmonaire.

Pour nous, des mots qui font peur. Pour Olivier, son médecin généraliste qui l’emmène personnellement aux urgences et une semaine d’hospitalisation en cardiologie. Douleur et angoisse des premiers jours. Patience, le temps que le corps se remette, que l’anticoagulant agisse, que les premiers examens écartent le plus grave.

Un peu plus d’un mois après l’alerte, les capacités respiratoires d’Olivier s’améliorent progressivement. Il vient de reprendre le travail. Il s’essouffle de moins en moins en montant les escaliers ou en marchant.

Petit bonheur estival au feu d’artifice du 14 juillet. Les lumières qui fusent et explosent en immenses fleurs colorées semblent célébrer l’embellie pulmonaire qui redonne une bouffée d’oxygène à Olivier.

Sky is the limit

Qu’il est difficile de donner confiance à son enfant. Sous ses airs bravaches, Hortense est une grande sensible qui peine à croire en ses qualités.

Être la petite sœur d’Eglantine ne facilite pas les choses. Malgré sa santé, les résultats de sa grande sœur sont brillants. Eglantine avait obtenu son brevet mention très bien à la fin de sa troisième, quand bien même elle n’était pas retournée en cours après le mois d’octobre. C’était l’année du COVID. Les épreuves écrites avaient été annulées et seul avait compté le contrôle continu. Même avec simplement deux mois de notes.

Quatre ans après, il ne reste que la mention très bien.

Même si elle ne l’évoque jamais, Hortense souhaite faire aussi bien que sa sœur. Cependant, je sens que ma cadette se persuade parfois qu’elle n’a pas le même niveau que son aînée. Il est indéniable qu’elles sont très différentes. Leurs forces et leurs faiblesses sont très éloignées.

Hortense me surprend souvent. Elle a un caractère de chat – gardant ses distances mais pas trop loin des caresses. Des émotions tantôt impénétrables, tantôt exubérantes. Un vif désir d’émancipation malgré un besoin indéniable de reconnaissance.

J’aime la regarder grandir, mûrir, s’épanouir. Malgré les orages que je laisse éclater quand elle me désarçonne trop intensément, elle sait que je la soutiens toujours.

Mais quoi de mieux que d’obtenir sa propre mention très bien à son Diplôme National du Brevet pour enfin croire en elle ? Les résultats sont tombés ce matin. Je suis tellement heureuse pour elle.

Je lui souhaite d’oser rêver et croire en ses rêves pour choisir la vie qui lui plaira. Sky is the limit !

Nouveau souffle

Une vieille bâtisse au bord de la Creuse, ses buissons d’hortensias, ses murs de pierre et ses épaisses portes en bois. Une vingtaine de jeunes bacheliers venus se détendre après les dernières épreuves, à quelques jours des résultats.

Eglantine les a rejoint pour trois jours.

A l’extérieur, végétation luxuriante, piscine et terrain de volley. A l’intérieur les restes du déjeuner côtoient les derniers petits-déjeuners sur la toile cirée de la cuisine. Des vêtements abandonnés constellent les fauteuils du grand salon. Shorts et maillot de bain, sweats à capuche et tee-shirts, le pratique et le confortable siéent au relâchement des corps et des esprits.

A la grand table étirée sous les arbres et les parasols, ça discute tranquillement en avalant le riz-ratatouille du déjeuner. Lotion anti-moustique et crème solaire traînent sur les sièges. Il est 15h ce samedi quand je viens chercher Eglantine. Embrassades et aurevoirs. La petite troupe se dispersera à la rentrée en différentes facs, écoles et prépas.

Ultimes moments avec les élèves qui ont accompagné la dernière année de lycée d’Eglantine. Une classe en or qui a toujours respecté ses besoins particuliers et ne lui a jamais tenu rigueur de sa différence. Pendant ces trois jours avec eux, ils lui avaient d’ailleurs réservé une chambre seule pour qu’elle puisse se reposer à l’écart.

Ça n’a pas suffi à empêcher la fatigue. Trop heureuse de cette ambiance de troupe qu’elle a toujours affectionnée, Eglantine est allée au bout de ses forces. Elle a mis plusieurs jours à retrouver assez d’énergie pour sortir de sa chambre une fois de retour à la maison. Malgré le nouveau traitement.

