Envole-toi !

Aucune amélioration pour Eglantine en ce mois de mars. Mon Petit Oiseau ne vole pas. Pourtant, partout, la vie renaît dans des pépiements joyeux.

Et puis il y a la rentrée des vacances d’hiver. Ce moment où le temps s’accélère, où vient l’heure des comptes et du ménage de printemps. Ca y est, nous sommes en mars.

Dès janvier, c’était la rechute. La première absence au lycée ? Il y a un mois et demi. Seulement trois semaines après sa rentrée dans ce nouvel établissement. Auparavant, sept mois d’hôpital et deux semaines de vacances à Noël. Les douleurs d’Eglantine ont commencé depuis plus de deux ans. Nous sommes dans la troisième année.

Les comptes ont quelque chose d’effrayant. Ils ensevelissent toute trace d’espoir, ils sont lourds comme du plomb.

Où est passé février ? Caché sous les piles de certificats médicaux justifiant les absences. Allez, je vous en remets une semaine ? On ne va pas faire dans le détail. Après tout, c’est les soldes. L’énergie d’Eglantine s’est figée dans la neige qui a si bien tenue cette année.

Les vacances représentaient un dernier espoir, ténu comme les crocus qui pointent au cœur de l’hiver. Ajouter une semaine au grand air au bout du bout de la Bretagne n’allège pourtant pas les comptes. On ne compte plus les heures passées au fond de son lit. Dans les bons moments, elle s’allonge sur le canapé pour être un peu avec nous.

Le professeur A. constate. Il a beau être plus optimiste que nous, les comptes plombent. Mais Eglantine croit en cette rentrée de mars. Elle veut aller au lycée. La semaine prochaine, sûr, elle pourra y aller.

Qu’est-ce qui pourrait évoluer en une semaine se demande-t-on. L’espoir est comme un grain de sable sur une plage. Il se glisse dans le moindre interstice, gratte la peau, se colle à la moiteur de l’angoisse.

Alternance covid, les élèves se succèdent en cours par demi-classes un jour sur deux. Eglantine commence mardi à 10h avec l’histoire-géo. Les leçons ont pris la poussière pendant les vacances. A peine a-t-elle réussit à terminer un devoir maison en mathématique et à esquisser le plan d’un commentaire de texte. Une dynamique renaîtra-t-elle si elle réussit à assister à nouveau aux cours ?

Mardi matin, elle a trop mal. Mais cet après-midi, vraiment, elle assistera au cours de maths. Vouloir, croire, et ne pas pouvoir. Encore.

Je ne la force pas. Je la récupèrerais peu après au bureau de la vie scolaire pliée en deux sur une chaise raide, la tête posée sur ses mains, blafarde, à moitié allongée sur la petite table des visiteurs.

Dans la rue, j’ai les larmes aux yeux quand je croise des ados bras dessus-dessous. Rires entendus, regards complices, cheveux chauffés par le soleil, premiers pas vers une indépendance toujours plus proche.

Mes chers parents je pars,
Je vous aime mais je pars,
Vous n’aurez plus d’enfant
Ce soir
Je ne m’enfuis pas je vole,
Comprenez bien, je vole
Sans fumée, sans alcool
Je vole, je vole

Il faut écouter Eglantine chanter cette chanson pour comprendre comme elle lui va bien. Petite voix douce qui caresse les mots en s’accompagnant au piano.

J’aimerais tellement que mon Petit Oiseau volette à nouveau. Comme ces mésanges qui peuplent gaiement les arbres du jardin alors que le mirabellier se pare de petites fleurs blanches.

Mars, le printemps, la vie qui renaît. Envole-toi !

Heures félines

Le matin, Maya partage un câlin avec Hortense. Avec moi, elle est nettement plus intéressée par mon petit-déjeuner.

Maya s’est installée sur mes genoux alors que je termine mon petit-déjeuner. Tous les matins, après avoir mangé ses croquettes, Django sort. Il utilise rarement la litière dans la maison. Il préfère la terre parfumée des jardins. A l’instar de tous ses congénères du quartier, il dépose régulièrement de petites surprises dans celui de la voisine. Et nous l’entendons râler copieusement aux beaux jours, quand ses petits-enfants marchent sur les nombreuses mines déposées par les chats.

