Soyons fanes !

Confinement oblige, je cuisine encore plus que d’habitude. Les premières semaines, je ne sortais même pas pour aller à la boulangerie. Puis mes réserves de farine et de levure boulangère s’amenuisant sérieusement, j’ai recommencé à acheter du pain frais.

Je participe à un groupe de cuisine sur WhatsApp. Nous échangeons des recettes afin de varier les plaisirs gustatifs quotidiens et d’éviter le retour trop régulier du jambon-purée. Je teste ainsi fréquemment de nouvelles recettes et recherche des façons différentes de cuisiner les légumes de saison.

Ces nouveautés deviennent les classiques du moment. Ainsi le risotto aux asperges vertes, citron et amandes qui ravit tout le monde. Jamais de reste ! Même si les restes ne sont pas vraiment un problème. Dès que les bacs se multiplient dans le frigo, nous faisons un dîner en mettant tout sur la table et chacun pioche ce qu’il veut. Un peu comme des mezzé.

Risotto aux asperges

Ainsi, nous ne sommes pas encore au zéro déchet mais nous avons bien progressé dans la diminution de nos ordures. Ce qui passe notamment par une bonne gestion de la nourriture. En ce qui concerne les légumes, je remplis le bac à compost avec les épluchures.

Je n’ai pas encore essayé d’utiliser les pelures de carottes. Mais aujourd’hui, j’ai décidé de cuisiner quelque chose avec les fanes de mes radis. Mixées avec de l’huile d’olive et un peu de sel, elles ont donné un pesto d’un vert printanier à l’odeur acidulée légèrement piquante. La base de ma nouvelle recette de pain feuilleté au pesto de fanes.

Autant dire que les nez se sont tordus à l’évocation de l’ingrédient phare de ma recette. Mon homme et mes filles n’étaient pas fans de mes fanes. Finalement, jambon-purée c’est bien aussi, non ?

Cependant tous les a priori ont été balayés quand nous avons goûté le fameux pain. Une pâte moelleuse, un peu fondante grâce à la mozzarella et un goût frais proche de l’ail des ours. Avec un bon velouté de légumes, ce fût un dîner à la fois simple et original. Un nouveau classique de la maison ?

La grue et l’arc-en-ciel

Ce matin, Paris est gris. A la sortie des Halles, Saint-Eustache affronte la pluie, cernée par les doudounes à capuches et les parapluies sombres.

Les pas sont rapides, évitant ces autres avec qui partager le trottoir, sans un regard.

Cet après-midi une lumière éclatante, presque irréelle, vernit les rues parisiennes encore humides.

Mais l’ondée guette et profite des premiers nuages pour rappliquer. Faisant naître un arc-en-ciel qui égaye fugacement le paysage cafardeux d’une grue solitaire de banlieue.

Poésie des petits riens.

Félin paresseux

Félin paresseux

Sur le lit chaud et moelleux

S’étire et s’endort

Sphinx flegmatique

Au cœur des dunes moelleuses

Et l’oiseau gambille

Brise théâtrale

« Y a quoi derrière ? » est le nom un peu piteux du beau projet commun entre mon club photo et le théâtre Firmin-Gémier La Piscine. Loin des merveilleux clichés côté scène, les photographes amateurs du CCPSA peuvent tester leurs compétences techniques et artistiques en se frottant aux coulisses, loges, répétitions, stages et autres éléments prosaïques qui rythment la vie du théâtre. Ombres dévorantes, contrastes appuyés, lumières hallucinées. Et les gens. Mes préférés. Leurs visages qui soufflent, souffrent, sourient, se cherchent, se dévoilent, se referment, traversés d’émotions, bouillonnants ou inquiets, concentrés, éclatants, peaux lissées ou ridées. Leurs mains qui se croisent, se tendent, s’envolent puis retombent, gambillent et ondulent au rythme des phrasés et des inspirations. Je mitraille, avide de capturer l’instant, la vibration, la vie même de la création.

Sur cette photo, Mathieu aide Sylvie à placer sa respiration. Accorder le corps et l’esprit pour mieux apprivoiser le sentiment. Effluves de sensibilités tout en retenues.

 

Respiration

Eclats de gouttes

L’éclat de lumière nous laisse à peine le temps d’apercevoir la colonne d’eau qui remonte dans le verre où viennent de tomber les deux gouttes. La collision forme une corolle quelques millimètres au-dessus de la surface. Les trois flashs retournent à l’obscurité. Encore quelques secondes et l’image apparaît sur l’écran de l’appareil photo fixé au gros trépied. Gouttelettes éclatées ou perles aquatiques concentrées, nous figeons l’éphémère beauté de l’eau dans des tons de bleu, rouge, jaune ou vert. Tout dépend du filtre appliqué sur les différentes sources de lumière. Nous jouons les aquarellistes de la photographie. Nous extasiant sur les surprises de l’eau qui jaillit dans l’éclair de lumière aveugle.

gouttes-6701

Derrière la poésie des photos, la rigueur de la technique. Mickaël (www.mickaelfischer.fr) nous a tout préparé pour cet atelier spécial gouttes. Il a lui-même construit la structure en métal sur laquelle est accrochée une grosse seringue reliée à un tube qui tombe jusqu’à la valve électronique. L’ordinateur auquel elle est reliée gère la distribution des gouttes grâce à un programme développé par Mickaël himself ! Pour qui est équipé d’un Nikon comme lui, il n’y a plus qu’à fixer sa caméra sur le trépied, régler le cadrage et la mise au point, puis brancher le cordon qui reliera l’appareil à l’ordinateur. Un dernier lien se fait entre l’ordinateur et les trois flashs placés derrière et sur le côté de la structure. En cliquant sur un bouton, l’ordinateur déclenche la chute des gouttes, les flashs et l’appareil photo. Il ne reste plus qu’à voir si la récolte est bonne. Et recommencer encore et encore, changeant des micro-détails en espérant trouver celui qui nous donnera la plus belle photo de collision de gouttes.

Je n’aurai jamais la patience de recommencer un tel montage technique et chronophage chez moi. Mais les fous rire de cet atelier éclairent encore le fracas silencieux des gouttelettes.

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