Une étoile d’or dans les yeux

Olivier marche d’un pas soutenu. Hortense et moi courrons un peu derrière lui à la lueur des lampadaires. Nous entrons dans la rue de l’école. Hortense galope vers le groupe de parents déjà amassés devant les grilles. Les phares du bus apparaissent alors à l’autre bue de la rue. Nous sommes impatients de retrouver Eglantine  qui rentre de deux semaines de classe de neige. Trois lettres (dont la dernière arrivée ce matin), un petit mot et quelques photos sur le site de la mairie, nous sommes avides de nouvelles fraîches et abondantes. Eglantine est assise sagement vers l’avant du bus.  Plus qu’une vitre entre elle et nous.  Hortense trépigne de joie, fait de grands signes à sœur et tombe par terre d’excitation. Nos mains font des cœurs, s’envoient des bisous.  Nos visages s’étirent en sourires radieux.  Quand elle descend du bus, les deux sœurs s’étreignent passionnément. Plus qu’une paire de sourires. « Et alors ton étoile d’or ? » Nous n’en revenons pas. Trois semaines après son étoile de bronze, Eglantine  a décroché l’or.  

De retour à la maison, nous partageons un bon dîner tous les quatre. Tornade de joie, avalanche de paroles. Dégustation de miel.  Étalage de la quinzaine de cartes qu’elle a reçues. Histoires de bobos.  Histoires de rencontres.  Histoires de partage. Eglantine compose sa vie comme on chante une chanson, en chœur et en solos. Ce soir nous sommes l’orchestre qui a retrouvé son premier violon. 

La porte de sa chambre est fermée sur l’immensité de ses rêves. La lune n’éclaire plus son lit vide alors que je vais me coucher. Nos cœurs sont pleins.  

Eclats de gouttes

L’éclat de lumière nous laisse à peine le temps d’apercevoir la colonne d’eau qui remonte dans le verre où viennent de tomber les deux gouttes. La collision forme une corolle quelques millimètres au-dessus de la surface. Les trois flashs retournent à l’obscurité. Encore quelques secondes et l’image apparaît sur l’écran de l’appareil photo fixé au gros trépied. Gouttelettes éclatées ou perles aquatiques concentrées, nous figeons l’éphémère beauté de l’eau dans des tons de bleu, rouge, jaune ou vert. Tout dépend du filtre appliqué sur les différentes sources de lumière. Nous jouons les aquarellistes de la photographie. Nous extasiant sur les surprises de l’eau qui jaillit dans l’éclair de lumière aveugle.

gouttes-6701

Derrière la poésie des photos, la rigueur de la technique. Mickaël (www.mickaelfischer.fr) nous a tout préparé pour cet atelier spécial gouttes. Il a lui-même construit la structure en métal sur laquelle est accrochée une grosse seringue reliée à un tube qui tombe jusqu’à la valve électronique. L’ordinateur auquel elle est reliée gère la distribution des gouttes grâce à un programme développé par Mickaël himself ! Pour qui est équipé d’un Nikon comme lui, il n’y a plus qu’à fixer sa caméra sur le trépied, régler le cadrage et la mise au point, puis brancher le cordon qui reliera l’appareil à l’ordinateur. Un dernier lien se fait entre l’ordinateur et les trois flashs placés derrière et sur le côté de la structure. En cliquant sur un bouton, l’ordinateur déclenche la chute des gouttes, les flashs et l’appareil photo. Il ne reste plus qu’à voir si la récolte est bonne. Et recommencer encore et encore, changeant des micro-détails en espérant trouver celui qui nous donnera la plus belle photo de collision de gouttes.