Donc Django est dehors et Maya s’ennuie un peu. Le matin, elle est très joueuse. Elle commence généralement à asticoter Django quand il dort encore lourdement sur notre lit. Une joyeuse bataille s’engage et je les chasse au mieux pour qu’ils ne réveillent pas Olivier. Surtout en ces précieux dimanches de grasse matinée.

Django est dehors et il y a du beurre sur la table. Maya s’installe d’abord sur la chaise à côté de moi. Sa petite tête effilée pointe juste au niveau de la table. Rapidement, elle pose ses pattes sur le meuble défendu. Elle a compris que c’était interdit mais la tentation est trop forte. Ces miettes de pains et ce beurre tendre et odorant ouvert à portée de museau aiguisent sa gourmandise.

Je la repousse plusieurs fois. Elle tente une approche différente et se coule sur mes genoux en ronronnant. J’adore. Elle se laisse caresser en fermant les yeux de plaisir. J’exulte. Elle pose sa tête sur mon bras. Puis une patte. Puis deux. Et se hisse enfin dans une approche sans vergogne du beurre abandonné devant moi.

Je la repousse plusieurs fois. Elle se glisse dans mes caresses pour mieux tenter de nouvelles approches. Je profite de ce câlin intéressé. Quand je replie le beurre dans son papier, elle m’abandonne à la recherche d’un jeu dans le salon.

Pour les vrais câlins, il faut attendre l’après-midi. A l’heure de la sieste, à défaut de se laisser attraper, elle se laisse caresser. Si Eglantine se repose dans sa chambre, Maya s’installe volontiers à ses côtés.

Les câlins les plus sincères restent ceux qu’elle partage avec Hortense le matin. Quand je vais la réveiller, Maya me suit infailliblement. Elle bondit sur le lit, le laboure consciencieusement en ronronnant et finit invariablement par s’installer contre la tête d’Hortense. Encore immergée dans son sommeil, Hortense peut alors passer son bras sur la petite chatte et glisser son nez dans la douce fourrure de Maya. Ses rêves se fondent dans le félin devenu peluche et la réalité d’une nouvelle journée prend forme au coeur des ronrons veloutés.

Hortense et Maya au réveil

Le réveil idéal pour une jeune fille qui aime tant les chats.

En route pour décrocher la lune

Première journée au lycée après deux ans de maladie.

Le sapin brille encore dans la pénombre du salon. Dehors, le thermomètre dépasse à peine le zéro. Dans quelques minutes, Eglantine va prendre son vélo pour se rendre au lycée. En attendant, elle travaille un morceau d’Erik Satie pendant que les chats se courent après dans le salon.

Elle s’arrête deux minutes et passe de nouveau en revue ses cours de la journée. Deux heures d’histoire-géo en 303, déjeuner, sport, une heure de perm, puis une heure de maths. « Je sors à 17h20 ! ». Ses mains s’agitent. L’anxiété.

Elle retourne décharger ses émotions sur le piano. « Mes chers parents, je pars »… Les notes résonnent paisiblement.

Dernière vérification du sac. Elle a ses masques pour la journée. Sa carte scolaire avec laquelle elle accèdera aussi à la cantine. La clé de la maison et celle de l’antivol de son vélo.

Bottes chaudes, gants, bonnets, phares allumés, elle tire le portail qui grince et enfourche son VTC.

Nous sommes mardi matin, il est 9h45 et elle a disparu derrière la haie en un clin d’œil.

Elle n’est pas allée au lycée la veille. Les cours ont lieu en demi-groupe. Cette semaine, elle ne va en classe que mardi et jeudi. La semaine prochaine, ce sera lundi, mercredi et vendredi. Sur l’emploi du temps numérique qu’elle consulte grâce à l’ordinateur fourni par la région à tous les élèves de seconde, le reste des cours est notifié « à la maison ».