Mais les souvenirs de ces moments partagés sont précieux.  Le grand sourire et les yeux brillants de joie estompent les cernes et la pâleur.

Et c’est le cœur radieux qu’elle a commencé son inscription administrative à la fac. Un nouveau souffle l’emporte dans une odyssée inédite, l’âge adulte.

La bonne distance

Sur le chemin de la gare ce matin, mon ado me parlait de Vice-versa 2 et des nouvelles émotions qui ont fait leur apparition dans ce deuxième opus. Hortense évoquait l’ennui, la nostalgie… Le film réussit visiblement à mettre en couleur les turpitudes de l’adolescence. Période compliquée de mutation permanente, de recherche de soi, de doute et de sensibilité extrême.

Eglantine a éludé son adolescence. La gardant à distance, éteinte derrière ses douleurs et sa fatigue chroniques. Hortense vit pleinement la sienne, ses affres et ses joies, les changements de son corps. Déjà si grande alors qu’elle n’a que quatorze ans. Et une irrésistible inclination à enfouir ses émotions derrière une épaisse carapace d’indifférence.

Il faut généralement attendre la nuit pour que se déverrouille la cuirasse et que la parole se libère. Tard le soir, quand sa sœur dort et que son père lit dans notre chambre, si je traîne un peu au salon, elle vient s’assoir près de moi. C’est l’heure des confidences et des révélations murmurées dans les lumières tamisées.

Ces moments sont rares – le soir, je tombe généralement de fatigue. Ils sont d’autant plus précieux. Moi, je suis du matin, jamais plus en forme qu’au lever du jour. A cette heure où Hortense dort d’un sommeil de plomb duquel je culpabilise de la sortir.

La tête enfouie dans son oreiller, les cheveux en bataille, enroulée dans sa couette, mon ado redevient la petite fille qui dormait à poings fermés dans son lit à barreaux. Je voudrais encore la couvrir de bisous et la croquer du bout des lèvres. Mais aujourd’hui, c’est du bout du stylet que la croque sur ma tablette. On n’approche pas une ado si facilement.

Au moment d’accéder au train ce matin, nous avons demandé l’autorisation d’un agent en veste rouge et casquette noire pour que j’accompagne Hortense jusqu’à sa voiture. Mon ado prenait le train toute seule pour la première fois. Et après tout, elle n’a que quatorze ans. « Elle est grande quand même ! » répondit-il d’abord en constatant qu’elle le dépassait de quelques centimètres. Il a finalement refusé que nous sortions sa carte d’identité et j’ai pu passer les barrières de sécurité. Hortense était rassurée.

Une fois installée sur son siège, la valise à l’entrée du compartiment, la guitare sur l’étagère au-dessus de sa tête, le pique-nique dans le sac-à-dos, Hortense n’a pas prolongé les effusions. J’ai rapidement rejoint le quai.

L’adolescence, c’est un compromis permanent pour trouver la bonne distance avec son enfant. Laisser respirer tout en restant à l’écoute. Exiger et accepter. Accompagner et lâcher prise. Une expérience exténuante et tellement enrichissante, une découverte quotidienne.

Le train a passé la frontière espagnole. Mon ado n’a pas oublié de descendre à la bonne gare. Elle a retrouvé sa copine. Changement de famille pour quelques jours.

Il faudra que j’aille voir Vice-versa 2.

Une belle victoire

Il lui aura fallu un peu plus de temps que les autres.

Elle aura manqué beaucoup de cours. Elle aura suivi ses enseignements en courant alternatif. Elle aura troqué une scolarité classique pour l’hôpital puis une école hors contrat, Steiner. Petits effectifs et profs bienveillants qui auront su s’adapter pour qu’elle suive les cours à son rythme. Du fond de son lit parfois, en visio ou en audio (par téléphone). Ce sont eux qui ont imaginé cette terminale en deux ans, l’étalement des épreuves. On ne compte plus les mots d’absence, les justificatifs médicaux, les plans d’accompagnement individuel (PAI), les aller-retour en voiture pour une heure de cours dans la journée, ou trois, ou six.

