Dérouiller les pinceaux

Cet été, je me suis réconciliée avec ma palette d’aquarelle. Malgré un manque flagrant de technique, petit bonheur de poser la couleur sur le papier épais. Avec une pratique plus régulière, le résultat serait sans doute meilleur. Mais je ne réussis pas à m’astreindre à une activité quotidienne.

J’avais aussi très envie de retrouver l’acrylique. Plaisir de peindre vite, avec cette infinie possibilité de revenir sur le travail en cours, reprendre un détail, recouvrir un regret. Mes quatre tubes posés sur la table de mon petit atelier, blouse, chevalet, palette, j’entreprends de mélanger mes primaires, y ajoutant parois une touche de blanc, pour obtenir les couleurs désirées. Tâtonner un peu avant de retrouver les bons réflexes. Me laisser surprendre par certains mélanges.

Puis, petit à petit, faire courir le pinceau sur le papier épais – je n’ai pas voulu reprendre tout de suite une toile. Poser les couleurs principales. Au premier passage, alors que l’ensemble évoque un barbouillage de maternelle, je m’interroge sur le résultat final. Impression de ne plus savoir peindre.

Couche après couche, ma peinture prend finalement forme. Un bouquet de fleur pour dérouiller mes pinceaux. Un peu de douceur pour relancer les gestes.

Au-dessus des nuages

L’été s’est enfui dans un dernier éclat de soleil après avoir pris son temps. Le temps de se reposer, de réduire les contraintes, de vivre au rythme des jours qui se suivent sans fracas, sans tracas. Lâcher prise, se libérer des impératifs, ralentir.

Dans les montagnes où nous sommes partis nous ressourcer, nous avons marché paisiblement. Respirer, s’émerveiller, partager. Nous étions loin des performances. Nous n’avons battu aucun record, gagné aucune course. Un pied devant l’autre, un sandwich savouré au point le plus haut, le regard qui se pose sur les pics qui se bousculent les uns derrière les autres, avec les glaciers rabougris qui accrochent encore les nuages.

Le soir, nous laissions nos pensées vagabonder dans la vallée. Certains jours, nous marchions carrément au-dessus des nuages. Plaisir de se sentir coupés du monde, dans un univers de ouate fraîche et de verdure rocailleuse.

La rentrée a à peine poussé l’accélérateur. Vol fluide de l’avion qui navigue au-dessus des altocumulus. Les turbulences semblent s’éloigner. Sensation étrange d’harmonie retrouvée. Eglantine installée sur son campus. Hortense, jeune lycéenne. La maison se vide totalement trois jours par semaine.

Ranger, trier, organiser pour construire quelque chose de nouveau. Enfin. Peut-être. Sentiment d’équilibre instable. Peut-être est-il encore trop tôt pour s’assurer que le ciel est complètement dégagé.

Peu importe, ce moment suspendu au-dessus des nuages aura apporté le réconfort nécessaire pour affronter les prochains orages. Il est de temps de reprendre l’écriture ; ressusciter ce blog pour travailler les mots ; pousser la pratique pour produire des récits aboutis. Prendre son élan dans le flou des nuages pour créer des arc-en-ciels.