Lundi matin, nous nous étions préparés à une somme de travail conséquente à faire toute seule. Je gardais en tête les nombreuses tâches confiées par la maîtresse d’Hortense lors du confinement de mars-avril l’année passée. J’avais donc motivé Eglantine pour qu’elle se mette au travail aux horaires prévus par son emploi du temps, tout en prévoyant des pauses généreuses entre deux matières, soupçonnant qu’elle irait assez vite. En réalité, les professeurs donnent très peu de travail aux élèves à domicile. En moins de trois heures, Eglantine avait bouclé sa journée de lundi.

Quant à mercredi, ce sera encore plus simple. Les professeurs ne demanderont aucun travail.

Pour l’heure, cette journée de mardi est importante. C’est la première vraie journée de cours d’Eglantine. Elle n’est plus en visite. Elle est désormais une élève à part entière. Ca n’est pas arrivé depuis bien longtemps.

Le jour décline. Je guette impatiemment son retour. J’ouvre la porte de la maison alors qu’elle n’a pas encore attaché son vélo. Elle n’est pas essoufflée comme lors de sa journée d’adaptation en décembre. Mais elle panique car elle ne trouve plus ses clés. Impossible de la détendre jusqu’à ce que nous mettions la main dessus.

Elle n’a pas encore trouvé sa place dans sa classe mais apprivoise doucement le lycée. Une amie d’amie est dans la même classe qu’Eglantine et elles sont en contact par téléphone. Malheureusement, elles ne sont pas dans le même groupe. Heureusement, les cours de sport sont en classe entière et elles ont pu se voir. Eglantine a aussi croisé un camarade des scouts qui est en première. Il lui faudra un peu de temps pour se créer un réseau mais elle a déjà commencé.

Bien sûr ses ami-e-s de Sainte-Marie lui manque et il est difficile d’arriver en milieu d’année. Sa classe se semble pas avoir un très bon niveau et elle s’ennuie déjà en mathématiques. Cependant, nous espérons que cette rescolarisation en douceur la conduira vers de nouveaux projets.

En route vers la lune
En route vers la lune ?

Nous sommes mercredi soir. L’ENT (espace numérique de travail) est en panne mais Églantine se souvient globalement des cours qu’elle aura demain. Son sac est prêt pour sa deuxième journée au lycée.

Journée d’adaptation au lycée, retour à un quotidien imparfait

Dimanche soir, nous n’avons pas ramené Eglantine à l’hôpital. Lundi matin, elle allait au lycée. Grosse journée en perspective. L’occasion de rencontrer six de ses neuf professeurs.

La nuit fût agitée de cauchemars. Elle craignait de ne pas se réveiller. Elle s’est levée très tôt et serait bien partie au lycée bien avant l’ouverture des grilles. Nouvelle facette d’Eglantine qui a exprimé son appréhension d’aller en cours après plus d’un an d’absence. Mélange de hâte et de crainte, les émotions se bousculaient.

Elle a enfilé sa veste, mis une paire de gants, calé son sac sur son dos et enfourché son vélo.  7h40, elle est partie à la découverte de son lycée et de sa classe.

J’étais en vigilance maximale toute la journée avec mon téléphone. Habituellement, je l’oublie dans un coin de la maison, sous un magazine ou posé négligemment sur un meuble. Lundi, je guettais le moindre appel, prête à aller chercher ma fille.

Mais Eglantine est revenue comme prévu en fin d’après-midi, après une journée complète de cours. Elle était essoufflée. Peut-être le vélo. Pourtant le trajet n’est pas long depuis le lycée, cinq minutes. Il m’a semblé surtout qu’elle avait besoin de reprendre son souffle après une journée éprouvante mais tellement satisfaisante.

Eprouvante car il est difficile d’arriver dans une classe en cours d’année. Et à quelques jours des vacances scolaires, les élèves sont fatigués. Eglantine n’a donc pas eu de mauvais accueil, mais les élèves ne sont pas non plus montrés très curieux. Elle n’a pas eu à expliquer pourquoi elle n’arrivait que maintenant.

