Longue route. Circulation dense. Accidents. Embouteillages. J’arrive enfin à la maison et retrouve mon homme dans le jardin avec des amis et les enfants qui jouent sur l’herbe tendre. Joie des retrouvailles. Se poser. Se détendre.
Quand tout le monde est parti, les filles déposent délicatement six morceaux de papier sur une assiette d’eau. Ce sont des fleurs dont les pétales s’ouvrent lentement, laissant découvrir les messages d’amour qu’elles m’ont préparés. Eglantine a eu l’idée. Elle a dessiné les fleurs au feutre rose et écrit les mots qu’Hortense lui soufflait. Hortense a découpé les fleurs dont Eglantine a ensuite replié les pétales.
Je t’aime. Tu dessines trop bien. Sans toi on ne serait rien. Toute la famille t’aime. Tu es la reine des mamans. Maman, miaou, miaou.
Mon coeur fond dans les fleurs de papier. Mes filles m’ont fait un superbe cadeau.
Auteur : 1tasse2the
L’accordéon du métro
Les notes d’accordéon qui montent soudain du fond de la rame me sortent de ma lecture. Accompagné d’un tambourin lancinant, l’instrument expire mollement Sous le ciel de Paris. Cela aurait pu être L’amant de la Saint Jean ou d’autres vielles ritournelles. La plupart de mes amis parisiens exècrent ces musiciens médiocres. Ils sont pour moi la musique du métro parisien, le son de la maison quand je rentrais de l’étranger. Attention à la marche en descendant du train. J’ai retrouvé le concert des bruits invisibles du quotidien parisien. Je l’aime d’autant plus de ne l’avoir pas eu pendant dix ans.
Poissons dans le dos
Il arrive souvent que les filles dorment déjà quand leur papa rentre du travail. Elles avaient donc anticipé le 1er avril en alignant une belle collection de poissons dans le dos de leur père dès samedi. Olivier a accepté leurs massages en faisant mine de ne pas comprendre. C’est tellement drôle de croire que papa se laisse attraper par le scotch des petits poissons de papier.
Un amour de papa
Quand Olivier sonne à la porte les filles viennent juste de finir de brosser leurs dents. Alors elles prennent le temps de lui raconter leur merveilleuse journée. Le carnaval et les confettis colorés à l’école pour Hortense. Le record de poissons dans le dos de la maîtresse pour Eglantine. Petits évènements et défis du quotidien qui font du bien. Et puis regarde papa, nos beaux poissons pour la pêche aux gages. Choisis-en un. Allez, fais le gage. Olivier cherche le début de la chanson « Libérée, délivrée » de la Reine des Neiges. Quelques heures plus tôt, les quatre petites filles n’avaient eu quant à elles aucune hésitation pour retrouver les premières paroles de cet incontournable des cours de maternelle et primaire. Je lui mets la musique pour l’aider. Il entame un play-back qui tord les filles de rire.
Hortense entraîne alors son père dans un rock endiablé. Tandis qu’il la fait tourner, ses yeux brillent et sautillent au même rythme que ses pieds. Complicité, admiration, joie. Dis papa, c’est comme ça que tu t’es marié avec maman ?
Poissons d’avril et de papiers
Nous avons commencé en Turquie. Dessiner des poissons colorés sur des morceaux de papier. Y glisser des gages amusants. Ferrer des éclats de rire au crochet d’une canne à pêche vite bricolée pour l’occasion (ces cannes sont farceuses et se cachent d’une année sur l’autre, a fortiori après un déménagement).
On invite les copines. Tout le monde essaye de se frotter le ventre en se tapant sur la tête. On crie, on saute, on chante et on danse. Eglantine et son amie Eloïse ont dessiné des poissons souples comme des algues qui semblent flotter au pied du bouquet de tulipes.
Puis vient le temps du goûter, friture en sablés faite toutes ensembles à l’emporte-pièce juste avant le début de la pêche. Petits biscuits en forme de poissons vite avalés en croquant les oreilles des lapins en chocolat offerts par la Mamoune de Chloé.
Joyeux premier avril !
Carnet d’inspiration
Chantoune a ramené de Florence de beaux carnets aux pages colorées qu’elle a offerts aux filles avec des stylos dorés. Eglantine a était inspirée et nous a écrit ce soir un très beau poème.
Dans mon petit cœur
Dans mon petit cœur
Il y a de l’amour
Et, on voit la vie tout en rouge
De la joie
Et, on danse comme une oie.
Du courage et hop, hauts les cœurs !
Une odeur de tilleul
Il y avait Mamité à Vernou, les vieilles pierres du Prieuré recouvertes de lierre, la porte de la cuisine entrouverte sur la longue table et là, dans l’arrière de la cour, entre le gravier et la pelouse, l’énorme tilleul qui accueillait tous les repas d’été.
