Errance thérapeutique

Il y a des mots un peu flous qui cachent un grand désarroi. J’ai appris la semaine dernière un nouveau terme : errance thérapeutique. J’ai parlé ainsi avec une maman qui a erré douze ans avant que ne soit établi le diagnostic correct pour sa fille et qu’elle puisse enfin la soigner. J’avais également discuté avec une maman qui avait erré plusieurs années avant que ne soit établi un diagnostic pour sa fille. Diagnostic dont l’importance se mesure à l’aune du traitement thérapeutique mis en place puis de la guérison ou, du moins, de la possibilité de retrouver une vie normale.

Ces deux mamans ne faisaient pas face à la même maladie. Mais elles ont chacune vécu ce que nous commençons tout juste à appréhender, cette fameuse errance thérapeutique. Ces jours d’incertitude qui se transforment en semaines puis en mois, voire carrément en années. Notre Petit Oiseau est malade depuis cinq mois sans que nous ne trouvions l’origine de ses maux de ventre et de son intense fatigue. Son état se détériore petit à petit.

En janvier, nous avions cru identifier le problème. Une gastro qui aurait provoqué une intolérance au lactose. Remise sur pied, Petit Oiseau a repris les cours et retrouvé ses nombreuses activités avec la joie de vivre qui la caractérise. Mais début mars, patatras, les douleurs reviennent en force. Ensuite elle n’a eu qu’une semaine de rémission de ci de là. Fin avril, déjà, ces moments de répit se limitaient seulement à un jour ou deux. Depuis le début du mois de mai, Petit Oiseau ne profite plus d’aucun moment de paix et son minima de douleur est de plus en plus fort.

Or les pistes médicales mènent toutes à des impasses. Certes, il est réjouissant de constater qu’elle n’a pas telle ou telle maladie, ou syndrome. Mais, en attendant, le temps passe sans que nous ne réussissions à la soulager.

Notre Petit Oiseau ne quitte plus son lit que pour aller à des rendez-vous avec des médecins que je redoute à chaque fois de rencontrer. Ils feuillètent le porte-vues dans lequel je range tous les documents et analyses accumulés depuis le mois de janvier, constatent que tout est normal, expliquent que ça ne peut pas être ceci ou cela, et merci donc de chercher dans une autre voie. Laquelle ? Eux ne savent pas, puisque ce n’est pas leur spécialité.

Je me sens comme une abeille coincée dans un bocal en verre. La sortie semble à portée d’ailes et pourtant, chaque fois que je pense avoir trouvé un passage, je me cogne contre la paroi. Or, plus le temps passe, plus le brouillard se forme autour de nous. Nous voilà embarqués sur un bateau qui dérive, moteur en panne, avançant au hasard, ramant pour approcher certaines côtes avant de réaliser que ce n’est pas le bon chemin. D’île en île, je n’ai qu’à espérer que nous trouverons enfin la terre promise. Celle qui nous permettra de retrouver cette jeune fille pleine de vie, d’enthousiasme et d’énergie que nous aimons tellement fort.

L’errance est un cheminement, une sorte de voyage dans lequel nous sommes embarqués malgré nous et qui s’annonce long et tortueux.

Une feel-good Normandie sur fond de drame social

Philippe Le Guay est venu spécialement au Select présenter son dernier film Normandie Nue. La bande annonce promettait un bon moment de divertissement. Tout un village normand à poil, allaient-ils vraiment oser ?

Le pitch

Dans le village du Mêle sur Sarthe, le vegan n’est pas au goût du jour. Les éleveurs sont pris à la gorge par les prix de la viande, toujours plus bas. Le maire (François Cluzet) se bat pour sensibiliser la France et son gouvernement aux difficultés de ses administrés.

Quand un célèbre photographe propose de faire poser le village nu, il y voit une façon de faire un buzz médiatique. Mais il va devoir convaincre !

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On rit bien

Ne soyons pas bégueules, on rit bien avec Normandie Nue. La photo est l’occasion de révéler les vieilles querelles, les belles amitiés et les petites lâchetés ordinaires.

François Cluzet est fabuleux en meneur d’hommes, impliqué mais simple et généreux.

Toby Jones, le photographe américain, est complètement perché. Il ne voit rien d’autre que le concept de sa photo, passant à côté des gens. S’il veut les mettre nus, ce n’est que physiquement. Il ne fait preuve d’aucune psychologie. Il ne voit que son art.

Et Grégory Gadebois donne du corps au boucher maladivement jaloux.

 

Mais…

Ben oui, il y a un mais. Car au-delà du rire, il ne ressort pas grand-chose du film. Du sort des villageois on ne saura rien. Le drame social ne sert finalement que de trame de fond.

Les méchants Allemands et les affreux Roumains sont seuls désignés coupables de cette situation. Car il faut bien un coupable, tout désigné dans cet autre lointain et mal connu.

Le Parisien fraîchement installé dans son trip « Retour à la terre » n’apporte rien. On se demande même ce qu’il peut bien faire là.

Peut-être à faire le pendant au jeune du pays parti à Paris, mais qui décide finalement de revenir. Et de rester. Alors que le Parisien en mal de béton s’envolera finalement en hélicoptère.

Mais comment ne pas penser alors à La ballade des gens qui sont nés quelque part de Brassens.

« C’est vrai qu’ils sont plaisants, tous ces petits villages,

Tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux-dits, ces cités

Avec leurs châteaux forts, leurs églises, leurs plages,

Ils n’ont qu’un seul point faible et c’est d’être habités.