Quand elle a dû se rendre à l’intendance pour obtenir le ticket lui permettant de déjeuner à la cantine (je l’avais bien inscrite mais j’avais oublié de créditer sa carte…), toute ses émotions ont déferlé et elle s’est retrouvée en larmes.

Bien sûr, je me suis sentie coupable quand elle m’a raconté l’incident le soir. Mais elle aurait craqué à un moment m’a-t-elle rassuré. Sa sensibilité était exacerbée depuis le matin. Elle était presque rassurée de ne pas avoir pleuré devant ses camarades. Les dames de l’intendance ont su la rassurer. « Ça reste longtemps quand tu pleures devant les autres de ta classe n’est-ce pas ? » m’a-telle interrogée plus tard. Elle était visiblement contente d’avoir tenu le coup.

Elle a été surprise de voir des téléphones portables sortis en cours (absolument impossible dans son ancien établissement) et stupéfaite qu’une élève s’endorme en cours d’anglais sans être rappelée à l’ordre. Elle a trouvé difficile de réhabituer à des cours magistraux où les élèves notent docilement les propos du professeur, sans autre interaction. Depuis sept mois qu’elle est à l’hôpital, elle appréciait les cours en tout petit comité, cinq à dix élèves maximum, qui permettent de poser de question et de rendre les leçons plus vivantes.

Il va donc falloir qu’elle s’adapte à ce nouvel environnement. Cette journée de découverte lui permettra justement de se projeter pour la vraie rentrée de janvier. L’effet de surprise sera passé. Les émotions seront moins fortes.

Bien sûr, quand j’écris ces lignes, je pense à vous qui les lisez. Et à ce point de mon récit, vous vous demandez peut-être si on peut réellement se réjouir de cette première journée. Et bien oui !

D’abord parce que, tout simplement, elle a eu lieu. Eglantine est retournée en cours. Une vraie grosse journée de 8h à 17h20 avec seulement une heure pour déjeuner. Sa dernière journée dans un établissement scolaire date du 19 novembre 2019… Evidemment, elle était fatiguée mais pas épuisée. Ce qui est très encourageant !

Ordinateur portable offert par la région Ile de France.

Et elle était enchantée d’avoir reçu l’ordinateur offert par la région à tous les élèves de seconde ! Elle a passé tout son temps jusqu’au dîner à explorer ses différentes possibilités. Elle en aurait presque aimé ses cours de SNT (Sciences numériques et technologiques) centrés sur l’ordinateur et ses périphériques qui normalement la barbent franchement.

Alors certes, cette journée d’adaptation aurait pu être plus agréable. Oui nous aurions aimé que les élèves l’accueillent vraiment, un peu comme les jeunes de l’hôpital le font avec les nouveaux patients. Mais elle est en train de revenir dans un monde normal, avec des ados normaux et des cours normaux. Un quotidien normal, donc imparfait. Et elle aura tout le temps à partir de janvier de découvrir ceux avec qui elle aura le plus d’affinités

Entre temps, j’aurai crédité sa carte de cantine et, le lundi 4 janvier 2021, elle ne sera déjà plus complètement nouvelle.

Prochain grand rendez-vous, ce vendredi. Elle quitte définitivement l’hôpital !

L’éclat des félicitations

Eglantine a eu les félicitations lors de son premier conseil de classe de seconde. Sortie de l’hôpital pour bientôt. La confiance revient.

La nuit est déjà tombée depuis longtemps quand je reçois un sms. Eglantine me transfère le message de sa prof principale. Mme M. lui annonce qu’elle a eu les félicitations lors du conseil de la classe de seconde de la clinique. Ma grande fille rayonne dans sa chambre d’hôpital quand elle nous appelle un peu plus tard en Facetime.

