RER B. Elle ouvre sa petite palette Dior. Ses doigts passent rapidement de la boîte brillante à son visage. Les légères imperfections de la peau disparaissent rapidement sous ses gestes à l’habilité furtive. Elle s’essuie la main sur un mouchoir en papier blanc. Elle sort nerveusement des différentes poches de son sac un peu de poudre, du fard à paupière, de la crème pour ses mains. En moins de cinq minutes elle a le teint frais et les joues roses. Elle pose ses lunettes sur son nez et plonge dans son téléphone rouge.
Catégorie : Les petites choses du quotidien
Au cœur des amis
Délaissé le club photo du vendredi soir, même avec la perspective d’une alléchante galette. Nous avons rejoint plein d’anciens de Bucarest pour une dégustation des vins roumains et bio de Denis et Christine. Les Domaines Franco-Roumains ont été pour nous, admettons-le, un immense prétexte à retrouver ces têtes familières à Bucarest et que nous ne croisons que très peu depuis nos retours en France.
Puis samedi, dernier déjeuner de Noël-Nouvel-An-Galette pour rattraper le temps perdu avec des amis chers. Des copines d’Eglantine qui dorment à la maison. Jouer à Dixit à la lumière des lampes de poches dans la chambre, se jeter sur les matelas par terre depuis le lit pour des cascades de fous rires, pouffer dans les oreillers alors que le soleil se lève à peine, partager de folles parties de Minecraft sur les iPad. Les filles ont passé un bon week-end.
Dimanche, on a tout annulé pour aller marcher. Comme quatre millions de personnes en France.
Jean Pautrot au Job booster Cocoon
Impensable de rater la réunion du vendredi. L’otite d’Hortense s’est calmée. Elle est à l’école. Je peux me rendre sereinement au Job Booster Cocoon où nous attend une magnifique surprise. Un invité passionnant. Jean Pautrot qui nous parle des compétences, à ne pas confondre avec les expériences. De l’art de les mettre en mots, de la manière de les présenter. Cet homme qui n’a jamais connu l’expatriation pour lui-même tient un discours limpide sur ce que nous vivons, qui nous sommes, nos attentes, nos besoins et nos petits travers. Recul et intelligence des propos, nous sommes captivées.
Une séance belle comme ce rayon de soleil qui transperce le ciel gris alors que je jette un œil par la fenêtre du RER.
PS : Jean Pautrot est Président du Cercle Magellan, coach pour expatriés et ancien DRHI d’EDF.
Clémentine, etcétéra
Clémentine est un petit restau sympathique entre Bourse et Grands Boulevards. Je suis en retard pour y retrouver les autres Job Booster Cocoonettes. Le Palais Brongniart me regarde d’un air sévère, drapé dans ses colonnes de lumière. Les terrasses des bistrots sont des îlots de brouhaha chaleureux au milieu des rues brillantes d’humidité. La soirée est sympathique. Rossana, la graphiste italienne, a trouvé du boulot. Nous nous réjouissons de l’entendre parler de ses collègues. Elle nous manquera. Bien sûr nous évoquons les attentats. Indécence de cette vie qui continue après. Quand nous passons sous les fenêtres de l’AFP, elles sont recouvertes d’affichettes en noir et blanc. Comme les étoiles d’un ciel en négatif. Là-haut des journalistes font leur boulot. Merci.
Je fais une partie du trajet du retour avec Rossana. Un vieil SDF nous interpelle avec un peu d’agressivité. Celle de la fatigue. Je ne sens pas de menace. Mais un jeune homme à la barbe naissante le semonce rudement. Malaise. Les portes s’ouvrent et nous reprenons notre souffle une fois sur le quai. Le SDF vient nous voir tout penaud. « Il m’a fait ça ! » nous dit-il en nous montrant un malheureux doigt d’honneur. Je ne peux pas en vouloir au jeune homme d’avoir voulu nous défendre quand tant de personnes ferment les yeux face à des agressions. Seulement je ne me sentais pas en danger. J’aurais aimé un peu plus d’humanité. Je me sens perdue.
Drôles d’Oiseaux
Elle a les yeux tirés mais son petit sourire remonte au coin des lèvres. Après une nuit à hurler de douleur à cause d’une otite, elle se sent bien mieux ce matin et écoute Drôles d’Oiseaux en mangeant ses céréales. Le boa fait des bulles. Les éléphants ont des tutus roses. Vlad le petit vampire est végétarien. Et on croise un extraterrestre au petit déjeuner.
Sinon Hortense aime aussi Stromae et Allo les Blacks (Aloe Blacc).
Sans oublier l’album de la Reine des Neiges qu’elle accompagne à tue-tête !
