Brise théâtrale

« Y a quoi derrière ? » est le nom un peu piteux du beau projet commun entre mon club photo et le théâtre Firmin-Gémier La Piscine. Loin des merveilleux clichés côté scène, les photographes amateurs du CCPSA peuvent tester leurs compétences techniques et artistiques en se frottant aux coulisses, loges, répétitions, stages et autres éléments prosaïques qui rythment la vie du théâtre. Ombres dévorantes, contrastes appuyés, lumières hallucinées. Et les gens. Mes préférés. Leurs visages qui soufflent, souffrent, sourient, se cherchent, se dévoilent, se referment, traversés d’émotions, bouillonnants ou inquiets, concentrés, éclatants, peaux lissées ou ridées. Leurs mains qui se croisent, se tendent, s’envolent puis retombent, gambillent et ondulent au rythme des phrasés et des inspirations. Je mitraille, avide de capturer l’instant, la vibration, la vie même de la création.

Sur cette photo, Mathieu aide Sylvie à placer sa respiration. Accorder le corps et l’esprit pour mieux apprivoiser le sentiment. Effluves de sensibilités tout en retenues.

 

Respiration

Course d’orientation 

  Borne 74, je l’ai trouvée ! Les enfants hurlent leur joie avant de repartir en courant. Assise sur un banc de pierre qui me gèle les cuisses, je profite des quelques rayons de soleil qui passent à travers le feuillage roussi. Au bout de l’allée en face de moi, baignée dans la tendre lumière d’une clairière au milieu des cerisiers, une femme continue les mouvements harmonieux de je ne sais quel art asiatique, ne prêtant aucune attention aux nuages d’enfants colorés qui traversent bruyamment la dentelle verte du parc. Borne 79 ! Je jette un œil. Les enfants ne doivent pas sortir du périmètre. Au loin une sirène, quelques cris joyeux, un croassement au dessus de ma tête et la musique sèche des feuilles qui tombent au gré du vent. Madame, je me suis piquée avec les orties ! Fin de la rêverie. Un écureuil qui descend rapidement d’un arbre semble me faire un clin d’œil complice. 

Torpeur ensoleillée 

La boîte à bijoux rose princesse joue une valse mécanique. Hortense croque son collier de bonbons qu’elle vient d’enfiler en repartant ses cheveux en place comme une star de cinéma. A l’ombre du noisetier, elle est allongée entre ses doudous et la pile de livres qu’elle a descendu de sa chambre. La tête perdue dans des coussins colorés, elle rêve au rythme de la brise qui chatouille les feuilles des arbres. Encore quelques rayons de torpeur ensoleillée et nous partirons pour son spectacle de danse. 

Fleurs de papier

Longue route. Circulation dense. Accidents. Embouteillages. J’arrive enfin à la maison et retrouve mon homme dans le jardin avec des amis et les enfants qui jouent sur l’herbe tendre. Joie des retrouvailles. Se poser. Se détendre. 
Quand tout le monde est parti, les filles déposent délicatement six morceaux de papier sur une assiette d’eau. Ce sont des fleurs dont les pétales s’ouvrent lentement, laissant découvrir les messages d’amour qu’elles m’ont préparés. Eglantine a eu l’idée. Elle a dessiné les fleurs au feutre rose et écrit les mots qu’Hortense lui soufflait. Hortense a découpé les fleurs dont Eglantine a ensuite replié les pétales. 
Je t’aime. Tu dessines trop bien. Sans toi on ne serait rien. Toute la famille t’aime. Tu es la reine des mamans. Maman, miaou, miaou. 
Mon coeur fond dans les fleurs de papier. Mes filles m’ont fait un superbe cadeau. 

  

L’accordéon du métro 

Les notes d’accordéon qui montent soudain du fond de la rame me sortent de ma lecture. Accompagné d’un tambourin lancinant, l’instrument expire mollement Sous le ciel de Paris. Cela aurait pu être L’amant de la Saint Jean ou d’autres vielles ritournelles. La plupart de mes amis parisiens exècrent ces musiciens médiocres. Ils sont pour moi la musique du métro parisien, le son de la maison quand je rentrais de l’étranger. Attention à la marche en descendant du train. J’ai retrouvé le concert des bruits invisibles du quotidien parisien. Je l’aime d’autant plus de ne l’avoir pas eu pendant dix ans. 