Les médecins avaient beau dire qu’elle n’aurait aucun problème à reprendre sa scolarité, je pense qu’Eglantine doutait d’elle. Avouons que nous aussi. Son passage en seconde, arraché de haute lutte alors qu’elle n’avait pas mis les pieds en cours depuis le mois de novembre, nous avait laissé le goût amer de l’incertitude. Avions-nous fait le bon choix ? N’aurait-il pas été préférable qu’elle refasse une troisième complète, plutôt que de se lancer dans le nouvel univers du lycée avec les lacunes de ses mois d’absence ?

Eglantine exprime peu ses sentiments. Sa joie d’hier me laisse deviner les doutes qui la tenaillaient elle aussi. Les médecins étaient confiants, les tests assuraient qu’elle avait les moyens intellectuels. Pourtant, la réalité était que, depuis deux ans, elle avait été plus souvent absente que présente en classe, clouée au lit par la douleur et la fatigue. Comment pouvait-elle se situer scolairement ?

Notre Petit Oiseau a retrouvé les notes excellentes auxquelles elle était habituée. Elle est enchantée quand elle regarde ses résultats sur ProNote. Elle regagne sa confiance en elle.

Les douleurs semblent réellement avoir disparu. La fatigue est de moins en moins palpable. Quand elle rentre de l’hôpital le week-end, Eglantine passe de moins en moins de temps dans son lit. Elle participe à la vie familiale, discute avec nous, joue avec sa sœur.

Prochaine étape, la journée d’adaptation dans son lycée, lundi 14 décembre.

Le biclou de ses 11 ans

Hortense a eu 11 ans aujourd’hui et une belle surprise !

Peut-on avoir onze ans un mercredi et attendre jusqu’au soir pour ouvrir ses cadeaux ? Rentrer du collège à l’heure du déjeuner et tenir sa frustration en laisse alors que l’on sait que, quelque part dans la maison, des cadeaux nous attendent… Pas évident.

Alors nous avons trouvé le meilleur compromis pour fêter Hortense dès ce midi tout en profitant de la présence de son papa (toujours en télétravail). Pas facile quand l’une sort du collège à 12h30 et l’autre commence une réunion stratégique à 13h. Nous avons abandonné le déjeuner ensemble pour nous focaliser sur les bougies et les cadeaux.

Sitôt revenue de cours, Hortense a été invitée à souffler ses bougies. Elle avait choisi le gâteau depuis des mois, un flan pâtissier. Olivier avait déjà déjeuné. Hortense était radieuse devant son flan embrasé. Onze petites bougies bleues à paillettes faisaient pétiller leurs reflets dans l’immense Happy Birthday doré qui les surmontait.

Dès la dernière mèche soufflée, Hortense est partie à la chasse au cadeau. Nous lui avions parlé d’un cadeau énorme, quasiment aussi grand qu’elle, caché dans le sous-sol. Elle n’avait pas eu l’occasion de l’apercevoir alors qu’elle était descendue chercher du papier origami lundi. Où pouvait donc se trouver ce gros paquet ?

Elle est prestement descendue et a rapidement trouvé son nouveau vélo. Elle ne risquait pas de tomber dessus avant ce midi, je l’avais mis dans le garage. Le biclou était une vraie surprise. Depuis qu’elle est en âge de faire du vélo, Hortense récupère systématiquement les engins trop petits de sa grande sœur. Mais elle a grandi. Et l’été dernier, nous avons profité de l’absence d’Eglantine pour emprunter son vélo pour Hortense. La selle d’Eglantine est plus haute, mais il convenait d’équiper Hortense d’un vélo de la même taille.

Elle ne s’y attendait pas du tout. Sa surprise fût grande. Sa joie aussi.

Elle a ensuite ouvert les cadeaux de toute la famille avec beaucoup de plaisir et avec encore quelques surprises.

Ses yeux pétillants et son sourire éclatant parlaient pour elle.

Avoir onze ans, c’est vraiment super !

Quant au vélo, Hortense ne l’a finalement essayé que ce soir. Elle avait beaucoup de devoirs cet après-midi. Elle a ainsi pu tester les phares aussi.

Maya n’est pas une abeille

La petite chatte Maya est arrivée chez nous voilà quelques jours. Joie de vivre et jeux permanents rythment sa vie.

