La fraternité, un film à partager

C’est l’histoire d’un film fait avec des enfants. Ceux des locataires et ceux des bénévoles de Habitat et Humanisme. C’est l’histoire de leurs réflexions autour de la Fraternité. C’est l’histoire de leurs dessins. C’est un plein d’espoir à regarder en boucle et à partager.

 

Banquet de la Fraternité

Déjà dix jours que le temps s’est contracté jusqu’à aboutir à cette journée que nous préparions depuis presqu’un an. Les 30 ans d’Habitat et Humanisme et de la Table de Cana dans l’antenne Hauts de Bièvre fêtés autour du Banquet de la Fraternité. Dimanche 8 novembre à midi, les invités étaient déjà nombreux devant les portes du centre André Malraux que la Mairie nous avait prêté pour l’occasion. Dès le samedi matin, nous avions donné de la chaleur à ces grandes salles sans âme. Gonfler des dizaines et des dizaines ballons, scotcher, nouer des liens, déplacer des tables, des chaises, nettoyer, souffler, sourire. Serions-nous prêts ? Nous le devions. Samedi soir je mettais une dernière fois à jour le planning des animations pour les enfants. J’entassais dans l’entrée l’ultime matériel qui pouvait encore manquer. J’imprimais de beaux tableaux pour mettre tout le monde dans les cases. Dimanche la vie a repris ses droits, les cases sont souvent restées vides. La pétulance des enfants s’est répandue dans un joyeux désordre mais sans heurts au milieu des coussins et ballons, éclatant sous les maquillages festifs, se calmant à la lecture des contes, jouant avec les Scouts, s’endormant même sous le tipi que j’avais amené pour l’occasion, sous l’œil attentif de quatre bénévoles aux couleurs oranges d’Habitat et Humanisme. Les parents dans les salles voisines ont pu profiter du banquet. Défi réussi. Le soir la voiture était pleine de souvenirs colorés entassés du Coin des Enfants. Les bénévoles rangeaient, décrochaient, balayaient, bercés par l’évidente fraternité de cette journée. Car si ce banquet était destiné à récolter des fonds pour l’association, il devait surtout être une fête entre les locataires d’Habitat et Humanisme, les salariés en insertion de la Table de Cana, les sympathisants, et les bénévoles des deux associations, les mécènes et les édiles locaux. Tout le monde s’est mélangé autour des grandes tables dans des conversations ininterrompues. Ce sentiment de solidarité qui fait la fraternité nous unissait tous sans qu’il y ait besoin de le dire. Cependant, après ce 13 novembre, il semble nécessaire de le dire, de le montrer et de continuer à le vivre.

 

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Course d’orientation 

  Borne 74, je l’ai trouvée ! Les enfants hurlent leur joie avant de repartir en courant. Assise sur un banc de pierre qui me gèle les cuisses, je profite des quelques rayons de soleil qui passent à travers le feuillage roussi. Au bout de l’allée en face de moi, baignée dans la tendre lumière d’une clairière au milieu des cerisiers, une femme continue les mouvements harmonieux de je ne sais quel art asiatique, ne prêtant aucune attention aux nuages d’enfants colorés qui traversent bruyamment la dentelle verte du parc. Borne 79 ! Je jette un œil. Les enfants ne doivent pas sortir du périmètre. Au loin une sirène, quelques cris joyeux, un croassement au dessus de ma tête et la musique sèche des feuilles qui tombent au gré du vent. Madame, je me suis piquée avec les orties ! Fin de la rêverie. Un écureuil qui descend rapidement d’un arbre semble me faire un clin d’œil complice. 

Torpeur ensoleillée 

La boîte à bijoux rose princesse joue une valse mécanique. Hortense croque son collier de bonbons qu’elle vient d’enfiler en repartant ses cheveux en place comme une star de cinéma. A l’ombre du noisetier, elle est allongée entre ses doudous et la pile de livres qu’elle a descendu de sa chambre. La tête perdue dans des coussins colorés, elle rêve au rythme de la brise qui chatouille les feuilles des arbres. Encore quelques rayons de torpeur ensoleillée et nous partirons pour son spectacle de danse. 

Fleurs de papier

Longue route. Circulation dense. Accidents. Embouteillages. J’arrive enfin à la maison et retrouve mon homme dans le jardin avec des amis et les enfants qui jouent sur l’herbe tendre. Joie des retrouvailles. Se poser. Se détendre. 
Quand tout le monde est parti, les filles déposent délicatement six morceaux de papier sur une assiette d’eau. Ce sont des fleurs dont les pétales s’ouvrent lentement, laissant découvrir les messages d’amour qu’elles m’ont préparés. Eglantine a eu l’idée. Elle a dessiné les fleurs au feutre rose et écrit les mots qu’Hortense lui soufflait. Hortense a découpé les fleurs dont Eglantine a ensuite replié les pétales. 
Je t’aime. Tu dessines trop bien. Sans toi on ne serait rien. Toute la famille t’aime. Tu es la reine des mamans. Maman, miaou, miaou. 
Mon coeur fond dans les fleurs de papier. Mes filles m’ont fait un superbe cadeau. 