Poissons dans le dos

Il arrive souvent que les filles dorment déjà quand leur papa rentre du travail. Elles avaient donc anticipé le 1er avril en alignant une belle collection de poissons dans le dos de leur père dès samedi. Olivier a accepté leurs massages en faisant mine de ne pas comprendre. C’est tellement drôle de croire que papa se laisse attraper par le scotch des petits poissons de papier.

poisson-avril-2015-6769

Un amour de papa

Quand Olivier sonne à la porte les filles viennent juste de finir de brosser leurs dents. Alors elles prennent le temps de lui raconter leur merveilleuse journée. Le carnaval et les confettis colorés à l’école pour Hortense. Le record de poissons dans le dos de la maîtresse pour Eglantine. Petits évènements et défis du quotidien qui font du bien. Et puis regarde papa, nos beaux poissons pour la pêche aux gages. Choisis-en un. Allez, fais le gage. Olivier cherche le début de la chanson « Libérée, délivrée » de la Reine des Neiges. Quelques heures plus tôt, les quatre petites filles n’avaient eu quant à elles aucune hésitation pour retrouver les premières paroles de cet incontournable des cours de maternelle et primaire. Je lui mets la musique pour l’aider. Il entame un play-back qui tord les filles de rire.

Hortense entraîne alors son père dans un rock endiablé. Tandis qu’il la fait tourner, ses yeux brillent et sautillent au même rythme que ses pieds. Complicité, admiration, joie. Dis papa, c’est comme ça que tu t’es marié avec maman ?

rock_hortense_olivier-avril-2015-6935rock_hortense_olivier-avril-2015-6951

Poissons d’avril et de papiers

Nous avons commencé en Turquie. Dessiner des poissons colorés sur des morceaux de papier. Y glisser des gages amusants. Ferrer des éclats de rire au crochet d’une canne à pêche vite bricolée pour l’occasion (ces cannes sont farceuses et se cachent d’une année sur l’autre, a fortiori après un déménagement).

poisson-avril-2015-6871

On invite les copines. Tout le monde essaye de se frotter le ventre en se tapant sur la tête. On crie, on saute, on chante et on danse. Eglantine et son amie Eloïse ont dessiné des poissons souples comme des algues qui semblent flotter au pied du bouquet de tulipes.

poisson-avril-2015-6856

Puis vient le temps du goûter, friture en sablés faite toutes ensembles à l’emporte-pièce juste avant le début de la pêche. Petits biscuits en forme de poissons vite avalés en croquant les oreilles des lapins en chocolat offerts par la Mamoune de Chloé.

Joyeux  premier avril !

Carnet d’inspiration

Chantoune a ramené de Florence de beaux carnets aux pages colorées qu’elle a offerts aux filles avec des stylos dorés. Eglantine a était inspirée et nous a écrit ce soir un très beau poème.

Dans mon petit cœur
Dans mon petit cœur
Il y a de l’amour
Et, on voit la vie tout en rouge
De la joie
Et, on danse comme une oie.
Du courage et hop, hauts les cœurs !

eglantine_carnet-6760

Une odeur de tilleul

Il y avait Mamité à Vernou, les vieilles pierres du Prieuré recouvertes de lierre, la porte de la cuisine entrouverte sur la longue table et là, dans l’arrière de la cour, entre le gravier et la pelouse, l’énorme tilleul qui accueillait tous les repas d’été.

Quelques lignes dans « Une gourmandise » de Muriel Barbery, et j’étais sous le tilleul, c’était l’été et Mamité lisait dans un transat. Parenthèse hors du temps, qui passe et qu’il fait, dans le RER B.

« Surtout, il y avait le tilleul. Immense et dévorant, il menaçait d’année en année de submerger la maison de ses ramages tentaculaires qu’elle se refusait obstinément à faire tailler et il était hors de question de discuter de la chose. Aux heures les plus chaudes de l’été, son ombrage importun offrait la plus odorante des tonnelles. Je m’asseyais sur le petit banc de bois vermoulu, contre le tronc, et j’aspirais à grandes goulées avides l’odeur de miel pur et velouté qui s’échappait des fleurs d’or pâle. Un tilleul qui embaume dans la fin du jour, c’est un ravissement qui s’imprime en nous de manière indélébile et, au creux de notre joie d’exister, trace un sillon de bonheur que la douceur d’un soir de juillet à elle seule ne saurait expliquer. A humer à pleins poumons, dans mon souvenir, un parfum qui n’a plus effleuré mes narines depuis longtemps déjà, j’ai compris ce qui en faisait l’arôme ; c’est la connivence du miel et de l’odeur si particulière qu’ont les feuilles des arbres, lorsqu’il a fait chaud longtemps et qu’elles sont empreintes de la poussière des beaux jours, qui provoque ce sentiment, absurde mais sublime, que nous buvons dans l’air un concentré de l’été. Ah, les beaux jours ! »