Qui a baptisé Maya du nom d’une abeille rondelette et jouette aux rayures jaunes et noires ? Notre Maya est une petite chatte noire et blanche, aux oreilles et au museau roses et à la silhouette fine et allongée.

Elle est arrivée un samedi après-midi, en plein de confinement. Hortense et moi sommes allées la chercher avec une attestation spéciale fournie par l’association par laquelle nous sommes passés (Chat’bandonne pas 27). Nous cherchions un chaton qui serait plus câlin et joueur que Django et avec qui les filles seraient plus proches que notre gros grincheux.

Pour les caresses, c’est raté. Elle est tellement joueuse qu’elle ne supporte pas d’être prise dans les bras sans tenter de nous mordiller les doigts ou de nous enserrer les mains de ses longues pattes. Elle est tellement curieuse qu’elle s’échappe rapidement, coulant comme une goutte d’huile entre nos bras, rebondissant d’un bond flexible sur le sol avant de se précipiter sur un ennemi imaginaire, un jouet qui traîne ou ce pauvre Django.

Son humeur joyeuse, toujours égale, nous amuse énormément. Même Django s’est finalement laissé amadouer. Malgré les feulements et les coups de pattes, Maya revenait invariablement à la charge auprès de notre gros rouquin. Django est l’être vivant de la maison que Maya préfère. Elle recherche sa compagnie et pleure derrière les portes en attendant son retour quand il sort de la maison. Alors il la laisse faire, haussant parfois le ton quand elle est franchement agaçante, la cherchant lui aussi. Même si, ce qu’il préfère chez Maya, ce sont ses croquettes…

L’association nous a demandé de garder Maya à l’intérieur quelques mois. Mais la tâche est compliquée. Elle a tellement d’énergie et souhaite tant sortir dans le jardin ! Nous attendons qu’elle réponde mieux à son nom puis elle pourra explorer les sous-bois du jardin.

Alors, finalement, nous pouvons dire que Maya porte très bien son nom. Ecoutez-bien le générique de Maya l’abeille…

Vous avez bien entendu :

« Petite, oui, mais espiègle Maya !

Qui n’a vraiment peur de rien

Qui suit toujours son chemin »

Une description parfaite du caractère de la dernière arrivée chez nous.

Mais comment ne pas craquer devant ses grands yeux curieux, son ronronnement sonore, sa vivacité et la façon qu’elle a de se coucher sur le dos d’Hortense quand je vais réveiller ma collégienne le matin. Elle a aussi tenu compagnie à Eglantine dans son lit tout un après-midi. Des moments précieux.

Mission accomplie pour que les filles vivent une belle relation avec leur animal.

Retour de camp

Retour de camp après le Jamboree des Scouts et de Guides de France à Jambville. Connecte 2019.

Retour de campFin de canicule. Fin de camp. Jamboree. 22000 chemises bleues, une forêt de tentes et une ambiance de festival. Petit Oiseau était à Connecte 2019 avec sa tribu.

Donc elle va mieux.

Suffisamment pour partir deux semaines en camp scout. Tant que les chefs ne m’appellent pas, c’est que ça va. Un petit malaise en première semaine. Sac à dos trop lourd pendant l’exploration. Après des mois au fond de son lit, elle n’a pas encore récupéré toutes ses capacités.

Puis c’est la grande réunion des scouts et des guides, ces jeunes de 11 à 14 ans venus de toute la France et d’au-delà. Avec un pic à 42°, je redoutais pour l’organisme de celle qui, malgré tout, reste mon bébé. Et puis, finalement, nous n’avons encore aucun diagnostic précis de ce qu’elle a eu. Je crains toujours une rechute.

Pas de nouvelles. Pas une lettre. Elle n’y pense jamais de toute façon, trop occupée à vivre ses aventures en chemise et foulard, feu de camp et chaussures de rando. Difficile quand même d’accepter que, moins d’un mois après l’amélioration de son état, elle va mettre son corps à rude épreuve, dormir sous la tente, cuisiner sur une table à feu, manger dans des gamelles en fer, se doucher à l’eau froide.

