Marcher ensemble

Les portillons du RER sont grands ouverts. Nous rangeons nos tickets. Nous laissons passer un premier RER bondé et trouvons deux places assises dans le suivant. Nous prenons les filles sur nos genoux. Le temps d’arriver au cœur de Paris, les gens se serrent comme des sardines dans les couloirs de la rame. Nous pensons descendre à Châtelet pour rejoindre la place de la République à pied. Lorsque le train entre dans la gare, nous découvrons les files d’attente aux pieds des escaliers pour quitter le quai. Nous descendrons donc à Gare du Nord et marcherons. D’autres centaines de personnes ont la même idée. Un cortège se forme boulevard Magenta. Nous mettons une heure et demie à rejoindre la station de métro où nous avions rendez-vous. Impossible d’avancer. La foule se resserre. Les filles fatiguent. Elles ont du mal à comprendre cette foule qui piétine en silence. Quelques applaudissements. Des cris qui s’élèvent par vagues calmes. Des drapeaux de toutes les nations. Des panneaux fabriqués à la maison pour délivrer des messages personnels, chacun veut expliquer pourquoi il est là. Les raisons sont nombreuses. La Liberté d’expression, le refus du règne de la terreur, la solidarité avec les victimes. Des inconnus qui sont tous juifs, musulmans, athées, policiers, dessinateurs. Tout. Mais surtout pas terroristes. La mode est au chignon à crayons. Soudain un homme hurle au milieu de la foule « Attention, j’ai une arme de destruction massive ! Reculez ! ». Il tient dans sa main un immense crayon en papier mâché.

Je suis Charlie

En regardant les images ce soir, les filles ont mieux compris l’ampleur du mouvement, l’importance du symbole. Puisse la tolérance prônée aujourd’hui ne pas retomber sous les coups de feutres gris des quotidiens individuels.

JE SUIS CHARLIE

Bien sûr il n’y a pas de mots. Juste un grand choc. Une impuissance face à l’irrévocable. Un grand réconfort de voir la mobilisation face à l’inacceptable. L’avalanche de dessins, de chroniques, les Unes unanimes, les témoignages poignants disent tous que l’aventure de Charlie Hebdo ne doit pas s’arrêter, qu’on en soit ou pas un lecteur assidu.

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Infusion

La Cafetière, format papier.Mon homme a fait imprimer plus d’un an de ma Cafetière. Quelle émotion en feuilletant le livre ouvert de nos souvenirs ! Dix-huit mois de notre vie en Roumanie… Du coup je revois la Tasse de Thé sous un autre angle. Moins dépersonnalisé. Je reprends possession de la première personne. La vie est belle, avec ses nuances de gris et ses points noirs, mais surtout avec toutes les couleurs de l’arc-en-ciel qui se glissent dans les sourires du temps.

Nouvelle vie que ce retour en France. Il me faut du temps pour trouver ma place, mes marques et mon style. Une Tasse de Thé prend le temps d’infuser. Nul doute qu’elle va diffuser ses arômes avec autant de chaleur que ma bonne vieille Cafetière !

Naissance d’une tasse de thé

Elle a acheté une carafe Brita. Comme des milliers d’autres français. Elle est bien décidée à boire l’eau du robinet. Mais elle a besoin d’un filtre. Comme pour à peu près tout dans ce pays qu’elle redécouvre après sa longue parenthèse. Elle verse l’eau dans la bouilloire, entend l’eau qui frémit, le claquement de la bouilloire qui s’arrête. Elle ouvre un sachet de thé, celui qui sent la Turquie, l’arrose d’eau chaude et regarde les volutes brunes s’échapper jusqu’au plus profond de la tasse. Elle s’installe devant son clavier, la tasse de thé fumante à côté d’elle. Elle n’a pas grand-chose à raconter, elle le sait bien, mais elle veut le faire avec beauté. Si possible.

Une tasse de thé vient de naître.