Je n’aurai jamais la patience de recommencer un tel montage technique et chronophage chez moi. Mais les fous rire de cet atelier éclairent encore le fracas silencieux des gouttelettes.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Montmartre et Dali

espace_dali_paris_2015_03_blog-1Vite à la sortie de l’école nous nous dirigeons vers le Mac Do alors que les copines prennent le chemin de la Cour des pâtes. Cet après-midi, Hortense et moi partons faire une petite virée à Paris. Dans le RER, Hortense aime répéter le nom des stations que la voix enregistrée égraine sans relief. Metro Anvers. Passer le long de l’Elysée Montmartre dévastée. Remonter la ruelle pavée au milieu des marchands de souvenirs. Alors que nous faisons un détour par le marché Saint-Pierre, Hortense rêve devant les tissus brillants du rayon des déguisements. En bas des escaliers qui montent au Sacré-Cœur, le manège est silencieux. Il se met en route pour Hortense, juchée sur un cheval au premier étage, sous le toit. Le manège est à elle. Elle tourne au rythme de ses rêves.

espace_dali_paris_2015_03_blog-2espace_dali_paris_2015_03_blog-3espace_dali_paris_2015_03_blog-4

Magie du funiculaire et découverte de Paris vu d’en haut. La ville s’étale dans une légère brume laiteuse. Le soleil pointe. Les manteaux se portent à bout de bras. Avant de partir, un haut-parleur crache une musique rythmée. Tee-shirt de la Guinée et bonnet sur la tête, un jeune homme entame un numéro d’équilibriste avec un ballon de foot. Hortense ne le lâche plus des yeux. Les smartphones font des vidéos qui seront rapidement postées sur Facebook. Quand le footballeur équilibriste escalade le réverbère en faisant tourner le ballon sur un stylo qu’il tient dans bouche, Hortense n’en revient pas. Mais comment il fait maman ?!

espace_dali_paris_2015_03_blog-5

Elle serait bien redescendue par le funiculaire mais nous partons de l’autre côté. Place du tertre les pinceaux s’activent et Hortense aurait bien acheté un petit tableau avec une tour Eiffel rose à fleurs. L’espace Dali est encore désert quand nous y arrivons. Les montres molles prennent le temps de marquer l’esprit d’Hortense qui redessine dans son petit livret la fameuse moustache du peintre et quelques sculptures un peu étranges. Au milieu des œuvres du maître sont venus se glisser des artistes de Street Art, couleurs vives qui mettent en musique les pièces surréalistes.

espace_dali_paris_2015_03-6642

A la fin de la ballade, nous passons dire bonjour à mon ami Benoist qui tient une pharmacie non loin. Dans le RER qui nous ramène à la maison, Hortense regrette toutefois de ne pas avoir pu acheter une de ces tours Eiffel en métal qui brille, si possible rose.

espace_dali_paris_2015_03-6640

Retour au jardin

La lumière orange de la fin d’après-midi illumine encore le haut du cèdre. Une odeur de lilas flotte dans l’air. Le hamac a été sorti puis rentré, maintenant que l’ombre a gagné le jardin. Il a servi de balançoire à Hortense. Olivier y a pris son café pendant que je buvais le mien dans le fauteuil à bascule installé à côté. Nous avons déjeuné sur la terrasse. Assiettes de porcelaine blanche sur nappe à fleurs. Django reprend possession du jardin en même temps que nous. Il tend l’oreille vers le chant d’un oiseau caché dans les arbres, le froissement d’un sac en plastique dans un jardin voisin ou le klaxon d’une voiture au loin. Il est plus de 18h et je suis encore dehors, l’ordinateur sur la table de la terrasse, une tasse de thé fumant à côté de moi. Ma doudoune est accrochée mollement dans l’entrée.

jardin-6539-2

Dessins éphémères

Hortense s’est installée sur le tapis de sa chambre. Elle s’active au-dessus de son ardoise magique. Possibilités infinies de dessins éphémères. Dessins abstraits des jours de la semaine, nuages psychédéliques et châteaux merveilleux avec cachettes secrètes, créneaux et drapeaux. « Voici » me dit-elle en me montrant son dernier château. « Regarde les rideaux sont là ! »

Processed with Moldiv

Judo

Eglantine se précipite dans son vestiaire alors que j’accompagne Hortense de l’autre côté du couloir à son cours de danse. Dès que mon petit rat a passé la porte de sa salle, je traverse le vestiaire filles du dojo 1 et rejoins ma grande en plein échauffement judoka. Elle rayonne, court joyeusement et retrouve avec plaisir Olivier et Jacques, forces tranquilles d’un sport qui relève d’un art de vivre, ceintures noires à la patience d’ange, professeurs passionnés.