Pour elle, c’est un retour à la vie.

Pour moi, c’est un changement violent de température. De maman soignante à maman derrière son écran, à l’affût d’un Petit Oiseau avec un grand sourire et deux nattes sur les vidéos mises en ligne par la Toile Scoute sur YouTube.

Journal de 13h, journal de 20h, TF1 parle des scouts. Sur Facebook, vue aérienne d’une veillée hors norme. C’est quel point bleu mon Petit Oiseau ?Vue aérienne Connecté 2019. Crédit Thierry Braun.

Photo de Thierry Braun. Cliquez pour voir l’originale.

Alors ce vendredi, je suis assise au soleil sur la dalle du RER. J’ai de quoi lire mais je reste concentrée sur les portes en verre de la gare. Soudain, une première chemise bleue. C’est une cheftaine. Puis, tout de suite, c’est mon Petit Oiseau avec son gros sac à dos qui dépasse au-dessus de sa tête.

J’ai mon appareil photo. Je la mitraille. Ce sourire-là est unique, encore chargé de la force du groupe, de la magie de ces moments passés avec tant d’autres jeunes, de la joie de vivre des moments d’exception. Ensuite, il s’étiolera, gagné par la fatigue, vidé par les récits, rattrapé par le présent et les projets futurs.

Elle rayonne. C’est un sourire à pleines dents, bonheur à l’état brut, diamant émotionnel.

Un câlin, l’odeur de camp et de feu de bois. Elle parle vite. Elle déverse d’un coup le sac de ses souvenirs. Derniers mots avec les copines, avec les chefs. On s’éternise au local. Quitter la tribu, c’est accepter que ce moment est terminé, que le Jamboree a été, qu’il ne vivra désormais que dans son cœur, ses récits et les souvenirs qu’elle évoquera certainement longtemps avec ses amies.

Son foulard est posé sur la table, sa chemise sur le canapé. Elle a de nouveaux écussons et quelques badges. A la rentrée, elle aura tout cousu sur sa nouvelle chemise rouge. Elle entrera dans la caravane des grands. Tout un programme, encore plus d’autonomie et tant de nouveaux projets.

Retour de Camp. Connecte 2019. Chemise et foulard

Pour le moment elle dort, bienheureuse de retrouver le confort d’un lit moelleux et sans bosses. Petit passage aux urgences en début de soirée, quand même, pour faire retirer cinq tiques tellement petites que je n’arrivais pas à les enlever avec le tire-tique. Mais elle va bien.

Elle grandit et la voir s’épanouir est le plus précieux des cadeaux.

L’habit ne fait pas le moine

Petit Oiseau s’est installée par terre, sur le tapis. Elle écoute sa grand-mère lui raconter son mai 68. A cette époque Chantoune avait 22 ans et elle était déjà mariée. En fac de socio, elle partageait la même classe que Cohn-Bendit, mais pas le même activisme. Elle ne participait pas aux groupes de réflexion où se sont joués les prémices de mai 68. D’ailleurs, quelques semaines avant cette « chienlit » (elle se remémore les titres dans les journaux), elle avait bonnement distribué un tract pour le pèlerinage annuel à Chartres à l’entrée de la fac. Sa petite fille se délecte alors, et nous aussi, du récit de Cohn-Bendit lui renvoyant un sourire en coin, amusé. Elle était comme ça Chantoune en Mai 68, fidèle à sa foi, mais qui criait aussi « CRS SS ! » dans les manifs.

Elle vivait avec Dominique dans un petit studio vers l’Odéon. Au cœur des évènements. Elle raconte la fuite devant les coups de matraque. Comme cette fois où ils se sont réfugiés dans l’entrée de leur immeuble pour échapper aux CRS. Dominique avait réussi à bloquer la porte automatique au nez des policiers qui n’ont pas pu les suivre. Un face à face avec juste la porte entre eux. On la voit revivre le soulagement qu’elle a dû ressentir à l’époque. Avec ce rien de détachement que le temps apporte.

