Danseuse étoile

Prendre rapidement le goûter en rentrant de l’école. Enfiler le collant et le body à la jupe légère. Nouer le cache-cœur. Épingler le chignon. Attraper les dernières mèches dans les barrettes. Retirer la doudoune dans le vestiaire. Enfiler les petits chaussons roses assortis à la tenue. Et tourner, tourner, tourner en attendant de se mettre en rang devant la porte de la salle quand la prof l’ouvrira.

Le carrelage blanc du vestiaire a la tristesse des hôpitaux. Ma petite danseuse, elle, virevolte dans la voie lactée de ses rêves.

_MG_4151

Maquillage

RER B. Elle ouvre sa petite palette Dior. Ses doigts passent rapidement de la boîte brillante à son visage. Les légères imperfections de la peau disparaissent rapidement sous ses gestes à l’habilité furtive. Elle s’essuie la main sur un mouchoir en papier blanc. Elle sort nerveusement des différentes poches de son sac un peu de poudre, du fard à paupière, de la crème pour ses mains. En moins de cinq minutes elle a le teint frais et les joues roses. Elle pose ses lunettes sur son nez et plonge dans son téléphone rouge.

Marcher ensemble

Les portillons du RER sont grands ouverts. Nous rangeons nos tickets. Nous laissons passer un premier RER bondé et trouvons deux places assises dans le suivant. Nous prenons les filles sur nos genoux. Le temps d’arriver au cœur de Paris, les gens se serrent comme des sardines dans les couloirs de la rame. Nous pensons descendre à Châtelet pour rejoindre la place de la République à pied. Lorsque le train entre dans la gare, nous découvrons les files d’attente aux pieds des escaliers pour quitter le quai. Nous descendrons donc à Gare du Nord et marcherons. D’autres centaines de personnes ont la même idée. Un cortège se forme boulevard Magenta. Nous mettons une heure et demie à rejoindre la station de métro où nous avions rendez-vous. Impossible d’avancer. La foule se resserre. Les filles fatiguent. Elles ont du mal à comprendre cette foule qui piétine en silence. Quelques applaudissements. Des cris qui s’élèvent par vagues calmes. Des drapeaux de toutes les nations. Des panneaux fabriqués à la maison pour délivrer des messages personnels, chacun veut expliquer pourquoi il est là. Les raisons sont nombreuses. La Liberté d’expression, le refus du règne de la terreur, la solidarité avec les victimes. Des inconnus qui sont tous juifs, musulmans, athées, policiers, dessinateurs. Tout. Mais surtout pas terroristes. La mode est au chignon à crayons. Soudain un homme hurle au milieu de la foule « Attention, j’ai une arme de destruction massive ! Reculez ! ». Il tient dans sa main un immense crayon en papier mâché.

Je suis Charlie

En regardant les images ce soir, les filles ont mieux compris l’ampleur du mouvement, l’importance du symbole. Puisse la tolérance prônée aujourd’hui ne pas retomber sous les coups de feutres gris des quotidiens individuels.

Au cœur des amis

Délaissé le club photo du vendredi soir, même avec la perspective d’une alléchante galette. Nous avons rejoint plein d’anciens de Bucarest pour une dégustation des vins roumains et bio de Denis et Christine. Les Domaines Franco-Roumains ont été pour nous, admettons-le, un immense prétexte à retrouver ces têtes familières à Bucarest et que nous ne croisons que très peu depuis nos retours en France.

Puis samedi, dernier déjeuner de Noël-Nouvel-An-Galette pour rattraper le temps perdu avec des amis chers. Des copines d’Eglantine qui dorment à la maison. Jouer à Dixit à la lumière des lampes de poches dans la chambre, se jeter sur les matelas par terre depuis le lit pour des cascades de fous rires, pouffer dans les oreillers alors que le soleil se lève à peine, partager de folles parties de Minecraft sur les iPad. Les filles ont passé un bon week-end.

_MG_4029

Dimanche, on a tout annulé pour aller marcher. Comme quatre millions de personnes en France.

Jean Pautrot au Job booster Cocoon

Impensable de rater la réunion du vendredi. L’otite d’Hortense s’est calmée. Elle est à l’école. Je peux me rendre sereinement au Job Booster Cocoon où nous attend une magnifique surprise. Un invité passionnant. Jean Pautrot qui nous parle des compétences, à ne pas confondre avec les expériences. De l’art de les mettre en mots, de la manière de les présenter. Cet homme qui n’a jamais connu l’expatriation pour lui-même tient un discours limpide sur ce que nous vivons, qui nous sommes, nos attentes, nos besoins et nos petits travers. Recul et intelligence des propos, nous sommes captivées.

Une séance belle comme ce rayon de soleil qui transperce le ciel gris alors que je jette un œil par la fenêtre du RER.

PS : Jean Pautrot est Président du Cercle Magellan, coach pour expatriés et ancien DRHI d’EDF.

Clémentine, etcétéra

Clémentine est un petit restau sympathique entre Bourse et Grands Boulevards. Je suis en retard pour y retrouver les autres Job Booster Cocoonettes. Le Palais Brongniart me regarde d’un air sévère, drapé dans ses colonnes de lumière. Les terrasses des bistrots sont des îlots de brouhaha chaleureux au milieu des rues brillantes d’humidité. La soirée est sympathique. Rossana, la graphiste italienne, a trouvé du boulot. Nous nous réjouissons de l’entendre parler de ses collègues. Elle nous manquera. Bien sûr nous évoquons les attentats. Indécence de cette vie qui continue après. Quand nous passons sous les fenêtres de l’AFP, elles sont recouvertes d’affichettes en noir et blanc. Comme les étoiles d’un ciel en négatif. Là-haut des journalistes font leur boulot. Merci.