Elle se sera accrochée. Elle n’aura rien lâché. Sauf l’allemand. Dispensée. Tout comme l’endurance. Elle n’en a plus. Elle aura quand même passé une épreuve de sport, le tennis de table, où elle excelle.

Eglantine a passé sa dernière épreuve mercredi. Le grand oral. Elle avait choisi un sujet sur ces nuages qu’elle aime tant. Derrière la poésie du ciel, il y a de la physique-chimie.

A 13h précises aujourd’hui, elle s’est connectée. Admise au baccalauréat. Mention très bien.

Joie bruyante, délectation remuante, humeur bondissante. On a mis la musique. On a trinqué. On a fêté. Une odeur de bonheur parfumera nos journées pendant encore plusieurs jours.

Vieilles anglaises, guinguette et verres à pied

Elles sont cinq resserrées autour d’une table en lattes de bois brut. Cheveux gris ou colorations blondes, teint hâlé des peaux blanches qui profitent du moindre rayon de soleil, chemisiers fleuris, bijoux discrets, maquillage léger. Elles ont le ton chantant des beaux jours malgré la pluie qui menace et l’accent parfaitement britannique.

Guinguette sur les bords de la Vienne. Village rustique au joli pont de pierre et aux ruelles médiévales dominées par un château en ruine. Les chaises dépareillées sont retournées sur les tables détrempées. Tout le monde s’est resserré sous le barnum blanc. Les arbres coulent leurs feuilles humides vers les flots épais et sombre de la rivière.

Les vieilles anglaises ont commandé une bouteille de rosé. Les paniers à pique-nique renferment des fish and chips, cliché culinaire de leur patrie. Au moment de servir le vin dans les gobelets en carton de la guinguette, l’une d’elles extirpe de son panier cinq verres à pied immenses, d’un rose bonbon délicieusement kitch, rehaussés de décors en relief au baroque assumé.

Elle trinquent en entonnant « Joyeux anniversaire », en français dans le texte. Elles fêtent les quatre-vingt-dix ans de leur doyenne. Le mauvais temps n’entame pas leur volonté farouche de pique-niquer. Elles oublient la grisaille dans une bulle de gloussements enjoués et de joyeux babillages.

J’imagine Baloo, l’ours du Livre de la Jungle, descendre la rivière à cette instant en chantant « Il en faut peu pour être heureux » et accompagner leur doux univers fantasque.

La nuit est tombée

Des voix résonnent dans les jardins voisins. Le soleil disparaît derrière les pierres claires de l’église romane. Les derniers rayons s’éteignent dans les roses trémières, fers de lance d’un jardin abandonné. Les herbes folles aux petites fleurs sauvages ont envahi la pelouse. Les arbres ont étendu leurs branches qui frémissent dans le vent du soir. J’ai trouvé deux nids sous un rebord du toit. J’ai ouvert toutes les fenêtres de la maison de ma maman.

Je comprends qu’elle ait tant aimé cet endroit au milieu des vignobles du Cognac. Chemins blancs qui courent entre les rangs de vignes dans la lumière douce du sud-ouest. Sa maison était le nid qu’elle s’était construit, réceptacle de toutes ses histoires, vécues ou inventées, de ses rêves et de ses dénis.

Depuis deux ans, je découvre ses failles, abyssales, cachées derrière des décors de carton-pâte. Un toile de fond qui m’avait finalement toujours contentée et derrière laquelle je n’avais jamais creusé. Des sentiments confus, enfouis, ont fait surface. Une déception immense, une colère intense. Reflets d’un amour filial indéniable qui, pourtant, ne rend pas le pardon plus facile.

Elle est allée au bout de la pièce de théâtre qu’elle a jouée toute sa vie, ne se dupant finalement qu’elle-même. Depuis quelques mois, elle vit près de nous, ne s’occupant plus de rien. Elle a retrouvé le sourire, promène son petit chien, lit, retisse des liens sociaux. Parkinson et démence lui permettent d’effacer l’ardoise des paroles acerbes et des actes manqués.

