Janis et les cerisiers en fleur

Cette semaine, la photo du lundi est l’œuvre d’Eglantine. Elle a profité d’une éclaircie pour faire un tour au parc de Sceaux avec son nouveau vélo, Janis. Oui, elle lui a donné un nom. Et comme je trouve l’idée hyper sympa, je l’ai copiée. Ma bicyclette, elle, s’appelle désormais Pimprenelle.

En recevant la photo de Janis sous les cerisiers en fleurs du parc de sceaux, je me rends compte que je suis passée à côté de la floraison de ces superbes spécimens japonais cette année. Accaparée par mes différentes activités, j’ai laissé le temps filer. Et, déjà, les pétales se répandent en neige rose sur les pelouses verdoyantes.

Eglantine, elle, a profité du temps mitigé – et donc peu engageant à la promenade – pour s’installer sous les cerisiers sans qu’ils ne soient pris d’assaut par les adeptes du hanami – coutume traditionnelle japonaise qui consiste à admirer les cerisiers en fleur au printemps. Elle a déplié une vieille couverture emportée pour l’occasion, sorti son crochet et son fil de coton et elle a tissé quelques rangées de son prochain ouvrage.

Voilà, après des années au fond de son lit, Eglantine peut enfin envisager de vivre des moments seule, des moments où elle n’a pas besoin de nous pour la soutenir, des moments qu’elle a choisi et qui lui appartiennent. Et ça fait chaud au cœur.

Sacrée pause

Voilà le problème de casser la routine. S’autoriser à ne pas écrire une fois. Parce que gros coups de fatigue. Parce que petit moral. Parce que je ne sais plus trop pourquoi je le fais. Et hop, ce sont plusieurs jours de blanc, la pause qui s’allonge.

Alors je rattrape le rythme pour la photo du lundi. Même si ce lundi férié ressemble plutôt à un dimanche tranquille.

Vendredi soir, nous avons testé la nocturne gratuite du Louvre, formule lancée ce mois-ci. Désormais, chaque premier vendredi du mois, le Louvre propose une nocturne gratuite de 18h à 21h45.

Eglantine était trop fatiguée. J’y suis allée avec Hortense et sa copine Juliette. Elles sont restées longtemps devant le Sacre de Napoléon de David. Deux ados en sweat à capuche et aux épaules fatiguées. Plus que la peinture, je soupçonne qu’elles ont apprécié la banquette rembourrée. Il semble que nous ayons marché environ cinq kilomètres ce soir-là…

Quitte à faire une pause, autant qu’elle soit monumentale et historique.

Les croches des carpes koï

Devant ce joli pavillon propret, des carpes koï, jaunes, oranges et rouges nagent en rond dans un petit bassin. Les enfants aiment s’arrêter pour les regarder. Les couleurs chaudes qui ondulent sous la surface de l’eau subjuguent les regards, attisent la contemplation et apaisent les esprits.

Il n’est d’ailleurs pas rare qu’un adulte s’arrête aussi un instant pour admirer ces animaux pacifiques qui semblent se contenter d’une eau propre et d’un peu de soleil.

En hiver, quand les températures descendent, on perçoit à peine quelques reflets au fond du bassin. Les carpes, immobiles, hibernent le temps que les beaux jours reviennent.

En rentrant à la maison cet après-midi, j’ai aperçu cette famille de petites croches juchées sur la portée de la balustrade. Leurs voix délicates sautillaient dans le vent frais. La partition s’es achevée sur quelques soupirs quand leur maman leur a enjoint de repartir.

Coco, trognes et poésie

Quelle trogne cette noix de coco !

Elle est ma star de la photo du lundi.

Qui sait encore ce qu’est une trogne ? Ce n’est pas simplement un visage remarquable, c’est avant tout une façon de tailler les arbres. Le tronc, régulièrement étêté à hauteur d’homme, fait des petits rejets à chaque coupe. Au fil des années, le tronc s’épaissit alors que les branches sont d’une extrême finesse. Ça donnes des arbres trapus, épais, rendus difformes par l’âge, tordus, fendus avec une tignasse de branches échevelée sur la tête. On découvre souvent dans les boursoufflures de leur écorce, des visages grotesques, irréguliers, un peu monstrueux.

Ce matin justement, Eglantine découvrait un visage vieillissant dans une trogne devant son lycée.

Voir des visages humains dans notre environnement est un phénomène qui s’appelle pareidolie. C’est le principe qui est utilisé par les psy lors des tests de Rorschach. Ceux où il faut donner un sens à des tâches d’encre. Notre cerveau a besoin, pour gagner du temps, de se référer à des formes déjà connues, à des représentations mentales préexistantes.  

Ainsi les trognes à visage humain ou cette noix coco qui semble parfaitement surprise de se retrouver là.

Le maître incontesté de la paréidolie est sans nul doute le peinte italien Arcimboldo. Il donnait naissance à des visages humains en cumulant des fruits, des légumes et autres cadeaux de la nature.