Je fais une partie du trajet du retour avec Rossana. Un vieil SDF nous interpelle avec un peu d’agressivité. Celle de la fatigue. Je ne sens pas de menace. Mais un jeune homme à la barbe naissante le semonce rudement. Malaise. Les portes s’ouvrent et nous reprenons notre souffle une fois sur le quai. Le SDF vient nous voir tout penaud. « Il m’a fait ça ! » nous dit-il en nous montrant un malheureux doigt d’honneur. Je ne peux pas en vouloir au jeune homme d’avoir voulu nous défendre quand tant de personnes ferment les yeux face à des agressions. Seulement je ne me sentais pas en danger. J’aurais aimé un peu plus d’humanité. Je me sens perdue.

JE SUIS CHARLIE

Bien sûr il n’y a pas de mots. Juste un grand choc. Une impuissance face à l’irrévocable. Un grand réconfort de voir la mobilisation face à l’inacceptable. L’avalanche de dessins, de chroniques, les Unes unanimes, les témoignages poignants disent tous que l’aventure de Charlie Hebdo ne doit pas s’arrêter, qu’on en soit ou pas un lecteur assidu.

je-suis-charlie

Drôles d’Oiseaux

Elle a les yeux tirés mais son petit sourire remonte au coin des lèvres. Après une nuit à hurler de douleur à cause d’une otite, elle se sent bien mieux ce matin et écoute Drôles d’Oiseaux en mangeant ses céréales. Le boa fait des bulles. Les éléphants ont des tutus roses. Vlad le petit vampire est végétarien. Et on croise un extraterrestre au petit déjeuner.

Sinon Hortense aime aussi Stromae et Allo les Blacks (Aloe Blacc).

Sans oublier l’album de la Reine des Neiges qu’elle accompagne à tue-tête !

La floraison des gants

Eclos sur les trottoirs humides, posés sur des rebords de clôture par une main bien attentionnée mais qui n’est pas la leur, ils attendent que leurs propriétaires refassent le chemin pour les retrouver. La floraison des gants est en haute saison. Je ne peux m’empêcher d’imaginer les histoires qu’ils crient silencieusement du bout des doigts. Morceaux de poésie triste, blues pluvieux et froid de ces gants qui fleurissent sur les pas des gens trop pressés pour les rechercher.

Les flop-cakes

Les pop-cakes sont un jeu d’enfants. Les kits plus alléchants les uns que les autres pullulent dans les magasins de jouets. Nous en avons offert un à Eglantine qui aime faire la cuisine.

Dans la boîte, tout le matériel pour décorer pop et push-cake, les explications pour confectionner ces petites boules et plein d’idées colorées pour leur donner des airs de fête. J’ai lu le livret sans omettre une ligne. J’ai suivi les instructions à la lettre. Le flop. Au moment de planter les bâtons dans les boules, ces dernières se sont scandaleusement ruinées en miettes grossières dans le chocolat blanc fondu.

Vexée, j’ai fait une recherche sur Google ce matin : réussir ses pop-cakes. Conclusion, abandonner la méthode sans cuisson du kit d’Eglantine qui consiste à mélanger des gâteaux sec avec du fromage à tartiner pour confectionner ces petites boules. Investir dans un moule à pop-cakes dans lequel on fera cuire une pâte genre quatre-quarts. N’importe quelle pâte avec de la levure me dira le vendeur cet après-midi.

Deuxième tentative. Les boules que je sors du four sont splendides et les filles se sont bien amusées à préparer la pâte et à lécher les ustensiles. Nous plantons les bâtons dans les gâteaux avec un peu de chocolat blanc fondu pour augmenter l’adhérence et que la boule ne glisse pas sur le bâton. Parfait.

Pendant que les filles prennent leur bain, je veux commencer le glaçage, qu’elles n’aient plus qu’à finir les décors. Re flop. Les boules se détachent des bâtons dans le chocolat blanc consciencieusement fondu au bain-marie . Trop lourd, trop épais. Je n’arrive même pas à les recouvrir complètement.

En nous voyant dans la cuisine tout à l’heure, l’iPad ouverts sur des recettes de pop-cakes, la certitude bien accrochée en médaille sur ma poitrine que cette fois c’est la bonne, Olivier n’a pas pu s’empêcher de penser à la pub Google avec ce type qui veut glacer ses cup-cakes…

Je n’ai pas dit mon dernier mot. Demain je réussirai. Ou dans une semaine. Dans un mois ? Quand on aura retrouvé la boîte tout en haut des placard où je vais la refouler ? Ou je peux l’enterrer au fond du jardin et attendre que quelqu’un la trouve le jour où l’on creusera un trou pour enterrer le poison rouge que nous n’avons pas…

En tout cas les filles sont magnifiques avec leurs toques offertes par Grand-Mère à Noël. C’est déjà ça.

Et les flop-cakes ont quand même été engloutis au dessert.

/home/wpcom/public_html/wp-content/blogs.dir/d1e/75266716/files/2015/01/img_1801.jpg