Demain, je lui apporterai ses vêtements d’été et quelques petites choses de sa maison. Bientôt les jardiniers viendront débroussailler et élaguer. La maison sera vendue. Il va falloir la vider. Sans elle. Revenir ici serait trop violent.

La nuit est tombée. Le clocher fait vibrer l’heure bleue qui précède l’obscurité. J’ai hâte de quitter cet endroit et de reprendre mon souffle.

La tête en friche

Écrire. Lire. Peindre. Photographier. Aller et venir entre ces activités. Les suspendre le temps de prendre soin des autres. Impression d’un temps infini. Voir fleurir les jonquilles, apercevoir les cerisiers en fleurs, contempler la flamboyance de l’arbre de Judée dans le jardin, voir faner les magnolias. Laisser cette Tasse de Thé en friche.

C’est joli aussi une friche. Les plantes s’installent rapidement. Comme ces sauvages qui envahissent les rues à travers le moindre interstice dans le béton. Une friche, c’est avant tout un endroit qui vit alors qu’aucune fonction particulière ne lui est plus attribué.

Un peu l’état de ma tête actuellement. Pourtant, l’envie est là qui titille. Ce désir d’écrire, de saisir l’instant, d’en ressentir la couleur, d’en partager l’intensité. L’irritation de laisser filer le temps. Comme un ruban qui s’envolerait dans un ciel nuageux. Tendre la main pour l’attraper alors qu’il est déjà trop loin.

C’est sans compter sur les rencontres. Ces quelques mots échangés au détour d’un déjeuner. Partage du plaisir d’écrire. Promesse de se revoir. De partager des textes. Un nouvel atelier d’écriture ? Comme une jolie confluence. Une impulsion qui donne envie de remettre les mots en ordre et de faire renaître des phrases sur la friche.

Avoir la tête en friche, finalement, c’est laisser le temps aux idées de fleurir quand point un rayon de soleil.

Solstice d’été

Et la pluie s’est arrêtée.

Les techniciens ont monté la scène, arrimé les structures de métal, posé rubans et fanions colorés entre les tentes blanches, déplié tables, chaises et transats sur la pelouse verdoyante, branché les câbles électriques, raccordé l’eau.

Les nuages ont confié leurs dernières gouttes aux premières chaleurs de l’été. Alors, on a abandonné les vestes sur les bancs, jambes et bras nus. Une nuée de tee-shirts bleu ciel a fourmillé sous les arbres du parc. Les équipes du théâtre, permanents, intermittents, bénévoles, ont accueilli les artistes et le public. Alchimie d’une rencontre aux allures de fête.

Les premières notes de musique ont fait vibrer les corps alourdis par des semaines de grisaille pluvieuse. Impression de renaître, de retrouver de la force, de l’envie et de la joie. On a beaucoup marché, abandonnement discuté. On a porté, déplacé, rangé, nettoyé. On a partagé nos repas, enchaîné les cafés, trinqué à un futur radieux.

On a vu des spectacles, assis dans l’herbe ou debout sous les arbres. Du mat chinois, de la musique onirique aux notes aquatiques, des chants mystiques, un vélo dans le ciel, de l’humour poétique, de la boue acrobatique, des voix espagnoles et du dub coloré. On a plané, vibré, ri, dansé et beaucoup applaudi.

On s’est retrouvés, on s’est reconnus ou simplement connus.

On a couru après le temps. On l’a finalement trouvé. Ne pas le laisser filer. En grapiller parfois. Et s’en donner enfin, sans être à contretemps.

Quand les lumières se sont éteintes, les guirlandes chamarrées se sont échouées sur l’herbe piétinée. Les camions ont avalé le matériel par petites bouchées ajustées.

La nuit est tombée, chargée de rêveries fantastiques. Les portes du parc étaient déjà fermées. Un groupe de jeunes les a escaladées en riant. On a chargé les voitures, repris les vélos et le parc a retrouvé la paix d’une douce nuit d’été.

C’était le premier week-end du festival Solstice, organisé comme chaque année par l’Azimut. Fêter la fin de saison et le début de l’été.