Giuseppe Arcimboldo, Vertumne (portrait de Rodolphe II), 1590, huile sur bois, 70,5 x 57,5 cm, Stockholm, Skoklosters Slott

On peut retrouver des visages humains dans les fleurs des orchidées mais aussi à l’échelle de la planète. Comme ce projet qui consiste à déceler des visages humains à la surface de la terre à partir de Google Earth.

Si le phénomène a une explication scientifique, liée à la survie de l’humanité – identifier rapidement une présence dans son environnement proche – l’art de découvrir un miroir de l’humanité dans le monde qui nous entoure appelle, selon moi, une certaine poésie.

C’est elle qui m’interpelle quand je photographie ma noix de coco.

Fallacieuse corolle

Fallacieuse corolle. Un oignon joue la comédie.

Desséché, la peau qui craque, rabougri, ayant perdu les rondeurs de sa chair à l’odeur piquante, il s’étiole silencieusement dans un coin de la cuisine quand je le découvre.

Cercles anguleux. Jeu des traits sur la planche à découper où se croisent les entailles des lames, les veines du bambou et les lignes de fuite des couches extérieures de l’oignon qui se jettent en son centre.

Le soleil inonde la pièce, enveloppant délicatement l’oignon, illuminant son coeur blanc, soie sauvage potagère. Beauté éphémère d’un bulbe mutilé, racorni, abandonné.

Je m’émerveille de cet oignon fleur qui encourage à saisir le charme du rebut. Je profite de la photo du lundi pour vous partager cet enchantement fugace.

La musique des ombres

Plus que quelques minutes avant que le lundi ne soit fané. Je travaille d’arrache-pied sur une vidéo pour les Petites Cantines Antony. Et le temps fond comme neige au soleil alors que j’entends la chorégraphie des dameuses en bas des pistes.

Pour la photo du lundi, je partage ce cliché en noir et blanc – oui, j’aime beaucoup la douceur du noir et blanc. L’ombre portée sur les volets est la partition d’une musique que n’entendent que les rêveurs.

Lignes de vie

Un arbre. Un lampadaire. Et la nuit noire de l’hiver. Les branchages ressortent en négatif, lignes blanches qui tendent leurs flèches vers l’ombre du néant. Des vies qui se croisent et s’écartent, chacune tendant vers son propre but, donnant naissance à son propre chemin, ses propres idées. Pourtant, les racines restent communes et le tronc soutient l’ensemble. Le désordre n’est qu’illusion. De ce fouillis végétal naît une beauté qui m’interpelle.

Parade de poireaux

J’aime l’élégance du poireau, ses longues feuilles alanguies, ses racines ébouriffées, ses blancs doux, ses verts tendres.

J’aime l’élégance du poireau, ses longues feuilles alanguies, ses racines ébouriffées, ses blancs doux, ses verts tendres.

Je les photographie souvent quand je prépare un repas.

Poésie éphémère de la cuisine.

Photographie en vert et blanc.

Émerveillement du compost

J’ai découvert cette semaine une citation de Christian Bobin qui illustre bien ma Tasse de Thé quotidienne.

Le bout du monde et le fond du jardin contiennent la même quantité de merveilles.

A l’heure de préparer le dîner, je me retrouve face à mon tas de compost qui s’élève de jour en jour. J’ai trop froid pour avoir envie de traverser le jardin pour jeter tout cela dans le grand composteur derrière l’arbre de Judée.

Les épluchures s’accumulent. Les racines de poireaux. Les feuilles de thé infusées. Les fleurs fanées d’un dîner passé.

Mon grand bol en terre cuite noire de Marginea, rapporté de Roumanie lors de notre retour en France, suffit d’ordinaire à contenir quelques jours de déchets compostables. Ces temps-ci, il déborde sur un plateau ramené de Turquie. Rien d’autre qu’un plat rond, avec un bord assez haut, pour préparer normalement de délicieux Su Böregi. Je ne sais pas cuisiner les Su Böregi mais j’adore ce plat.

Ainsi, comme le bout du monde est trop loin, comme le fond de mon jardin a sévèrement refroidi, je trouve aujourd’hui des merveilles au cœur de l’accumulation de mon compost.

L’entrelacement des verts et des blancs, rehaussé de touches noires, les pompons blancs de la gypsophile m’évoquent un jardin enchanté et joyeux, un printemps au cœur de l’hiver, une échappée lumineuse dans la morosité de janvier.

Comme le dit Belinda Cannone dans son livre S’émerveiller qui traîne sur ma table de nuit depuis quatre ans :

L’émerveillement résulte du regard désirant posé sur le monde.

Cette Tasse de Thé est l’expression de mon regard désirant sur le monde. Et sur mon compost.

L’hiver, on s’en balance !

Hortense et son amie s’emparent des balançoires alors que le collège est fermé ce lundi.

La photo du lundi

Une journée de vacances en plus. Le collège est fermé ce lundi pour cause de journée pédagogique. Le parc est clairsemé. Quelques lycéens musardent, des lecteurs s’égrainent sur les bancs ensoleillés, Hortense et son amie Camille s’emparent des balançoires.

Leurs ombres vont et viennent sur le sol alors que leurs rires résonnent sur le ciel limpide.