  

Poissons dans le dos

Il arrive souvent que les filles dorment déjà quand leur papa rentre du travail. Elles avaient donc anticipé le 1er avril en alignant une belle collection de poissons dans le dos de leur père dès samedi. Olivier a accepté leurs massages en faisant mine de ne pas comprendre. C’est tellement drôle de croire que papa se laisse attraper par le scotch des petits poissons de papier.

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Un amour de papa

Quand Olivier sonne à la porte les filles viennent juste de finir de brosser leurs dents. Alors elles prennent le temps de lui raconter leur merveilleuse journée. Le carnaval et les confettis colorés à l’école pour Hortense. Le record de poissons dans le dos de la maîtresse pour Eglantine. Petits évènements et défis du quotidien qui font du bien. Et puis regarde papa, nos beaux poissons pour la pêche aux gages. Choisis-en un. Allez, fais le gage. Olivier cherche le début de la chanson « Libérée, délivrée » de la Reine des Neiges. Quelques heures plus tôt, les quatre petites filles n’avaient eu quant à elles aucune hésitation pour retrouver les premières paroles de cet incontournable des cours de maternelle et primaire. Je lui mets la musique pour l’aider. Il entame un play-back qui tord les filles de rire.

Hortense entraîne alors son père dans un rock endiablé. Tandis qu’il la fait tourner, ses yeux brillent et sautillent au même rythme que ses pieds. Complicité, admiration, joie. Dis papa, c’est comme ça que tu t’es marié avec maman ?

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Poissons d’avril et de papiers

Nous avons commencé en Turquie. Dessiner des poissons colorés sur des morceaux de papier. Y glisser des gages amusants. Ferrer des éclats de rire au crochet d’une canne à pêche vite bricolée pour l’occasion (ces cannes sont farceuses et se cachent d’une année sur l’autre, a fortiori après un déménagement).

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On invite les copines. Tout le monde essaye de se frotter le ventre en se tapant sur la tête. On crie, on saute, on chante et on danse. Eglantine et son amie Eloïse ont dessiné des poissons souples comme des algues qui semblent flotter au pied du bouquet de tulipes.

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Puis vient le temps du goûter, friture en sablés faite toutes ensembles à l’emporte-pièce juste avant le début de la pêche. Petits biscuits en forme de poissons vite avalés en croquant les oreilles des lapins en chocolat offerts par la Mamoune de Chloé.

Joyeux  premier avril !

Carnet d’inspiration

Chantoune a ramené de Florence de beaux carnets aux pages colorées qu’elle a offerts aux filles avec des stylos dorés. Eglantine a était inspirée et nous a écrit ce soir un très beau poème.

Dans mon petit cœur
Dans mon petit cœur
Il y a de l’amour
Et, on voit la vie tout en rouge
De la joie
Et, on danse comme une oie.
Du courage et hop, hauts les cœurs !

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Une odeur de tilleul

Il y avait Mamité à Vernou, les vieilles pierres du Prieuré recouvertes de lierre, la porte de la cuisine entrouverte sur la longue table et là, dans l’arrière de la cour, entre le gravier et la pelouse, l’énorme tilleul qui accueillait tous les repas d’été.

Quelques lignes dans « Une gourmandise » de Muriel Barbery, et j’étais sous le tilleul, c’était l’été et Mamité lisait dans un transat. Parenthèse hors du temps, qui passe et qu’il fait, dans le RER B.

« Surtout, il y avait le tilleul. Immense et dévorant, il menaçait d’année en année de submerger la maison de ses ramages tentaculaires qu’elle se refusait obstinément à faire tailler et il était hors de question de discuter de la chose. Aux heures les plus chaudes de l’été, son ombrage importun offrait la plus odorante des tonnelles. Je m’asseyais sur le petit banc de bois vermoulu, contre le tronc, et j’aspirais à grandes goulées avides l’odeur de miel pur et velouté qui s’échappait des fleurs d’or pâle. Un tilleul qui embaume dans la fin du jour, c’est un ravissement qui s’imprime en nous de manière indélébile et, au creux de notre joie d’exister, trace un sillon de bonheur que la douceur d’un soir de juillet à elle seule ne saurait expliquer. A humer à pleins poumons, dans mon souvenir, un parfum qui n’a plus effleuré mes narines depuis longtemps déjà, j’ai compris ce qui en faisait l’arôme ; c’est la connivence du miel et de l’odeur si particulière qu’ont les feuilles des arbres, lorsqu’il a fait chaud longtemps et qu’elles sont empreintes de la poussière des beaux jours, qui provoque ce sentiment, absurde mais sublime, que nous buvons dans l’air un concentré de l’été. Ah, les beaux jours ! »