Installation du festival Sosltice au parc Heller

Soleil, fraises et petits pois

Des années que ça tire. Prendre soin. Chercher des solutions. Trouver des expédients. Accompagner. Soutenir. S’écrouler. Se relever. Porter.

Les derniers mois ont été moroses. Voir ma maman se faner, son esprit s’étioler. La colère face au déni. L’impuissance face à la maladie. Ne pas abandonner. Sentiment d’être un de ces pêcheurs dévorés par la mer déchaînée dans La Vague d’Hokusai, où il faut prêter attention aux détails pour apercevoir les barques malmenées par les flots. Sont-ils encore à bord ou déjà noyés ?

Les flots, justement, parlons-en. Des semaines qu’il pleut. Les journées de grisaille et le froid humide qui infiltre les corps. Ressortir les gros pulls à la saison où l’on aspire à la légèreté du coton et du lin. Déplier un parapluie plutôt que des lunettes de soleil.

Ce dimanche était une journée de répit. Aucun rendez-vous. Pas de boulot. Pas de visite. Pas de rendez-vous médical. Pas de conduite. Pas de pique-nique à préparer. Pas de sac à vérifier, qu’il soit de plongée, de dessin ou de scoutisme. Rien. J’aurais pu faire la grasse matinée, mais je me réveille toujours très tôt. Lire au lit sans regarder l’heure. Se délecter des nouvelles délicates comme de la dentelle, taillées au ciseau, de Franck Courtès dans Autorisation de pratiquer la course à pied.

Descendre prendre mon petit-déjeuner avec Eglantine. Deuxième jour de traitement. Elle avale sa gélule aux couleurs pastels dès le début de la journée. L’effet dure douze heures. Pas question que ça l’empêche de dormir le soir. Nous terminons de boire notre thé au salon. Désir de retrouver la douce chaleur de ma couette alors qu’Eglantine ne demande qu’à m’accompagner au marché. Elle est pleine d’envie et d’énergie.

Au point de faire le marché à ma place ? L’idée lui plaît. Je n’en reviens pas. Le marché, c’est des centaines de personnes entassées dans un tout petit espace. Le brouhaha des conversations. Les lumières des étals. Les mouvements en tous sens. Pour elle, c’est épuisant. Mais ce matin, je remonte dans mon lit alors qu’elle saisit le panier en paille.

Quand je me réveille, Eglantine vient de mettre le déjeuner dans le four et entreprend de laver la salade. L’après-midi est déjà entamée. Elle a révisé ses cours pour son épreuve de demain. Maintenant, elle a faim. J’ai dormi trois heures. Si profondément qu’il paraît que j’ai même ronflé.

Hortense se lève aussi. Elle n’a aucun problème, elle, à profiter des grasses matinées dominicales. Olivier rentre du golf au moment où nous passons à table. Déjeuner en famille. Discussions tranquilles. Éclats de rire. Nous sommes bien. C’est tout simple, certes. Mais pas si commun. Surtout, Eglantine ne file pas se coucher dès la fin du repas. Les discussions continuent sans que son teint ne pâlisse et que ses yeux ne se creusent.

Un peu plus tard, nous écossons toutes les deux les petits pois qu’elle a acheté au marché et elle chipe les fraises que je viens à peine de laver. Pas de sieste. Elle a continué à réviser et joué avec sa sœur. Le soleil badine dans les feuilles des noisetiers du jardin. La grisaille semble partie pour de bon.

Eglantine est finalement terrassée par la fatigue au moment du dîner. Soit douze heures après avoir pris son traitement. Mais, indéniablement, ça fonctionne. Elle retrouve un peu d’énergie, d’envie, et de ce dynamisme qui l’a toujours caractérisée avant qu’elle ne s’éteigne à l’âge de 13 ans. Elle doit augmenter les doses petits à petits. Il peut y avoir des effets indésirables. Des ajustements seront certainement nécessaires. Mais, indéniablement, il se passe quelque chose.

Pour moi, ce renouveau a la couleur du soleil, le goût des petits pois, l’odeur des fraises fraîchement coupées et la saveur d’un repos authentique. Une recette délicieuse.