Eglantine saute le plus haut possible à la corde à sauter avec sa ceinture blanche. Elle prend de l’assurance dans ses chutes, s’amusent des défis des petits combats et tente de mémoriser les noms japonais des prises qu’elle apprend.

Elle dégage pendant une heure une plénitude chargée d’énergie dont le spectacle ne me lasse pas.

_MG_4178

Roses d’hiver

RER B. Direction Châtelet. Un joli bonnet en polaire sur de doux cheveux blancs dont les mèches encadrent de fines lunettes. Sortant de la poche d’un manteau de laine sombre, un fil rose bonbon qui remonte jusqu’aux oreilles d’une jeune femme dont les joues ont aussi rosi sous l’attaque du froid. Posé sous un siège, un sac de toile rayée dans un camaïeu de roses sur fond blanc est coincé entre les barreaux d’un épais pantalon noir. Du coin de l’œil j’aperçois également un morceau de sac plastique rose vif qui pointe dans l’ouverture d’un sac à main. La jeune femme en face de moi tapote nonchalamment l’écran de son téléphone qu’elle a revêtu d’une protection vieux rose.
Floraison des roses d’hiver. Envie de printemps.

P’tit gars du métro

Ligne 6. Direction Pont de Sèvres. Il doit avoir 12 ou 13 ans. Il a pris place d’un mouvement impérieux au milieu des adultes. Il a aussitôt sorti de sa poche un vieux Blackberry dont l’écran n’est pas tactile. Il joue de la molette avec un pouce expert qui fait défiler les menus à une vitesse hallucinante. Dans la coque transparente, il a coincé un bout de feuille à grands carreaux, secret d’écolier. Il passe une bonne partie du trajet à faire des selfies approximatifs en retournant son téléphone. Il regarde le petit objectif avec le sérieux d’un titi parisien. Quand un chanteur de métro fait un discours sur le mal logement avant d’entamer une chanson militante sur le thème de Moi j’suis pas Charlie, vive la révolution, tous des cons, il me sourit en disant : « il est pas Charlie mais Charlie Chaplin lui « .

Une journée d’hiver

Mes malles se font la malle. Avec Nath-Nath et Kettie, mon abri de jardin se sépare sous la pluie des souvenirs d’une autre vie, celle de l’ancienne propriétaire. Quelques vieux livres d’enfants, des cahiers d’écriture et des morceaux de tissus. Des morceaux de bois, des pièces de jouets et du vieux plastique desséché. Nous trions, jetons et gardons aussi un peu. La petite voiture transportera bien une araignée encore accrochée à l’une de ces anciennes cantines militaires qui me prenaient tant de place. Seules trois d’entre elles, très abimées et fort rouillées attendent sous le grand cèdre le prochain passage des encombrants.

Dans un coin du jardin, les outils effrayants et bruyants de l’élagueur attendent dans un sommeil métallique le retour du petit homme qui a peur des chats. Les arbres deviennent des rideaux qui nous protègeront au printemps des regards des voisins. C’est beau.

Toute cette animation a fini de remettre du baume au cœur d’Eglantine qui s’ennuie ferme quand elle est malade à la maison. Deux jours sans les copines, elle tourne en rond. Elle voulait rire aussi avec les amies de maman. Les oreilles traînent et attrapent les conversations. Eglantine fait des démonstrations, magie de faire un nœud juste en croisant les bras.

Magie des vies qui se croisent, des imprévus et du temps perdu, des amis retrouvés ou découverts et de l’hiver qui crée l’intimité au creux des maisons.

Premier rdv à La Défense

La Défense. Grande dalle grise. Le soleil se reflète sans éclat dans les vitres aveugles des grandes tours. Pas de plan. A l’opposé de la Grande Arche où je suis sortie, je trouve enfin la tour Atlantique. Dans le long hall de marbre blanc, personne à l’accueil. Les immense plaques sur le mur m’indiquent que RM se trouve au vingtième étage. Prendre le bon ascenseur. Sur l’écran plat de la salle d’attente s’affichent des prénoms de toutes les couleurs. « Ils ont trouvé du travail ! ». J’ai rendez-vous dans une minute.