Quelques lignes dans « Une gourmandise » de Muriel Barbery, et j’étais sous le tilleul, c’était l’été et Mamité lisait dans un transat. Parenthèse hors du temps, qui passe et qu’il fait, dans le RER B.
« Surtout, il y avait le tilleul. Immense et dévorant, il menaçait d’année en année de submerger la maison de ses ramages tentaculaires qu’elle se refusait obstinément à faire tailler et il était hors de question de discuter de la chose. Aux heures les plus chaudes de l’été, son ombrage importun offrait la plus odorante des tonnelles. Je m’asseyais sur le petit banc de bois vermoulu, contre le tronc, et j’aspirais à grandes goulées avides l’odeur de miel pur et velouté qui s’échappait des fleurs d’or pâle. Un tilleul qui embaume dans la fin du jour, c’est un ravissement qui s’imprime en nous de manière indélébile et, au creux de notre joie d’exister, trace un sillon de bonheur que la douceur d’un soir de juillet à elle seule ne saurait expliquer. A humer à pleins poumons, dans mon souvenir, un parfum qui n’a plus effleuré mes narines depuis longtemps déjà, j’ai compris ce qui en faisait l’arôme ; c’est la connivence du miel et de l’odeur si particulière qu’ont les feuilles des arbres, lorsqu’il a fait chaud longtemps et qu’elles sont empreintes de la poussière des beaux jours, qui provoque ce sentiment, absurde mais sublime, que nous buvons dans l’air un concentré de l’été. Ah, les beaux jours ! »
Approche chirurgicale
Son corps jeté en arrière sur sa chaise, elle croise les mains, se frottant les doigts comme on aiguise un couteau. Les candidats écoutent la présentation de l’un d’entre-eux. Elle tranche, coupe, fend l’air de ses remarques. Ni malveillante, ni bienveillante, elle joue les griffes du recruteur félin qu’elle nous imagine devoir rencontrer. Voix grave, coupe masculine, pas de maquillage, ses seules coquetteries sont quelques anneaux de diamants à son annulaire gauche et ses lunettes assorties au rouge de son bracelet montre. A l’instar de ses collègues ses vêtements noirs ont le sérieux de ceux qui savent, docteurs en recherche d’emploi. Elle cite des exemples grandioses de personnes remarquables, directeurs, directrices, cadres supérieurs. Je me sens hors cadre avec mon projet de communication digitale sans autre envergure que de réussir à trouver un travail qui corresponde à mes compétences et à mes valeurs après dix ans d’expat jubilatoires. Elle pense grands comptes, je pense harmonie. Elle pense fric, je pense valeur. Je ne souhaite pas diriger le monde ni vendre la lune. Derrière la lame affûtée de ses remarques, ses moues dubitatives et ses sourires sans chaleur, elle taille en pièces nos illusions, nos faux-semblants et nos approximations. Chirurgie nécessaire d’un retour sur le marché du travail ?
Cette tour de verre à La Défense me livre bien des clés et des pistes pour la recherche d’emploi. Cependant elle me laisse aujourd’hui un goût de scalpel dans la bouche.
Gratin voyageur
La porte vitrée laisse entrevoir les tons chauds d’une croute dorée. En tournant la clé dans la serrure au retour de l’école, nos narines déjà étaient assaillies par l’odeur du mercredi. En Roumanie, le mercredi, Elena nous préparait souvent un gratin de pommes de terre avec des lardons. En continuant à Paris, il nous semble toujours que le sourire d’Elena va apparaître en même temps que le gratin sortant du four. Et quand les patates fondent dans nos bouches, nos pensées filent rejoindre les souvenirs de la Strada Aron Cotrus à Bucarest.
Solirun
Le réveil me tire du sommeil. Je me traîne jusqu’à la chambre d’Eglantine. Elle a aussi du mal à émerger. Nous chuchotons comme deux comploteuses. Quand nous sortons dans le froid de ce dimanche matin, Olivier et Hortense dorment encore. Dans le Bois de Boulogne, le parking de la Solirun est loin d’être plein. Les enfants courent les premiers, dossard accrochés aux maillots oranges, la puce électronique fixée à la chaussure. La musique brésilienne donne de la chaleur à l’échauffement. Enfin Eglantine s’élance pour 2 km. Il y a longtemps qu’elle n’a pas couru et elle est parmi les plus petits de son groupe qui regroupe les 10-15 ans. Je sais qu’elle sera dans les dernières. Elle le sait aussi mais elle donne le meilleur d’elle-même, puisant dans ses ultimes forces pour dépasser une autre petite fille dans le sprint final.
Elle est heureuse d’avoir couru, de s’être battue, peu importe qu’elle soit loin du podium. Elle a le sourire.
La Solirun est une course qui est organisée chaque année au profit d’Habitat et Humanisme, association de réinsertion par le logement.