La floraison des gants
Eclos sur les trottoirs humides, posés sur des rebords de clôture par une main bien attentionnée mais qui n’est pas la leur, ils attendent que leurs propriétaires refassent le chemin pour les retrouver. La floraison des gants est en haute saison. Je ne peux m’empêcher d’imaginer les histoires qu’ils crient silencieusement du bout des doigts. Morceaux de poésie triste, blues pluvieux et froid de ces gants qui fleurissent sur les pas des gens trop pressés pour les rechercher.
Les flop-cakes
Les pop-cakes sont un jeu d’enfants. Les kits plus alléchants les uns que les autres pullulent dans les magasins de jouets. Nous en avons offert un à Eglantine qui aime faire la cuisine.
Dans la boîte, tout le matériel pour décorer pop et push-cake, les explications pour confectionner ces petites boules et plein d’idées colorées pour leur donner des airs de fête. J’ai lu le livret sans omettre une ligne. J’ai suivi les instructions à la lettre. Le flop. Au moment de planter les bâtons dans les boules, ces dernières se sont scandaleusement ruinées en miettes grossières dans le chocolat blanc fondu.
Vexée, j’ai fait une recherche sur Google ce matin : réussir ses pop-cakes. Conclusion, abandonner la méthode sans cuisson du kit d’Eglantine qui consiste à mélanger des gâteaux sec avec du fromage à tartiner pour confectionner ces petites boules. Investir dans un moule à pop-cakes dans lequel on fera cuire une pâte genre quatre-quarts. N’importe quelle pâte avec de la levure me dira le vendeur cet après-midi.
Deuxième tentative. Les boules que je sors du four sont splendides et les filles se sont bien amusées à préparer la pâte et à lécher les ustensiles. Nous plantons les bâtons dans les gâteaux avec un peu de chocolat blanc fondu pour augmenter l’adhérence et que la boule ne glisse pas sur le bâton. Parfait.
Pendant que les filles prennent leur bain, je veux commencer le glaçage, qu’elles n’aient plus qu’à finir les décors. Re flop. Les boules se détachent des bâtons dans le chocolat blanc consciencieusement fondu au bain-marie . Trop lourd, trop épais. Je n’arrive même pas à les recouvrir complètement.
En nous voyant dans la cuisine tout à l’heure, l’iPad ouverts sur des recettes de pop-cakes, la certitude bien accrochée en médaille sur ma poitrine que cette fois c’est la bonne, Olivier n’a pas pu s’empêcher de penser à la pub Google avec ce type qui veut glacer ses cup-cakes…
Je n’ai pas dit mon dernier mot. Demain je réussirai. Ou dans une semaine. Dans un mois ? Quand on aura retrouvé la boîte tout en haut des placard où je vais la refouler ? Ou je peux l’enterrer au fond du jardin et attendre que quelqu’un la trouve le jour où l’on creusera un trou pour enterrer le poison rouge que nous n’avons pas…
En tout cas les filles sont magnifiques avec leurs toques offertes par Grand-Mère à Noël. C’est déjà ça.
Et les flop-cakes ont quand même été engloutis au dessert.
Sauts sur canapé
Elles partent en courant chacune leur tour depuis l’entrée. Elles se jettent sur le canapé qui, ayant perdu son angle faute de place, se prête à toutes leurs roulades projetées en avant.
Les jambes passent par-dessus tête. Mais voilà qu’Hortense reste coincée au milieu de sa roulade arrière. Elle s’étouffe de rire. Eglantine vient rapidement à sa rescousse. Les cheveux s’ébouriffent, les couettes se délient, les rires succèdent aux encouragements. « Regarde ! Regarde ! »
Papa voudrait un peu de calme. Il rend les armes sous une attaque de câlins.
J’ai pitié. J’emmène les filles à la cuisine. Atelier pop cakes.
Une marraine so british
Sous les lumières de la grande verrière
Grandes voutes de métal et de verre, le toit du Grand Palais est à lui seul tellement magique et parisien ! Patins oranges aux pieds, casques assortis à défaut d’être esthétiques pour protéger les filles lors d’éventuelles chutes, nous nous lançons sur la glace de la patinoire éphémère qui s’est installée sous les lignes fines de la plus belle verrière de Paris.
Quand la nuit tombe, les lumières se mettent à scintiller en milliers de paillettes colorées. Rouge, bleu, rose, violet, les tonalités changent, la boule à facette joue les soleils artificiels au milieu de la voûte étoilée.
Petit à petit Hortense prend confiance et lâche nos mains. Églantine accélère. Dernier tour avec elle, j’ai du mal à la suivre au milieu de la foule qui se densifie. Elle est allée puiser au bout de ses forces pour profiter de cette patinoire exceptionnelle. Elle s’endormira dans la voiture à peine engagés sur les Champs-Élysées.