Et c’est d’être habités par des gens qui regardent

Le reste avec mépris du haut de leurs remparts, »

 

Alors, faut-il se mettre nus pour faire parler de soi ?

Avec Normandie Nue, passé l’instant qui fait rire, il ne reste pas grand chose qu’un arrière-goût de chauvinisme basique. Pourtant l’idée de départ était plutôt alléchante : traiter du sort des agriculteurs. Ceux qui nous nourrissent encore et toujours, à l’heure du 2.0. Alors qu’on paye une fortune pour un téléphone mais où la nourriture doit être toujours moins chère.

 

Une très belle Normandie !

A défaut de rester dans les mémoires et de lancer une réflexion, le film de Philippe Le Guay présente une très belle Normandie. Et puis, un feel-good movie, finalement, on ne va pas le voir pour se prendre la tête…

Continuer

Les infos tombent en continu. Mon mur Facebook se couvre de bleu blanc rouge. Mes amis du monde entier montrent ainsi leur solidarité. Les commentaires fusent. Les débats tempêtent. J’entends enfermer, ficher, contrôler. J’entends liberté, dignité, témérité. Souffrance, vengeance. Accueil, deuil. Les curseurs n’ont plus de boussole. Les mots s’emballent et s’entrechoquent. Je suis une éponge. J’éteins pour ne pas me noyer. J’entends vivre. Oui ma chérie nous monterons comme prévu en haut de la tour Eiffel. En attendant que ma tête retrouve un sens, ce blog continuera de faire virevolter la vie au quotidien. Banalité, beauté, temporalité.

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Marcher ensemble

Les portillons du RER sont grands ouverts. Nous rangeons nos tickets. Nous laissons passer un premier RER bondé et trouvons deux places assises dans le suivant. Nous prenons les filles sur nos genoux. Le temps d’arriver au cœur de Paris, les gens se serrent comme des sardines dans les couloirs de la rame. Nous pensons descendre à Châtelet pour rejoindre la place de la République à pied. Lorsque le train entre dans la gare, nous découvrons les files d’attente aux pieds des escaliers pour quitter le quai. Nous descendrons donc à Gare du Nord et marcherons. D’autres centaines de personnes ont la même idée. Un cortège se forme boulevard Magenta. Nous mettons une heure et demie à rejoindre la station de métro où nous avions rendez-vous. Impossible d’avancer. La foule se resserre. Les filles fatiguent. Elles ont du mal à comprendre cette foule qui piétine en silence. Quelques applaudissements. Des cris qui s’élèvent par vagues calmes. Des drapeaux de toutes les nations. Des panneaux fabriqués à la maison pour délivrer des messages personnels, chacun veut expliquer pourquoi il est là. Les raisons sont nombreuses. La Liberté d’expression, le refus du règne de la terreur, la solidarité avec les victimes. Des inconnus qui sont tous juifs, musulmans, athées, policiers, dessinateurs. Tout. Mais surtout pas terroristes. La mode est au chignon à crayons. Soudain un homme hurle au milieu de la foule « Attention, j’ai une arme de destruction massive ! Reculez ! ». Il tient dans sa main un immense crayon en papier mâché.

Je suis Charlie

En regardant les images ce soir, les filles ont mieux compris l’ampleur du mouvement, l’importance du symbole. Puisse la tolérance prônée aujourd’hui ne pas retomber sous les coups de feutres gris des quotidiens individuels.

JE SUIS CHARLIE

Bien sûr il n’y a pas de mots. Juste un grand choc. Une impuissance face à l’irrévocable. Un grand réconfort de voir la mobilisation face à l’inacceptable. L’avalanche de dessins, de chroniques, les Unes unanimes, les témoignages poignants disent tous que l’aventure de Charlie Hebdo ne doit pas s’arrêter, qu’on en soit ou pas un lecteur assidu.

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Infusion

La Cafetière, format papier.Mon homme a fait imprimer plus d’un an de ma Cafetière. Quelle émotion en feuilletant le livre ouvert de nos souvenirs ! Dix-huit mois de notre vie en Roumanie… Du coup je revois la Tasse de Thé sous un autre angle. Moins dépersonnalisé. Je reprends possession de la première personne. La vie est belle, avec ses nuances de gris et ses points noirs, mais surtout avec toutes les couleurs de l’arc-en-ciel qui se glissent dans les sourires du temps.

Nouvelle vie que ce retour en France. Il me faut du temps pour trouver ma place, mes marques et mon style. Une Tasse de Thé prend le temps d’infuser. Nul doute qu’elle va diffuser ses arômes avec autant de chaleur que ma bonne vieille Cafetière !

Naissance d’une tasse de thé

Elle a acheté une carafe Brita. Comme des milliers d’autres français. Elle est bien décidée à boire l’eau du robinet. Mais elle a besoin d’un filtre. Comme pour à peu près tout dans ce pays qu’elle redécouvre après sa longue parenthèse. Elle verse l’eau dans la bouilloire, entend l’eau qui frémit, le claquement de la bouilloire qui s’arrête. Elle ouvre un sachet de thé, celui qui sent la Turquie, l’arrose d’eau chaude et regarde les volutes brunes s’échapper jusqu’au plus profond de la tasse. Elle s’installe devant son clavier, la tasse de thé fumante à côté d’elle. Elle n’a pas grand-chose à raconter, elle le sait bien, mais elle veut le faire avec beauté. Si possible.

Une tasse de thé vient de naître.