Elle parle des utopies, de la volonté de changement, de l’envie, du besoin d’une autre société. Et de cette foi chrétienne qui s’ouvrait énormément, qui sortait des carcans de la tradition. Car la discussion est née d’un constat qui nous attriste, le regain d’anciennes pratiques ascétiques qui enferment plus qu’elles n’ouvrent. Comme ces scouts d’Europe dont les tenues tutoient le culte du paramilitaire, ces prêtres qui abandonnent les habites séculiers pour revenir à la soutane, ou ce retour en force de l’agenouillement au sol. Entre autres.

La discussion pourrait durer des heures. Mais il se fait tard. Après son départ, nous repensons à Chantoune. On a du mal imaginer cette grande dame à l’allure sage et soignée dans les manifs de mai 68 face aux CRS. Même en arrière-plan.

L’habit ne fait pas le moine.

En religion non plus.

 

 

Les couleurs de la course

C’est l’histoire d’une course où l’on fait le plein de couleurs. C’est l’histoire d’une mère qui veut faire plaisir à sa fille. C’est l’histoire d’une femme qui n’aime pas courir.

Pourtant ce dimanche d’avril, Petit Oiseau et moi sommes dans le RER à une heure où les croissants sortent du four. Soleil frais. Humeur joyeuse. Nous promenons nos sourires sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris. La Color Run éveille les rives de la Seine.

Tatoos colorés éphémères, lunettes de soleil protectrices et baskets confortables. Nous descendons sur les quais.

Musique entêtante, coachs qui entraînent le public. Là-haut, entre deux caissons verts fermés de bouquinistes, trois huluberlus s’assoient culs nus sur le parapet de pierre.

Top départ.

Petit Oiseau démarre vite. Mais finalement, nos rythmes de croisière sont accordés. Nous courons côte à côte.

Jaune. Pays des Minions. Nous passons le premier nuage de couleur. Au prochain, il faudra fermer la bouche… Soleil sur le pont des Arts. Rive gauche. La Seine brille. Les coureurs ont la banane.

Bleu. Pays des Schtroumpfs. Petit Oiseau est passé à toute vitesse dans le nuage de poudre. Les familles papotent. Les copines font un selfie. Nous courons toujours.

Vert. Pays des Martiens. Des hommes et des femmes aux visages couverts de masques de peinture nous balancent généreusement des particules colorées.

Rose. Pays des Barbapapas. On a même pris le temps de jouer sur les bords de Seine. C’était avant ou après le flamand rose de la péniche du Rosa Bonheur ? La Tour Eiffel apparaît.

Petit Oiseau accélère. Le plaisir de passer la ligne d’arrivée avec une pointe de vitesse. Je la regarde de loin. Mes jambes ne me portent pas assez pour de telles excentricités. J’ai quand même précisé que c’est l’histoire d’une femme qui n’aime pas courir !

A l’arrivée, Petit Oiseau et moi fêtons nos efforts à grand coup de sachets de couleur. On en rajoute partout. Sur le pont face au Trocadéro, la poudre chamarrée s’envole en batailles joviales sous le regard bienveillant de la Grande Dame de Paris.

Finalement je me suis plutôt bien tenue physiquement. J’ai même aimé cette sensation d’apaisement une fois la course terminée. Malgré les courbatures. Même que j’en ai pas eu tant que ça. Merci les 26 km à vélo pour aller voir l’expo Kupka au Grand Palais quelques jours auparavant. Quand t’as pas de tête et que t’oublies les préavis de grèves perlées, heureusement que t’as des jambes.

Enthousiasme du printemps, des fleurs et des couleurs, des senteurs de lilas et des glycines tombantes, voilà que finalement je continue à courir une à deux fois par semaine.

Les enfilades de peupliers et les eaux calmes du Parc de Sceaux accueillent mes foulées laborieuses. Et quand une fontaine m’encourage d’un arc-en-ciel, je trouve la vie encore plus belle !